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d'œuvres: Mesure pour mesure ; les articles de Cauchon peuvent être intitulés: Morsure pour morsure. Jamais écrivain n’a plus attaqué et ne l’a plus été que lui. Esprit revêche et tracassier, il s'attaque à tout le monde. Il jette l’injure et la calomnie à pleines plumées à la figure de ses adversaires, même de ceux qui ne les méritent point. Telles sont ses armes favorites dès qu'il croit voir dans un homme
un obstacle à ses projets, à ses intrigues.
Dans Han d'Islande, roman qui fut l’un des premiers triomphes littéraires de Victor Hugo, le principal personnage fait périr ses victimes, dans le seul but d’assouvir sa soif du sang ; Cauchon, lui, salit ses adversaires pour contenter son besoin de salir quelqu'un ou quelque chose, comme l’a si bien dit, un jour, feu l'honorable et, surtout, l’honnête juge Morin. Cela tient à son tempérament, à son éducation, à ce que les Anglais appelleraient his {raining, enfin au milieu dans lequel il a vécu et of il se débat encore. Il court après la lutte comme le soldat cherche la vloire, comme le routier désire le butin. Si, dans la mélée, il reçoit bon nombre d’horions, il en donne, en revanche, encore d'avantage. C’est dans sa nature d'attaquer et de l’être.
On conçoit qu'avec une existence aussi orageuse que la sienne, la plume de Cauchon puisse être à craindre. Lorsque la tempête fait bondir et bouillonner les vagues, la mer peut-elle être calme ? Non. Eh! bien, Cauchon porte toujours une tempête au bout de sa plume. Na phrase mugit et gronde. Elle semble toujours hurler au-dessus d’un volcan en irruption !
Tel est l'écrivain.
Cauchon, (Joseph-Edouard) n’est pas sorti de la cuisse de Jupiter et n’a pas été, par conséquent, bercé sur les genoux d’une duchesse; ce qui n’empêche pas, néanmoins, qu’ils soit le fils d’une pauvre mais respectable famille de Québec. Il est né dans cette ville, en 1816
Son père était laitier.
Cette humble origine réhaussée par une énergie presque sauvage et un rude talent qu’il a perfectionné sans, toutefois, avoir jamais réussi à le rendre plus poli, lui fait certainement plus d'honneur que s’il était né sur de moëélleux coussins de velours, entouré de crachats et de parchemins, et qu'il eût ensuite consumé son existence dans un oisif repos. Pour arriver au sommet où il se trouve aujourd’hui, il a dû faire, camme on dit, un #ravail de cheval. N'il n’a pas, comme les Titans, entassé Pélion sur Ossa et Ossa sur Pélion, il a dû, au moins, écarter et surmonter de grands obstacles avant de passer pardessus les épaules de ses nombreux et redoutables concurrents, afin d’escaladér le pouvoir qui, dans notre siècle, parait être encore plus attrayant et surtout plus profitable aux ambitieux que ne l'était aux héros antiques la cour de Jupiter !
Cauchon est un Cyclope dans le journalisme canadien.
Le travail anoblit.
Plût au ciel que Cauchon eût toujours employé cette énergie et cette somme de travail au seul bienêtre de sa patrie, et non pas presque toujours unique-
ment au profit de son amour-propre et de son ambition exclusivement personnelle et démesurée.
Nous voudrions pouvoir ne dire que du bien de tous nos hommes de lettres, mais si nous sommes obligé de rendre à tous la justice la plus impartiale, nous sommes tenu aussi de dire la vérité. Nous aurons à critiquer les actes publics de plusieurs de nos écrivains qui se sont inélés activement de politique, nous le ferons avec tous les égards qui leur sont dûs, mais aussi sans crainte comme sans faiblesse, Le public, croyons-nous, y gagnera de toutes manières en fin de compte, à bien connaitre ceux qui prétendent le servir.
Cela dit, poursuivons notre sujet.
Cauchon fit ses études au séminaire de Québec. Au sortir du collége, il publia un traité de physique déclaré par beaucoup de personnes n'être qu’une insipide compilation, mais dont un certain nombre d’autres font, au contraire, les plus grands éloges. Comme dit un auteur latin :
Adhuc sub judice lis est.
Pendant sa cléricature, il publia plusieurs articles dans le Libéral, de Québec, la feuille la plus avancée de cette époque ! Quantum mutatus ab illo ! ne peut-on pas dire avec vérité aujourd’hui ?
