‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 13 sur 40 · RÉ VA · texte numérisé non relu

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et, surtout, rendu fort, courageux etinébranlable par la certitude qu'il avait d'entreprendre une tâche qui le ferait aimer et bénir de ses compatriotes et qui rappellerait à la postérité les vertus et les exploits d'un peuple petit par le nombre, mais que les événements avaient fait une race de géants, de héros et de martyrs, Garneau marcha hardiment, avec le courage d’un héros et l’abnégation d’un martyr au noble but qu'il s'était proposé et qu’il atteignit heureusement d’une manière aussi honorable pour lui que pour notre race,

L'apparition de l'Histoire du Canada, fut salute et accueillie comme le méritait un ouvrage de cette importance historique et de cette valeur littéraire, c'est-à-dire avec un noble orgueil et une légitime admiration par les étrangers, mais surtout par les Canadiens-Français.

Grarneau n'avait point d’ennemis, il n'avait que des admirateurs.

La première édition de son œuvre eût été rapidement écoulée, si certaines personnes qui se prétendaient froissées de voir avec qu’elle indépendance de caractère, qu’elle largeur de vues, qu’elle hardiesse de jugement, quel esprit de justice et de vérité, il avait commenté et jugé quelques événements historiques arrivés sous la domination française, ne l’eussent obligé, par une critique acerbe, injuste et outrée dans la presse, une opposition acharnée au dehors, à consentir, pour avoir la paix, à retirer son livre de la librairie et de la circulation, ou d’altérer les passages qui causaient une telle irritation dans ces esprits exaltés et beaucoup trop sévères,

Ce que ces personnes reprochaient surtout à notre historien, c'était d’abord d’avoir, dans plusieurs questions, donné la prédominance aux intérêts temporels sur les spirituels; ensuite de s'être montré injuste envers le clergé de cette époque, en le blamant d’être intervenu dans certaines affaires temporelles, notamment à propos des difficultés produites par le commerce de l’eau-de-vie en Canada; et, surtout, d’avoir désapprouvé et condamné le gouvernement français qui empêchait toute émigration d'Huguenots en ce pays, quand ces derniers étaient les seuls colons qui fussent disposés à émigrer en Amérique, en nombre assez considérable pour former rapidement et avec toutes les chances de succès et de stabilité, les bâses d’une nation grande et nombreuse.

Voilà, croyons-nous, les principaux griefs, au sujet desquels, se fit dans le Journal de Québec pendant environ un mois, c'est-à-dire, du 20 avril au 16 mai 1850, une véritable tempête de critiques violentes et de récriminations aussi peu charitables que l’application intégrale des prétentions exagérées de leurs auteurs était impossible.

Sous le rapport politique et sectaire, les contradicteurs de Garneau pouvaient n'avoir pas tout à fait tort, surtout au sujet du trafic de l’eau-de-vie; mais au point de vue de la civilisation, du progrès, de la philantropie et de l'humanité, l'historien avait certainement raison à propos des autres questions en litige. Le salut d’un peuple et la prospérité d’un pays sont toujours au-dessus des intérêts privés de caste ou de secte, Dans l’état des sociétés modernes, la minorité doit être tolérée, respectée et protégée, mais la majorité prédomine. Puisque l’une ou l’autre

doit l'emporter, il est logique, naturel, inévitable que la majorité du moment commande jusqu'à ce que la minorité la supplante légalement à son tour. Autrement il n'y aurait pas de société possible.

À la page 71 du premier volume de son histoire, Grarneau s'exprime ainsi au sujet de la question des Huguenots :

‘“ Richelieu fit une grande fante lorsqu'il consentit à exclure les protestants des colonies, parce que s'il fallait éliminer une de: deux religions pour avoir la paix, l'intérêt de la colonisation demanduit que cette élimination tombât p'utôt sur les catholiques qui émigraient peu ou point du tout que sur les protestants (français) qui ne demandaient qu’à sortir du royaume, ” *

Les partisans de l’exclusivisme en matière d’émioration, et il y en a partout, ont répondu à cette proposition raisonnable en disant que si le Canada eût été peuplé indifférament par les catholiques et les protestants français, ceux-ci n'auraient pas tardé à se détacher de leur nationalité maternelle impré: gnée de catholicisme et de principes monarchiques, parce que leurs idées gravitaient vers la religion réformée et le républicanisme ; que l’entagonisme religieux étant encore plus dissolvant, plus fatal que l’antagonisme politique, le Canada peuplé plus considérablement de protestants que de catholiques ou du moins d'un nombre égal, se serait inévitablement jeté entre les bras de la race anglo-axonne, pour échapper, par le moyen d’une annexion avec leurs co-religionaires partisans du même système de gouvernement, aux dogmes religieux et aux principes politiques de la France.

