VAT LS RE
sr De." -0S MERE MT, à
Celui-ci est encore un de nos hommes de l'avenir. L'un des plus jeunes, mais en même temps l’un des plus féconds, des plus brillants et, surtout, des mieux doués de nos poëtes, Fréchette est à Victor Iugo, ce que Turquety est à Lamartine; et certes, c’est s'élever bien haut dès les premiers coups d'’aile. Il n’y à aucun doute que, par de nouveaux efforts, il n’atteigne le vol du maitre.
Il y a du Victor Hugo dans le vers de Fréchette, et du Villemot dans sa prose. Si l’on veut s’en convaincre, on n'a qu'à lire La voix d'un exilé et les Lettres à Basile.
La poésie de Fréchette est de marbre et d’or, et il faut à la muse de ce poëte des efforts herculéens qui, cependant, n'apparaissent jam.is, tant elle a de grâce et de naturel, pour travailer ce dur et brillant produit. Son imagination est un ciseau qui attaque, tranche et pénètre le bloc brut dont il fait si aisément une colone ou une fleur! Il est poëte à la façon des orfèvres-artistes du seizième siècle. (C’est un Celini poétique. Il cisèle le vers et le polit comme l'artiste fait d’un lingot d’or ou d’un bloc de cristal. Son vers est un brillant camée ou un pur émail. Sur ce point il ressemble encore à l’auteur des Orientales, qu'il parait avoir pris pour modèle et dont il se wiontre un digne élève. Il fait honneur à l’école du chantre des Chatiments, des Contemplations et de tant d’autres chefs-d'œuvres. Le souffle poétique, le mens divinior,
renir.
n des nieux o0, Ce lever n'y à teigne
chette, 11 CONet les
ément on des Celini ’artiste
FRECHETTE, 179
comme dit Horace, l’'embrâse et l’inspire. Il faut être doué d’une intelligence sublime, il faut, disons le mot, être vraiment grand poëte, pour chanter comme il chante; car il fait résonner le mâle clairon de Juvénal, aussi facilement qu’il sait tirer dé la harpe mélodieuse d'Horace, les sons les plus doux et les plus agréables. L'écho du patriotisme viril, ou la voix caressante de l'amour vibrent et se modulent également bien et avec une même facilité sur les cordes sensibles et harmonieuses de sa lyre patriotique et féconde.
Lenoir, Cremazie, Fréchette, Le May, et Fiset, forment sans contredit, le groupe le plus brillant de nos poëtes. Ces cinq constellations scintillent du plus vif éclat au ciel du parnasse canadien.
Fréchette (Louis-Honoré) est né à Lévis, le futur Brooklyn de Québec. Il est l’ainé de trois frères. Le second, Achille, est l’auteur de plusieurs essais poétiques qui sont très estimés. Il a abandonné la carrière professionnelle et littéraire pour se livrer exclusivement au commerce de bois à Grand Island, dans le Nebraska, où il réside actuellement. Le troisième étudie la médecine.
Ni, comme on l’assure, souvent les moindres causes influent beaucoup sur l'imagination des poëtes, l'aspect topographique de l'endroit où il est né, a dû certes, contribuer à faire naitre chez Fréchette le goût du beau et de l'idéal. Situé à l'endroit où sont maintenant construits les immenses bassins (docks) du Saint-Laurent, à environ un mille au-dessus du dépôt du (Grrand-Tronc, le toit paternel de Fréchette était un joli cof{age situé au pied de la falaise et comme perdu pour ainsi dire sous un bouquet de
eue Go Re Sms mn me mme ee à Des
180 FRECHETTE,
grands ormes séculaires, ombrageux et touffus. La providence semblait avoir choisi à dessein ce nid de mousse pour en faire le berceau du poëte qui devait, un jour, si bien chanter. La nature et l’histoire s'étaient comme entendus pour lui offrir tout ce qui pouvait enthousiasmer son cœur et développer son intelligence. En face de Lévis, qui porte le nom du héros qui donna à la France sa dernière victoire en Canada, apparait le Gibraltar d'Amérique, Le promotoire de Lévis et celui de Québec, comme deux Atlas modernes qui défient le temps et les orages, se regardent et semblent échanger mutuellement les souvenirs glorieux d’un passé impérissable. Le fleuve Saint-Laurent, ce fleuve-frère du Mississipi, le fleuveroi de l'Amérique, les sépare. Le soir, quand Québec s'illumine de milliers de gerbes de feu, que le fleuve couvert de navires semble une forêt de mats, que les étoiles brillent au ciel bleu; que les Laurentides apparaissent au loin comme la ceinture du ciel; quel est l’homme assez prosaique pour ne pas songer au passé qui se dresse glorieux devant son imagination ? L'histoire apparait de son côté avec le panorama du passé. Puis, la nature se joignant à l’histoire, il faut, bon gré, mal gré, se laisser entrainer au courant des idées poétiques dont on est environné.