Admis au bareau vers 1842, il jeta de côté, au bout de quelques mois, la robe d'avocat etles bouquins, pour entrer dans la carrière du journalisme qu'il n’a pas quittée depuis, sauf quand il à été ministre, et encore surveilla-t-il de son bureau ministériel son CHER Journal de Québec! II fit son entrée définitive dans le journalisme, en qualité d’assistant-rédacteur
du Canadien qui, à cette époque, était rédigé par l'illustre Etienne Parent, le doyen et plus érudit de nos publicistes.
Le style de Cauchon n'était certes pas alors ce qu'il est aujourd’hui, il s’en faut de beaucoup. Cauchon est loin d’avoir atteint la perfection littéraire, mais il s'est dépouillé de plusieurs de ses défauts de style, en conservant toutefois sa grossièreté phénoménale. À cette époque dont nous parlons, que de cuirs, grand Dieu! que de mots, que de phrases qui, dans ses articles cocasses, prêtaient journellement à rire ! Pendant longtemps, même après qu'il fut devenu propriétaire d’un journal, la plume resta encore rebelle entre ses mains violentes. On ne peut, même encore aujourd'ui, s'empêcher de rire, lorsqu'on relit ce lugubre article dans un paragraphe duquel il raconte d'une manière vraiment grotesque, la délivrance miraculeuse de feu M. Ronald Macdonald, — à cette époque rédacteur du Canadien—de l'incendie de l’ancien théâtre Saint-Louis, à Québec,—le 12 Juin 1846,—où ce savant et regretté journaliste eut le malheur de perdre son épouse et sa fille ainée.
Ecoutez-le raconter ce triste événement :
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“M. McDonald, le rédacteur du Canadien, eut aussi le bonhenr d'échapper à cette calamité. Dès qu'on l’aperçut et qu’on l'entendit plusieurs bras s’attachérent à lui et on le retira; dans les efforts qu’on avait faits pour le dégager, il avait perdu ses bottes. Ce serait peu si c'était là sa seule perte, mais il pleure la perte de son épouse et de sa fille ainée, madame Rigobert Angers, qui sont péries dans les flammes.”
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Le mot bottes convient d’être placé dans les lignes que nous venons de citer, à peu près comme qui dirait des cheveux dans la soupe, Il nous semble que
quand oti est obligé de raconter un aussi grand malheur, on évite, pour peu que l’on soit susceptible d’avoir du goût et que l’on connaisse les convenances les plus élémentaires, toute expression grotesque ou triviale qui peut prêter à rire.
Et son article à l'adresse de feu l’honorable John Neilson,—cet anglais si sympathique aux Canadiens- Français, —article qui fut publié le 1er Février 1848, le jour même de la mort de cet honnête député du comté de Québec, qu'elle pénible impression ne produisit-il pas dans le public ?
La Quebec Gazette et le Journal de Québec étaient alors aux prises. Le jour de la mort de feu l’honorable John Neilson, le Journal de Québec contenait deux articles violents à l’adresse de ce grand homme d'état, mais plutôt que de retarder l'impression de sa feuille, en prenant le temps nécessaire pour remplacer ‘: ; malencontreux articles, Cauchon fit paraitre son jou:nal avec accompagnement d’une note explicative de sa façon !
Mais jugez plutôt par vous-même, lecteur, voici ce chef d'œuvre de condoléance :
L'honorable John Neilson est mort ce matin, à 4 heures, Lorsque nous avons appris cette mort inattendue, les articles à l'adresse de la Gazette étaient mis en pages, et, pour les laisser de côté, il eût fallu
renoncer à publier aujourd'hui; cela expliquera pourquoi nous répondons à un mort.”
Le 5 du même mois de février 1848 il ajoutait :
“Nous devons encore une fois exprimer le regret que nous avons éprouvé lorsque nous nous sommes vu dans l'obligation de publier deux articles À l'adresse de l'honorable John Neilson, lorsqu'il venait de descendre dans la tombe; mais nous avons expliqué la cause de cette publication et l'inconvénient qu’il y aurait eu de l’omettre. Nous n’aurions pas pu dans un but de simple convenance, exiger de nos lecteurs ur pareil sacrifice... .!’
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Bah! priver les lecteurs d’un numé Journal de Québec de cette époque, n'eut certes pas été un sacrifice, bien au contraire. Combien de fois les lecteurs d’un journal, n’ont-ils pas été obligés de faire de semblables sacrifices, parceque grâce à la gau-
LA
cherie d’un ouvrier, une forme avait été brisée ?
De plus, devant le respect dû à un mort illustre, et pour prouver qu’on est homme d'honneur, la perte de quelques piastres n’est pas un sacrifice. Ce fut, l'opinion générale du public à l'égard de Cauchon au sujet des articles en question.