Ce sont là de pures hypothèses que l'expérience ne justifie pas, On ne fera jamais croire à une per-

sonne raisonnable, exempte de préjugés ou de fanatisme et qui connait un peu l’histoire, qu’un Français protestant a moins de patriotisme et qu’il porte moins d'amour à sa nationalité, qu’un Français catholique et vice versa. Sully, le bon Sully n’aimait-il pas autant si non plus sa patrie que Richelieu ? Guizot cherchait-

il moins la prospérité de la France que Rouher ou LeBœuf ?

Non, sous le rapport du patriotisme, tous les Français, à peu d'exception près, se valent. A leurs yeux, le salut de la patrie prime tous les intérêts toutes les questions. L'histoire en fournit maintes preuves irréfutables,

Qui oserait dire aujourd’hui qu'il faut empêcher une émigration catholique ou protestante en Canada ; sous prétexte que l’une ou l’autre, dans le but de favoriser respectivement ses intérêts sectaires, deviendra peut-être une cause de faiblesse ou de danger permanent et réciproque ? Celui qui proclamerait cette étrange et impraticable proposition, serait, avec raison, regardé par tous les partis comme un partisan aveugle et fanatique de l’exclusivisme et de l'intolérance religieuse et politique la plus outrée comme la plus incompatible avec l'esprit et les besoins des sociétés modernes.

Si les catholiques avaient pu être influencés, à émigrer d’une manière ou d’une autre, en nombre suffisant, pour former un peuple fort et populeux, il eut ét: certainement plus politique, plus rationel et plus profitable au point de vue de la France de cette époque, de donner la préférence à une émigration catholique, mais les catholiques ne voulant pas

s'expatrier, ou n'émigrant qu'en nombre tout-à-fait insuffisant, il fallait de toute nécessité recourir aux autres émigrants, qui sous le rapport industriel, de l'énergie, de la bravoure et de la rigidité des mœurs, ne le cédaient certes pas à ceux d’une autre croyance religieuse. À moins de vouloir laisser le pays à la merci des Indiens et des animaux f'roces, ou de le voir bientôt possédé par l'Angleterre, il fallait à tout prix et coûte que coûte, peupler le Canada par des Français, sans égard à leurs croyances religieuses ou à leurs aspirations politiques. L'avenir a malheureusement donné raison à ceux qui considéraient les choses sous ce point de vue politique et élevé.

Garneau pensait donc aussi lui que le Canada eût gagné immensément à cette émigration des Huguenots français, et en jugeant la question au point de vue de la civilisation, du progrès et de l'humanité, il entrevoyait clairement que si cette politique avait été mise en pratique, l'influence française auraient pris des racines indestructibles en Amérique.

Voilà quel était son crime au sujet de la colonisation du pays.

L'autre question, celle de la traite ©. l'eau-de-vie, plutôt morale que politique, était autant, sinon plus, du ressort de l'autorité ecclésiastique que du gouvernement, et la parti qui était opposé à ce que les boissons enivrantes, fussent vendus aux aborigènes, avait, suivant nous, de graves et légitimes raisons de vouloir en empêcher la vente. L'ordre et la morale doivent régner coûte que coûte, dans un état, dût même l'intérêt privé d’un certain nombre en souffrir:

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L Si, à l'époque où ces déplorables dissensions +4 : éclatèrent, le Canada eût encore été une simple 3 mission, l’autorité ecclésiastique, rempleçant alors

| l'autorité laïque, eût certainement été la seule \ compétente et légale; mais comme il existait un < gouvernement civil, à lui seul appartenait le droit û de faire exécuter la loi quelquelle fut. Si la loi t cencernant la vente des boissons était vicieuse, é immorale et préjudiciable aux colons comme aux " aborigènes, et nous le croyons, il fallait la changer

à par une autre, mais en attendant exécuter celle qui k était établie. Autrement il ne pouvait y avoir d'autorité possible, Law or no law, dit l'Anglais. a Donc là où les deux partis se trompèrent, ce fut S dans la manière dont fut soulevée et conduite la u discussion de ce malencontreux différend. Des deux e côtés, on outrepassa les bornes de la polémique. e L’une des parties oublia peut-être un peu trop l'esprit s de douceur, de patience et de charité, et l’autre cette n prudence, cette modération, cette courtoisie et ce tact que lui imposait son rôle de gouvernant civil vis-à-vis d'un autre pouvoir son égal sinon en autorité du à moins en position. Aussi le parti de l’évêque avait-il raison quant au but moral de la question; et quant e, à la forme, le gouverneur d’Auvaugour et ses , adsewañes n'étaient pas tout-à-fait sans reproche,“ r'- mais le droit légal, bon ou mauvais, les favorisait ès certainement. Les deux partis se laissaient trop $, aisément influencer par les impressions passionnées, Le irritables du moment que faisaient naitre à tout propos le cette malencontreuse querelle qui, dans l'excitation t des débats, prenait quelquelois les allures d’une r°

86 GARNÉEAU.

( , . , ’ ’ ( 4 chicane de famille et dégénérait souvent en récriminations personnelles.