Plus qu'aucun autre, Fréchette a dû payer aussi son tribut à ce prestige fascinateur de notre passé historique et des souvenirs qui en restent si aboudamment au lieu de la naissance du poëte,
Aussi, n'est-il pas étonnant qu’à huit ans, le goût de la poésie se soit emparé de lui. Gilbert fut son premier maître en poésie, comme Jean Bart et Duquesclin, dont il avait lu les exploits, avaient été ses
FRECHETTE. 181
premiers professeurs d'escrime. Il avait d'abord désiré vivement être un guerrier fameux, un nouveau Bayard, maintenant, il voulait à tout prix devenir un grand poëte.
Et il a réussi.
Son père qui était un homme pratique, n’entendait pas faire de son fils un faiseur de rimes, et quand il sut que Louis-Honoré se proposait d'apprendre à faire des chansons, il lui dit carrément :
—Mon garçon, ce métier là ne t’enrichira point !
Mais qu'importait au poëte la fortune! Poëte, il était né pour chanter, et il chantait.
Il se mit donc à rimailler tant bien que mal. Son père ñe pouvant l’en empêcher, le laissa faire, mais en attendant, pensant qu'il était temps de le faire instruire plus qu'il ne l'était, le mit au Séminaire de Québec. Le futur auteur de La voix d'un exilé continua à rimailler. L'une de ses élucubrations poétiques tomba, un jour, sous les yeux des professeurs qui trouvèrent qu'un enfant de son âge, —il avait alors 12 ans,—ne pouvait composer des vers de cette force et de cette qualité. Ils le soupçonnèrent de les avoir dérobés à quelqu'auteur. Pour s’en assurer, ils le mirent à l'épreuve et lui ordonnèrent d’en composer sur un sujet assez neuf et assez difficile à traiter :
Le chant d'un troubadour au concile de Clermont.
Quelques heures plus tard, Fréchette présentait son travail qui était trouvé assez satisfaisant; mais les professeurs doutaient encore de son talent et, voulant lui faire subir une épreuve décisive, ils le renfermèrent à lé dans une chambre pendant une heure, avec l'ordre de M ail des vers sur l’arrivée
182 FRECHETTÉ.
de Mgr. de Laval en Canada. Pendant une heure, Fréchette roula son crayon entre ses doigts, et se tortura l’imagination devant une feuille de papier blanc qui demeura intacte. Il était dans la honte et découragé, cependant, en désespoir de cause, il demanda et obtint une demie heure de plus, et, chose étrange, en vingt minutes, il composa quatre strophes qui furent jugées dignes d’être conservées.
Le père de notre poëte est un constructeur de quais habile et expérimenté. Il a résidé pendant longtemps à Lévis, ce qui explique un peu pourquoi le fils a été si bien accueilli dans cet endroit; mais il y a quelques années, voyant que les affaires tournaient mal en Canada, 1! vendit ses propriétés de Lévis, en réalisa le prix de vente, bien décidé à aller tenter fortune ailleurs cornme tant d’autres de ses compatriotes. Quelqu'un lui conseilla de s'établir aux Etats-Unis, mais le père Fréchette qui aïme son pays, préféra se fixer à Sorel qui, d’après toutes les apparences, est destiné, grâce à sa position topographique et à l'énergie de ses industriels, à devenir, dans peu d'années, une ville florissante.
— Vous vous placez, lui dit un jour, quelqu'un, à ce sujet, entre le pain et la viande, c’est-à-dire entre la fortune que l’on suppose toujours trouver aux Etats-Unis et le bien être qu’il est plus facile de trouver à Québec et, surtout, à Montréal, que dans une petite ville.