Après cela, on peut rabattre le rideau et tirer l'échelle. Pourtant, citons un dernier extrait comme exemple de son bon goût littéraire. Ce sera le
bouquet.
Le Nouveau-Monde, organe de l'évêque catholique
de Montréal est en cause :
“ La fraternité du Nouveau-Monde, s'écrie Cauchon, a des dévouements que l’on pourrait appeler sublimes, si ses membres n'avaient pas d'autre objet que le terre-à-terre des ambitions, des satisfactions, des brutalités et des ignobles haïnes de ses membres froissés dans leurs prétentieuses espérances, écrasés sous la logique de ses adversaires et réduits enfin au rôle peu enviable de faiseurs de religion et de pharisiens, déchirant à belles dents leur prochain pour sauver du péril la religion du Christ, qui n’a jamais prêché que l’amour et l'oubli des injures et qui, conséquemment, aurait horreur d’avoir pour discijles les Saladin-Lamarche, les Luc Désilets, dit-la-plaie-du-clergé-des-Rivières, les Gatineau-Saint- Maurice McLeod, les Beausoleil-Médéric-Lanctôt et les Desjardins à l'odeur du “fumier ;” mais il y a longtemps qu'un auteur a dit: ilny a qu’un pas du sublime au ridicule” et, quand on vient vous dire que tous ces amas d'absurdités, d'horreurs, de rancunes, de vengeances est la véritable doctrine de l'Eglise et est autorisée, que la combattre avec la vérité, la raison et Rome même, c'est nier l’autorité et se rendre coupable de résistance aux lois de Dieu et de l'Eglise, il faudrait adorer ?,..... Quoi! M. le chanoine Lamarche, dont l'ignorance est aussi connue que l’insupportable orgueuil, serait l'antonité et il ne resterait plus aux
huinbles fidèles qu'à recevoir à genoux ses décrets ! L’humanité seraitelle descendue si bas et l'intelligence humaine, éclairée de la foi, de la doctrine, de l’autorité et de la science, serait-elle donc condamnée à
cette humiliation d'avoir à se courber devant une mat ère aussi grossière at aussi mal pétrie?,.....
“M. Desjardins est brutal et mal élevé sans doute, mais il a eu au moins la magnanimité de couvrir de ses initiules lu personnalité du ‘ vaste” chanoine. De ce “ goujat,” nous n'avons pas à nous occuper, d'autant plus que le manteau serait assez vaste pour couvrir son maître tout entier, s’il n'était pas atteint d'une effrayante hydropisie d'orgueil qui lui donne des vapeurs d'infaillibilité.
“Vous verrez que ce chanoine 1à tournera mal un jour, quand on
mettra la Pride à son incommensurable orgueil, On a dit que c'était
un second Hyacinthe: pour le talent? non; pour le reste? nous ne disons pas non.’
Pouah! le cœur se révolte! Comment un homme d'un tel talent peut-il donc descendre si bas et se servir d'un langage aussi inconvenant ? Hélas ! demandez à l’homme politique.
On respire dans cet article de Cauchon, l'odeur du style du Père Duchesne, feuille qui n’était guère rédigée d’une façon plus grossière que cet échantillon du Journal de Québec. |
Nous n'avons cependant pas glané dans les plus fertiles parties de son parterre littéraire, où l’on trouve encore plus d’épines, de ronces et de chardons, que de lys, de jasmins et de roses ; mais ces quelques citations suflisent, croyons nous, pour démontrer que cet ardent polémiste est armé d’une plume qui, si elle était toujours inspirée, guidée, par un veritable amour de l'intérêt public, deviendrait une plume d’aigle, tandis que malheureusement sous la pression de l'esprit de parti, et surtout, de l'intérêt privé, elle se change souvent en un stylet où l'encre est remplacé par le fiel ou le venin. C’est un malheur pour l'écrivain et surtout pour son pays.
Que dire maintenant de ses insultes à l'adresse de Papineau, insultes qui forcèrent Gugy à défendre et à faire l'éloge de son ancien adversaire politique ? Elles discréditent pour toujours celui qui s’en rend coupable,
Malgré cela, Cauchon était né journaliste et devait le devenir complètement un jour ou l’autre. C'est en forgeant que l'on devient forgeron, et c’est à force d'écrire et, surtout d'étudier, que Caüchon est parvenu à se créer ce style qui lui est propre, bien que beaucoup de gens trouvent avec raison, qu’il ne le soit œuère. Chacun a son opinion, et, comme on dit, des goûts et des couleurs il ne faul pas disputer ; cepen dant nous trouvons que les goûts littéraires de Cauchon ne sont pas encore tout à fait académiques, et que ses aspirations politiques ne respirent pas l'honnêteté de feu l'honorable Morin.