Aussi, Grarneau ponvait-il, sans être accusé d’hérésie ou d’impiété, commenter ces deux questions, — l’une au point de vue du progrès et de la civilisation, et l’autre sous le rapport du commerce et des intérêts privés,—qui étaient en cause. Il n’était nullement question de dogme dans son appréciation de l’émigration huguenote. L’historien pouvait se tromper dans ses conclusions, mais ne méritait certainement pas d’être critiqué d’une manière aussi véhémente par une certaine école qui, heureusement ne trouva pas l’écho qu’elle espérait rencontrer. Car il ne faut pas croire, par ce que nous avons relaté, que le clergé fut hostile à Grarneau; un semblable avancé ne serait ni juste, ni véridique. Tout en admettant qu'en beaucoup d’endroits, l'Histoire du Canada était écrite à un point de vue différent de celui où se placent nécessairement la plupart des historiens ecclésiastiques, et que, surtout, le discours préliminaire si vertement critiqué par un correspondant du Journal de Québec, fut imprégné de l'esprit philosophique des Montesquieu, des Sismondi, des Thiers, des Guizot, il était impossible, disaient les hommes les plus marquants du clergé, de mettre en doute l’orthodoxie de l'historien canadien.

En raisonnant ainsi, le clergé avait parfaitement raison, car si Garneau a critiqué dans le cours de son récit, quelques actes particuliers qui se rapportaient à des intérêts temporels, dans auc'in endroit on ne rencontre le moindre atteinte de sa part pour discuter ou désapprouver aucune doctrine dogmatique, Dans

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la préface de son histoire, Garneat n'a-t-il pas écrit ces paroles significatives :

“ A la cause que j'ai embrassé, la conservation de notre langue et de notre religion, se rattache aujourd’hui ma propre destinée.”

Que veut-on exiger de plus ?

Aussi, on sait que si les déboires, les avanies, les souffrances et les tortures morales n’ont pas manqué à Grarneau de la part de quelques critiques trop zélés, il a trouvé, en revanche, dans toutes les classes de la société des défenseurs sympathiques. Il s’est rencontré même dans les rangs du clergé, des hommes instruits, éclairés, capables de distinguer et d’apprécier toute la portée philosophique, humanitaire et civilisatrice des appréciations historiques de Grarneau. Ces hommes vraiment pénétrés de leur rôle de prêtre et de citoyen, donnèrent à l’illustre écrivain, en maintes occasions, des marques éclatantes et non équivoques de leur estime et de leur approbation qui durent le consoler et le dédommager amplement des misères et des tracasseries suscitées par quelques critiques mus par un zèle exagéré, ou qui n'étaient pas à la hauteur des difficultés de notre position

exceptionnelle comme peuple sur ce sol de progrès et de liberté.

L'un de ceux qui ont le plus contribué à dégager de la réputation historique de Grarneau, l'impression défavorable que le souvenir des critiques amères d'autrefois, faisaient encore naïtre dans les esprits timides ou peu familiarisés avec la manière libérale et raisonnée des historiens modernes, est certainement son biographe même. L'abbé H. R. Casgraiïn, a le premier et le plus noblement décerné à l’auteur de

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l'Histoire du Canada, le témoignage qui lui était dü, en l'appelant notre historien national !

Parceque quelques critiques même parmi les membres du clergé, ont jugé beaucoup trop sévèrement autrefois, l’œuvre de cet historien impartial et progressif, il ne faut pas, pour cela seul, conclure du particulier au général et juger le corps entier par quelques individus. Quelques hostilités particulières faites probablement de bonne foi et sous la conviction erronnée mais profonde et sincère de principes opposés, ne doivent pas être considérées comme une marque de désaprobation générale. Outre l'abbé Casgrain, maiïnts autres prêtres éminents ont donné à notre historien national, en différentes occasions solennelles et publiques, des marques éclatantes de bienveillance, de considération et de justice.