Le père Fréchette ne tint aucun compte de cette remarque et suivit son idée. Bien lui en prit, car il est aujourd’hui sur la voie de la fortune. Il s'occupe de grends travaux publics à Sorel et à Montréal.
are, | se plier e et , il )hes
dant quoi ais il aient s, en enter mpaaux pays, les OgTAenir,
un, à entre aux le de dans
cette car il cupe tréal,
FRÉCHETTEÉ. 183
C'est un homme énergique qui a su par ses talents et sa piobité acquérir une honnête aisance.
Le fils a hérité de l'énergie du père, mais si l’on en croit la renommée, l’auteur des Lettres à Basile, n'avait pas dans son enfance et même dans sa jeunesse, absolument toute la douceur d’un petit chérubin ! Privé des soins et de la tendresse d’une bonne mère qu’il perdit étant encore bien jeune, il grandit un peu comme l'oiseau qui s'élève et chante en liberté. Comme l'oiseau, le poite eût aussi ses chants, car à l'enfant et à l'oiseau,
tt C'est Dieu qui dit: Chante pauvre petit. ” Mais l'enfant se fatigue beaucoup plus vite que l'oiseau à chanter sans cesse. À son jeune âge, outre les chants, les arbres, l’espace et la liberté, il faut les jeux, le rire, les larmes, le soleil et les fleurs. La nature agite, l’ingénuité et l’insouciance mènent cet âge qui est sans pilié et sans prévoyance.
Entre deux strophes de vers, Fréchette organisait une équipée de sa façon contre quelque voisin ombrageux, récalcitrant ou incommode qui avait contrarié le chef, sans peur sinon sans reproche, d'une troupe espiègle et tapageuse. Ayant une prédilection extraordinaire pour le bruit, le tapage et surtout les armes à feu, il se confectionnait de ces dernières avec tout ce qui lui tombait sous la main. Un jour, il imaginait de fabriquer des bombes avec des grelots de cuivre qu'il bourrait de poudre et faisait éclater au moyen d’une longue mèche à laquelle il mettait le feu. Ce n'étaient certes pas encore tout à fait les bombes d'Orsini, mais elles lui avaient suffi pour jeter l’épou-
[8 #1 | F4 | 4 ra x 2 RU L 4 +
184 FRECHETTE.
vante dans une famille anglaise, nommée Houghton, voisine de la sienne, et qui l'avait mis à la porte parce que l’audacieux avait osé crier: “ Hurra! pour Papineau!” Fréchette avait alors sept ans, et l’on était encore au lendemain de 1837. Aussi le nom de Papineau était-il un passe-port pour l’échafaud ou l'exil! Furieux d’avoir été ainsi évincé pour avoir acclamé le tribun canadien, le poête-batailler se vengea en lançant la plus grosse de ses bombes dans la demeure de la famille Houghton !
On peut juger de l'effet de l'explosion de la bombe et, surtout de l’exploision de la colère du voisin Houghton !
Comme tous les enfants de son âge, Fréchette aimait toutes les belles et bonnes choses qui frappaient son imagination de poëte, ses goûts d'artiste ; mais sa nature forte et ardente était pressée d’en jouir. La vie de famille calme, monotone et prosaique n'allait pas à son caractère vif, prime-sautier et turbulent. Il lui fallait une existence orageuse et agitée, Le gamin espiègle et frondeur se déclarait trop âprement au gré des parents qui le considéraient alors comme une tête difficile à gouverner. Bref, celui qui est aujourd’hui d’une sociabilité si attrayante, jouissait à cette époque de la réputation d’un garnement indomptable.