Ces écarts de plume, ces égarements de style que nous signalions, il y a un instant, et qui faisaient pouffer de rire ses adversaires toujours à l'affût pour surprendre chez lui quelque travers, quelque ridicule en attendant quelque chose de pis, Cauchon ne les répéterait certainement pas aujourd'hui Mais sil ne commet plus de ces balourdises grossières ou ridicules d'autrefois, il a néanmoins conservé la mauvaise habitude de se défendre par l’insulte et le mensonge. D’écrivain médiocre, il est devenu maître écrivain dans son genre. C’est une nouvelle preuve qu'avec du travail et de la persévérance, les natures même les plus ingrates triomphent de tout.
Démosthène qui, dans sa jeunesse, bégayait horriblement, ne réussit à devenir le plus éloquent des
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Giateurs grecs, qu'en se plaçant de petits cailloux dans la bouche, et en allant ensuite, la bouche ainsi embarassée, improviser ses harangues immortelles sur les bords des rivages poétiques de la Grèce. A force d'exercice et d'étude, Cauchon, qui n'est certes pas un Démosthène, a triomphé lui aussi de la plupart de ses imperfections littéraires, et est devenu le redoutable polémiste que l’on ne peut jamais admirer, et pour cause, mais devant l’âpre tenacité duquel pour la curée, on s'étonne et reste comme ébahi! On finit toujours par se dire: cet homme est un Grargantua politique ! En l’examinant de plus près, on s'aperçoit qu’il tient aussi du Vandale.
Il y a des natures ainsi composées.
Sous le rapport du style, voici, dans notre humble opinion, ce que Cauchon a écrit de plus parfait, de plus achevé. C’est un portrait du célèbre évêque de Nancy. Il se montre dans cette appréciation, ce qu'il peut et ce qu’il deviait toujours être, énergique et correct :
“C’est une tâche bien pénible que celle que nous entreprenons, puisque nous venons vousentretnir d'un homme que vous avez entendu vous-mêmes, qui vous a transportés d’etonnement et d’admiration, qui a remué si puissamment vos cœurs, qui à laissé un souvenir si profond
dans vos esprits, de cet homme qui n’a fait que passer parmi nous, mais dont le passage a été marqué par des traces profondes,
‘Encore si nous venions vous parler de quelqu'un que vous n’auriez pas entendu et qui ne serait pas si grand dans vos esprits et dans vos cœurs; encore si nous avions devant nous le texte pur et simple de ses éloquents discours pour nous appuyer et pour marcher dans ce dédale où nous nous sommes engagé, peut-être pourrions-nous nous assurer. Mais où sont maintenant ces traits énergiques et sublimes? ces pensées vigoureuses? ces comparaisons si belles, si grandes, si nobles, si justes, si lumineuses, qui portaient tour à tour la conviction dans les âmes et l'effoi dans les cœurs? Où sont-elles ces paroles de feu? où sont les puissants accents de génie ? où est toute cette magnifique et majestueuse
te CUAUCHON,
eloquence ? Tout s'est cvanoui, tout à pas:é devant nous comme le souveuir rapide du voyageur qui ne se rapelle que confusément les lieux qu'il a parcourus et les émotions qu’il a éprouvées, Pendant que nous nous eflorcions de retenir ce torrent impétuex et que nous le pressions dans notre aspect, il s échappait par d'autres endroits avec plus de force et plrs de rapidité, et tout confus de chagrin, nous laissions tout aller pour nous livrer comme les autres au courant de ce fleuve majestueux, mais cependant il nous est resté quelques gouttes d'une eau si pure, nous avous pu nous baisser pour nous abreuver en passant aux sources d'une si belle éloquence, Si quelquefois la pente de ce fleuve est moins rapide, si sa marche est plus lente et plus paisible, jamais du moins elle n'est troublée par des matières étrangères, jamais l'horizon de ce beau ciel n'est couvert de nuages et de brouillards, sil faut le dire, jamais l'éloquence de ce grand homme n’est chscurcie par les trivialités choquantes que l’on rencontre dans les ironies amères du père Honor, et même dans les figures terribles et sublimes de Bridaine,
Mais s'il n’a pas les défauts de ces hommes illustres, il a toutes leurs beautés; comme eux il a puisé aux sources de la nature cette force et cette énergie pour peindre les vérités effrayantes de la religion; comme eux, il fuit entendre d'espace en espace, comme une voix du désert, les mots de mort, de néant, d'enfer, d'éternité. Si, comme nous l'avons déjà dit, ses discours sont quelquefois diffus et languissants, il ne faut pas s’en prendre à lui, mais à un défaut inhérent à l'improvisation ; ayant été obsédi tout le jour, il n'a pas eu le temps de méditer son sujet, qu'il compose au moment où il vous parle. Mais frappé tout-à-coup par quelque pensée subite et comme à l'improviste, il a bientôt racheté toutes ces langueurs par des beautés du premier ordre et pur des traits d’une surprenante tloquence, qui sont comme un réservoir dans ce cerveau fécond.