En 1850, quelques mois à peine après la publication des critiques faites au sujet de l'Histoire du Canada, les directeurs du Séminaire de Québec, voulant prouver cette fois co: ‘ne en maintes autres occasions, leur esprit libéral et délicat, firent déclamer au milieu des acclamations des assistants et des élèves, à la séance de la distribution des prix, par un élève, M. Elzéar Taschereau, aujourd’hui juge au Saguenay, le célèbre poême de Garneau intitulé: Le dernier Huron. |

Autre marque d'estime et d'approbation qui fait autant d'honneur à celui qui en est l’objet qu'à celui qui la donne : lorsque vers 1861 ou 62, croyons-nous ; le savant professeur, M. l'abbé Méthot, inaugura son cours de littérature à l’Université-Laval, dès la première leçon, il fut question de nos historiens. Pour faire le parallèle de Garneau et de Ferland, le

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professeur se servit d’une figure aussi belle que bien appropriée. Il compara l'Histoire du Canada à un colossal et magnifique palais dont l'architecture était noble, sévère, correcte, belle et magistrale, frappant d’étonnement et d’admiration le regard du visiteur, et le Cours d'Histoire du Canada à un pare immense ou bien encore à un grand jardin charmant, plein d'ombre, de fruits et de fleurs où le promeneur fatigué passe et oublie les heures en parcourant à pas distraits et sans but précis, des sentiers, des avenues resplendissant de verdure et émaillées de fleurs et de feuillage, jusqu’à ce qu’enfin, gagné par la poésie du lieu et plongé dans une douce rêverie, il s’'égare dans les mille cercles de ce labyrinthe enchanteur.

Les deux œuvres sont jugées dignement, impartialement et de maïn de maitre; mais on voit que la palme de la supériorité est accordée à Grarneau, bien que la place assignée à son digne émule soit encore très belle et très digne d’envie.

Plusieurs personnes ont cru voir dans la condescendance de l’auteur de’ l'Histoire du Canada à remanier son œuvre pour plaire à une pression, suivant elles trop exigeante et tout à fait indue, une tache à son indépendance d’historien ; mâäis loin d’y voir la moindre tache, ceux qui connaissent les temps difficiles où Garneau écrivit son histoire, les épreuves, les obstacles, les déboires, les difficultés de tous genres qu’il eût à combattre, et finalement à vaincre, ne découvrent pas dans sa conduite d’historien l’ombre d'un reproche mérité; car, contre l'impossible nul n’est tenu. Pour sauver le tout des fureurs de certains critiques impitoyables, l'auteur dut sacrifier quelques passages de son livre qui serajent devenus

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| | 90 GARNEAU, | 1 pour lui une cause continuelle de persécutions de | fl toutes sortes de la part de ces zoïles intraitables. 4 1 ‘l If La postérité n'aurait certes pas reproché comme | | (a un crime à Régulus de ne pas retourner chez les À cruels et perfides Carthaginois. François Ier, si k ] il renommé pour sa loyauté, n’a jamais été flétri par | *

l'histoire pour n'avoir pas tenu sa parole donnée de force au fourbe Charlequint. Qui oseriit blâmer ‘ Galilée d’avoir, pour échapper aux tortures de l'inquisition, admis qu’il se trompait ?

‘ Vous me forcez, dit Galilée à ses juges, de déclarer que la terre ne

tourne point: soit, je l'admets devant la furce, mais cela n'empêche pas qu’elle tourne l”

LE Garneau a du dire ou du moins penser, lui aussi, je que ce que quelques uns voulaient l'empêcher de relater d’une manière véridique et impartiale, bien ; qu'anéantie jusqu'à un certain point par la disparition Dr presque complète de la première édition de son livre, l: reparaitrait plus tard avec plus de force et d'éclat, |: grâce à d’autres écrivains qui auraient l'avantage de 4 pouvoir écrire plus librement et d’être mieux compris | b et appréciés.

| Pour se soustraire à la persécution, Garneau | T # annonça donc une seconde édition de son livre, | édition revue et corrigée qui, certes, n’est pas sans Je | | mérite, mais vu les altérations imposées, comme on L LAN sait, à l’auteur, fait regretter d'avantage la première

par les amis de la vérité historique. - c EUR: Aussi est-il désirable et même nécessaire, qu'une Dir nouvelle édition de cette belle Histoire du Canada \ A par Garneau telle qu'il la voulait, soit offerte au a l { public impartial et ami de la vérité.

Al Cette histoire a dejà eu les honneurs de trois d

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éditions, mais une quatrième dans le sens que nous indiquons est devenue nécessaire.

La troisième a été traduite en anglais par un M. Bell, mais malheureusement le traducteur n’a pas répondu aux exigences de sa tâche, et la traduction est bien au-dessous de l'original.