Mais, contraste assez bizarre bien que très commun chez les enfants de son calibre, il y avait dans Fréchette deux caractères distincts : l’un turbulent, espiègle, mutin, indiscipliné, nature indépendante, espèce d'enfant terrible, ayant la main et la voix hautes partout où il passait, faisant face à tous et mettant au
ton, arce Jour tait de 1 ou voir is la
mbe oisin
1ette
frap-
ste ;
d'en ique 1rburitée, Aprealors celui ante, arne-
FRECHETTE. 185
besoin l'audace et la force au service de ses fantaisies de gamin: c'était celui de l’homme laissé à sa nature; l’autre sensible, rêveur, recueilli et restant absorbé dans de longues et mystérieuses méditations, soit à écouter, au bord du grand fleuve, le murmure des vagues mollement caressées par la brise et lumineusement argentées par les rayons d’un soleil d'été ; ou bien encc : à se repaitre du son mélodieux des oiseaux qui voltigeaient sur la falaisse, ou du grondement du vent qui souffait la tempête, et changeait le fleuve paisible en un océan irrité ; ou bien encore à regarder les navires remonter ou descendre, voiles déployées, le cours du fleuve et franchir le détour de l'ile d'Orléans; ou enfin, à contempler le soleil dont les rayons semblaient se perdre, le soir, dans la chûte de Montmorency! C'était là le caractère du poëte. Oui, sous la rude écorce de l'enfant turbulent et têtu, battait un cœur honnête et sensible, et sous cette enveloppe couvait un feu ardent qui bientôt allait fondre en un seul les deux caractères si dis; arates de ce nouvel enfant sublime ! La chenille allait se métamorphoser et faire place à la chrysalide. Si le gamin n'avait pas grandi en sagesse, le poëte qui sommeillait, allait se réveiller et se faire entendre!
Quand il eût 15 ans, le séminaire lui sembla une prison. Le désir d’être libre à tout prix, ne lui laissa plus de repos. L'oiseau se décida à briser sa cage ; et, un bon jour, l’écolier se détermina à mettre de lui-même, un terme à ses études. Le goût des voyages et des aventures s'était emparé de lui et tourmentait ses veilles. Se débarrassant donc, un jour, du classique capot bleu, il prit le chemin d'Ogdensburgh, où il se fit opérateur dans un bureau
de Age ah EE Es
186 FRECHETTE.
de télégraphe. Mais l’art du Yankee Morse ne s’apprend pas en un jour, et comme Fréchette l’ignorait complètement, on ne pouvait attendre qu'il eût terminé son apprentissage : il düt donc chercher un autr. emploi.
Seul, sans ressources, sur un s0l étranger, notre futur poëte demeura plusieurs jours, sans pouvoir trouver un emploi convenable, et pour gagner sa vie, il fut oblisé de casser de la pierre. Il est bien probable que le marteau lui pesait au bras, qu'il regrettait même un peu les bancs du collège et qu'il aurait préféré de beaucoup casser plutôt des noix re que des pierres! Mais comme la chose lui était > impossible et qu'il trouvait la pierre des Etats un peu trop dure, il abandonna le métier de caseur de pierres et revint à tout risque au collège. C'était le temps où les élèves du séminaire de Québec publiaient l’Abeille de délicieuse mémoire, Fréchette inséra dans 7 cette intéressante petite feuille quelques jolies pièces Las de poësie qu'il a publiées plus tard dans “ Mes | Loisirs.”
Quittant de nouveau le Séminaire de Québec, il fut placé au collège de Nicolet où il termina ses études. Dans l'intervalle, il avait aussi, pendant quelque temps, été pensionaire au collège de Sainte- Anne. On voit que l’écolier était toujours à peu près comme un oiseau sur la branche.
Le BEA
Enfin, après avoir été tour à tour élève du séminaire de Québec, du collège de Saint-Anne et de celui de Nicolet, il commença à étudier le droit à l’'Université-Laval, tout en suivant la pratique des affaires de cour et la procédure sous la direction de
Dr
FER Vois
BRAS PT Ep THAT
2e mr sé 2 St Rte
FRECHETTE. 187 ’ap- son patron, l'honorable F. Lemieux, alors député rait du comté de Lévis.