“Il connait parfaitement M poëtique de l’éloquence, et suivant les sujets qu'il traite ou les passions qu'il veut émouvoir, il donne à su diction toutes les nuances et toutes les couleurs, à son expression toute la richesse et toute la pompe, à sa pensée toutes les formes, à son geste toute la mobilité et toute la majesté de sa pensée. |
“Souvent il a l’imposante sublimité de Bossuet quand il appelle le néant, quand il abat les dignités et les grandeurs de la terre, quand il fait résonner la voûte des temples du fiacas des trônes renversés, quand il déroule avec une majesté terrible les révolutions des empires qui ge succèdent et qui se poussent comme les flots d'une mer agitée, quand il appelle la voix caverneuse des tombeanx pour instruire ceux qui s’attachent au brillant des choses passagères, Si qnelquefois il est vague et diffus, d'autrefois dans Ta liaisons et ln succession de ses idées, il se
montre l'émule de Bourduloue; il est pressé comtüe lui par l'impulsion de son génie et par l'abondñnee de ses mouvetnents et de ses pensées: C’est alors qu'il triomphé sur sot tuditoite, c'est alors qu'il mêle l'ironie amère à des raisHnneménts piligsants.,.,, 43. .seosessssoosvsieesi
‘t Cointne Îl méprise en lui-même la grandeur ét qu'il n'est obsédé que par l’ardeur de sa charité, il peut tout se permettre, atissi s'écriertil, dans le mouvement de son zèle spontanné : ‘ Aprèsles pauvres les rois !” Il sait profiter de to:.tes les circonstances locales et personnelles, La foi et la religion si profondément gravées au cœur des Canadiens, les montagnes qui l'entourent, le beau fleuve qui coule à ses pieds, la chûte formidable de Niagara dont il a entendu les roulements se prolonger sourdement dans les plaines immenses de l'Amérique; tout devient la matière vivante de ses comparaisons et la sourée de beautés sans nombre, Tout ce qu'il dit est à lui. Bientôt vous l’entendrez lui-même, souvenezvous, en attendant, comme il développait avec une sombre et paisible majesté les appareils du grand jour du Seigneur, comme il brisait toutes les harmonies de la nature et de ces mondes immenses qui furent lancés dans l’espace par la main du créateur, comme il renversait la pierre-des tombeaux, comme il faisait sortir vivants ces squelettes poudreux des demeures sépulchrales, Mais ce n'est pas tout; lorsque la mort a pesé sur” l’abime, que l’abime s'est dilaté, puisqu'il s’est refermé, il appelle l'éternité, et l'éternité accourt avec toutes les fureurs de l'enfer, c’est alors que s’élevant vers son auditoire avec un œil étincelant et farouche, avec une voix sourde et sinistre, le cri de l’hyène où les échos des cavernes, il déroule devant lui les horreurs de ces gouffres affreux, qu'il rend présents à tous les esprits et comme ouverts au-dessus de cette immense assemblée. ÆEntendez les accents terribles de sa voix qu'il fait courir comme les roulements du tonnerre sous les arches multipliés du temple; c'était au milieu de la nuit qu'il fesait entendre ces paroles de frayeur et d'épouvante, c'était aux reflets de quelques pâles fiambeaux qu'il ouvrait les cavernes sombres du gouffre infernal, c'était dans le silence des tombeaux, qu'il fesait résonner la voix rauque de l’abime et les désolations de l'éternité ...,,., 4... .esscesseseoseseresssesee
‘“ Nous le disons avec vérité, nous n'avons jamais vu dans les poëtes
ni dans les orateurs une peinture aussi forte et aussi effrayante du séjour de l'infortune éternelle... .”
La sus-rédaction du Canadien pesait lourdement à ce jouteur impatient de commander en maitre ; aussi, le vit-on bientôt quitter le journal de la côte Lamontagne pour fonder, de concert avec son beau-
PEER W 2 : + À Ts Te