Les critiques dont nous avons parlé précédemment, avaient aflligé profondément l’illustre historien qui était aussi sensible qu'honnète et véridique. Ka santé en était considérablement affectée; et les suites s’en firent sentir pendant tout le reste de sa vie.

Un jour, un de nos amis qui était aussi l’un de ses admirateurs, le rencontra. C'était au plus fort de la guerre injuste &7* lui faisaient certains critiques.

Naturellement on parla de l'Histoire du Canada et de ses critiques. Garneau témoigna dans le cours de la conversation, combien il était affecté par ces attaques imméritées. Il était découragé.

— Pourquoi, lui dit notre ami, ne publiez-vous pas une édition de votre histoire pour l'usage des enfants ?

— Comment voulez-vous donc, reprit-il douloureusement, que je puisse réussir à publier avec succès une édition destinée aux enfants des écoles, lorsque je ne puis pas même faire accepter celle qui est entre les mains des gens instruits ?

— Alors, reprit notre ami, faites mieux, ne publiez

qu'une édition abrégée et appropriée aux circonstances.

— Vous avez raison, je crois, et je vais suivre votre avis.

En effet, quelque temps plus tard, parut l’abrégé de l'Histoire du Canada.

L'Histoire du Canada par Grarneau n'est pas seulement un livre admirable, mais c'est comme un monument impérissable où l’auteur a gravé avec le poinçon de l'historien tous les hauts faits pour ainsi dire presque légendaires, toutes les actions héroïques, tous les événements mémorables, tous les travaux herculéens, toutes les découvertes presqu’incroyables dont le Canada a été le théâtre depuis sa decouverte jusqu’à l’époque de l'union des deux provinces canadiennes en 1840. Il a décrit en maitre, avec le pinc au brillant et correct d'un artiste, et en même temps, avec la verve et l’entrain d’un poëte, l’'étonnant récit de la découverte du Canada, la description topographique du pays, la relation des mœurs, des habitudes, des vices, des qualités, des goûts, des aptitudes, en mot du caractère des aborigènes ; enfin, des discussions et des débats parlementaires, luttes pacifiques bien qu'émouvantes et pleines de dangers et d'incertitude pour l'avenir de notre race. Ces différents sujets sont traités avec une admirable lucidité de style, des apperçus pleins de finesse et d’apropos; des déductions savantes, philosophiques, d’une profondeur et d’une portée remarquables.

On comprend que ce n’est pas seulement l'œuvre d’un historiographe que l’on admire, mais un parterre de fleurs poëtiques dont on respire le doux et énivrant parfum. Une mélodie éolienne, un chant de bärde résonne, dans ces pages éloquentes et patriotiques. L'esprit de l'historien apparait et se révèle brulant et viril de patriotisme, de progrès et de liberté, frémissant d’impatience et d'espoir de revendiquer la justice et la vérité en faveur d’une cause nationale

calomniée et méconnue; mais le cœur du poëte lui prête en même temps ses concerts les plus doux et les plus mélodieux. Nous assistons à un grand drame où toutes les fibres nationales du peuple qui est en cause forment un concert unique et pour ainsi dire fécrique.

En étudiant ce livre écrit avec autant de savoir que de vérité, on croit parcourir en esprit une immense gallerie de tableaux aussi admirables que variés. On reste comme ébahi devant leur nombre, leur grandeur, leur diversité, et l’on ne sait vraiment ce que l’on doit le plus admirer, ou de la richesse descriptive qui nous les représente si bien, ou de la fraicheur du coloris, et de la frappante et juste ressemblance des sublimes métaphores si brillamment mais en même temps si naturellement imagées qui nous les gravent si fortement dans notre imagination émerveillée, dans notre esprit étonné, mais surtout dans notre cœur attendri, énorgueilli et encouragé !

Oui, l'Histoire du Canada est un éloquent plaidoyer en faveur de la nationalité canadienne-française. Un livre comme celui-là ne s’analyse pas: pour le bien gouter et surtout pour le bien juger, il faut le lire d'un bout à l’autre, le relire encore et sans cesse.

L'auteur s’est montré digne de son immense sujet. Il s’est acquitté de sa tâche grandiose en faisant un chef-d'œuvre. Grrâçe à la plume éloquente et féconde de Garneau, les événement: extraordinaires et les hommes incomparables du passé, sont peints au vif sur sa toile incommensurable ; sont taillés comme dans du granit et coulés comme un collossal bloc de bronze ou d’airain. L'œuvre est maintenant aussi

impérissable que les glorieux faits d'armes, les Da

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