eût Dès 1858, il avait fait paraitre dans divers journaux, un quelques essais poétiques dont la plupart, bien que d’une forme concise, étaient d’un lyrisme qui laissait ai olive voir déjà une muse digne de ses ainées. Il était en 15 ait pleine vie d'étudiant. qi r sa La vie d'étudiant! voilà une existence qui a fait fi bien des heureux, mais qui a produit aussi beaucoup de HA qu'il victimes ! Age de l’insouciance, du désœuvrement, à qu'il du dégoût de l'étude, de l'oubli des devoirs pour il noix ceux qui abusent de ce temps de liberté orageuse ; AM était mais temps joyeux et jours d'épreuves profitables AA s un que l’on se rappelle toujours avec plaisir quand on Hi ur de a su mettre à profit les leçons de l’infortune et de in it le l'expérience. FH aient À cette époque Fréchette logeait rue du Palais, ht dans mais pas tout à fait à l'Hôtel Russell. Son hôtel était il ièces une mansarde où le rire, les gais propos, les folies du if Mes jeune âge égayaient les habitués et les rendaient 44
plus heureux que les occupants des plus splendides 1 palais. Fréchette et ses amis parmi lesquels Adolphe ec, 1 :
| Lusignan, l’habile rédacter de La Tribune et du a ses è Pays, n’était pas le moins bruyant ni le moins | dant D pétillant de verve et d'esprit, faisaient l’école buison- #1
De £ nière et menaïent la vie de bohéme. On était en plein | RE quartier latin. La mansarde de Fréchette était le l1 rendez-vous de ces gais lurons, de ces joyeux viveurs, > du de ces bruyants et spirituels tapageurs qui faisaient À | me et marcher de pair le plaisir, la poésie, la politique, eut roit à et l'étude de la loi. Québec qu'ils mirent pendant UE e des quelques années sans dessus dessous, gardera long- fa | on de temps le souvenir des tours, des équipées et des ! !
> 4 Es
chat gr T'mlmims cd RE aie MES
ne me 3
Cu PE TEA PS gr
188 FRECHETTE.
farces de ce cercle bruyant, spirituel et joyeux. Les pauvres candidats ministériels des districts environnant la capitale, perdront encore moins facilement l’'aimable souvenir de ces mutins jovials, pleins d'esprit et de malice, grâce à maints bons tours, et surtout à l'opposition énergique et incontrolable que nos Gambetta en herbe leur faisaient, nuit et jour, en temps d'élection.
Sorti de l’Université Laval, en 1861, il entra au Journal de Québec en qualité d’assistant-rédacteur, mais il ne resta que neuf mois dans ce giron conservateur, juste le temps d’être enfanté aux idées libérales qu'il a depuis toujours défendues! Cet emploi convenait bien peu à son caractère indépendant et poétique, et la politique cauchoniste n'allait guère à sa nature droite et franche, à ses goûts et à ses principes. Aussi quitta-t-il sans regret le Journal de’ Québec pour remplir pendant les sessions une charge de traducteur à l'Assemblée Législative, tout en continuant son stage.
En 1864, il fut admis au barreau de Québec et s’en fut demeurer à Lévis, sa ville natale, où il fonda Le Journal de Lévis. Ce journal publié dans l'intérêt du parti libéral n'eut que quelques mois d'existence. On a dit à ce propos, que le journal de Fréchette était trop libéral pour le temps et l'endroit; nous croyons, que c'est plutôt la persécution qui a tué le journal et forcé le poëte à s’expatrier pour fuir l’ostracisme.
Dans l'automne de 1866, Fréchette dégoûté ou plutôt découragé, comme tant d’autres de ses compatriotes, pour qui le Canada était un lieu de
ent ins , et que en
au eur, on.lées Cet pen- Ilait et. à rnal une tout
s’en a Le éret nce.
ette 1ous tué fuir
ou om-
de
FRECHETTE. 189
persécution et de misères, prit, lui aussi, la route de l'exil. Ilse fixa à Chicago où il fonda un journal appelé L'Observateur qui eut le sort des roses et ne vécut que l’espace d’un matin faute de capitaux.
Nommé secrétaire du Département des terres de l'Etat de l'Illinois, il abandonna cet emploi au bout de deux ans pour rédiger à Chicago un nouveau journal nommé L'Amérique.
Avant de quitter sa patrie ingrate, il lui fit ses adieux dans La voix d'un exilé. Jamais le fouet de Juvénal n’a cinglé plus duremennt la face des corrupteurs romains que la lyre de Fréchette n’a marqué profondément les épaules de nos piètres hommes d'état. Némésis avait, enfin, son tour. Nos Escobar, nos Tartuffe et nos Basile ne lui ont jamais pardonné ces strophes vengeresses, mais Fréchette a pour lui, en revanche, l’estime et l'admiration de tous ceux —et ils sont nombreux, — qui ont juré guerre à mort aux corrupteurs, aux pillards et aux vendus de notre pauvre et malheureux pays.
Par sa plume, dans son journal L'Amérique, et par sa parole éloquente, dans les assemblées publiques, il eût bientôt acquis üne grande influence, surtout parmi les Canadiens-Français ; et il n’y a aucun doute que s’il se fut décidé à se faire naturaliser ciloyen américain, il eut réussi à se faire élire à des charges publiques très importantes. Mais la fatalité semblait le poursuivre. En 1870, pendant la guerre franco-prussienne, s'étant absenté temporairement de Chicago, un Suisse allemand qui avait ses entrées dans les bureaux de L'Amérique, ayant écrit en faveur de la Prusse, au détriment de la France,
Fréchette trouva à son retour son journal com- J2
FU El
va à
LE DT Er Di SRI ee LM Te ES j-
po One em e
190 FRECHETTE.
plètement discrédité : seize cents abonnés avaient discontinué leur abonnement! Fréchette était ruiné. Mais s’il n'avait plus un sou valant, il jui restait l'air l'espace et la liberté et surtout du cœur et du courage. Avec cela, il reprit le bâton de voyageur et descendit le Mississipi jusqu'à la Nouvelle-Orléans. Pour calmer ses ennuis et ses chagrins, il chanta le fleuveroi, frère du Saint-Laurent.
En attendant que les colères, soulevées par le malencontreux article, fussent appaisées, il vint revoir son cher Canada où il fut reçu les bras ouverts, surtout à Naint-Hyacinthe dont les principaux citoyens lui firent une ovation et lui offrirent un banquet.
Il voyageait en qualité de correspondant de deux journaux. Ses talents et sa renommée l'avaient devancé au pays ; aussi les électeurs les plus influents de Lévis le sollicitèrent-ils de s'établir dans le comté et de se présenter en opposition au docteur Blanchet qui ne remporta la victoire que par 336 voix, et encore par des efforts surhumains. C'était äéjàa pour Fréchette un assez beau triomphe, si l’on tient compte des circonstances et de la position respective des deux candidats.
L’année dernière, la lutte a recommencé pour la Chambre locale, et, cette fois, Fréchette n’a perdu l'élection que par 45 voix de minorité. Tout porte à croire qu'il sortira de la troisième épreuve avec une écrasante majorité, et que la prochaine bataille électorale sera pour lui un triomphe final.
Fréchette écrit aussi bien en prose qu'en vers; double qualité qui n’est pas donnée à tous les
D pd ht jte
aient uiné.
l'air rage.
endit
Pour euve-
e malrevoir 1veris, cipaux nt un
> deux avaient fluents comté lanchet encore ar Frécompte 1ve des
pour la à perdu porte à rec une Ile élec-
n vers; ous les
FRECHETTE. 191
écrivains. Ses Leltres à Basile sont dignes de La voix d'un exilé. Ces deux œuvres ont été produites sous le coup de sa légitime indignation contre les hypocrites et ridicules pigmées qui prétendent régenter, pressurer à leur guise, aplatir à leur niveau le peuple canadien, et, surtout, exercer un système d'ostracisme contre ceux qui refusent de se Jaisser conduire par le bout du nez ou de se trainer à quatre pattes devant les crétins politiques et autres! Facil indignalio versum.
La voix d'un exilé et les Lettres à Basile sont, jusqu'à présent, les deux œuvres capitales de Fréchette ; elles sont dignes l’une de l’autre et sont écrites de main de maitre.
Dans La vois d'un exilé, 1 y a des vers que ne désavouerait pas l’auteur des Chatiments. Un souflle patriotique et vengeur.—-le souflle de Juvénal,—les à inspirés. Ni l’on rencontre parfois quelques vers un peu trop surchargés, il n’en font que ressortir avec plus d'éclat, le grand nombre d’autres qui sont parfaitement coulés. D'ailleurs, dans tout tableau, —tableau de peintre ou tableau de poëte, —il y a des ombres. Le soleil a des taches, mais n’en parait pas moins brillant.
Quant à ceux qui trouvent son vers trop incisif, trop cru, trop outrageant, nous leur conseillons de lire les saintes aménités que Veuillot, l’angélique Veuillot, lance à la figure de ses adversaires dans ses Satires et ses Couleuvres.
Ils seront édifiés, mais se tiendront le nez!
Ceux que Fréchette a stigmatisés avec tant de
En RCE SAPATEETE
… Le
= à rte ” .
RE ETES Det ho
DER ER ED D en P ATE à dr ce CLR - 7
een qe
ASE.
FÉES Vases ee Lime