‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 26 sur 40 · PRG NUE RE AE · texte numérisé non relu

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force et de vérité, méritaient certainement d’être flagellés encore davantage.

Si leur colère a été aussi grande, aussi terrible, c'est que le fouet du Juvénal Canadien à frappé juste et profond, qu’il les a atteints jusqu’au sang et marqués pour toujours à l'épaule d’une manière indélébile. Ces strophes justement vengeresses feront éternellement la gloire de celui qui les a faites et la honte des misérables traitres politiques dont elles ont flagellé l’épiderme.

Le lecteur pourra juger par lui-même, en lisant les extraits que nous faisons suivre, si nous exagérons le mérite de cette œuvre qui est l'expression douloureuse mais énergique d’un patriote sincère justement indigné :

Terre de mes aïeux! O ma douce patrie!

Toi que mon cœur aimait avec idolatrie, Me faudra-il mourir sans pouvoir te venger ?

Hélas! oui; pour l’exil, je pars, l’âme souffrante, Et, pâle voyageur, je vais planter ma tente, Sous le soleil de l'étranger.

Quand, du haut du vaisseau qui m'emportait loin d'elle, J'ai jeté mes regards sur tes rives si belles, O mon beau Saint-Laurent, qu'ai-je aperçu, grand Dieu ? Toi, ma patrie, aux mains d'une bande sordide, Haletante d’effroi, vierge pure et candide,

Qu'on traine dans un mauvais lieu.

J'ai vu ton vieux drapeau, sainte et noble oriflamme, Déchiré par la balle et noirci par la flamme, Encor tout imprégné du sang de nos héros, Couvert des monceaux d’or qu’un ennemi leur compte, Servir de tapis vert à des bandits sans honte,

Sur la table de leurs tripots.

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FRECHETTE.

Je les ai vus ces gueux, monstres à face humaine, L'’œil plein d'hypocrisie et le cœur plein de haine, Le parjure à la bouche et le verre à la main, Erigeant l'infâmie et le vol en science, Troquer, en ricanant, patrie et conscience,

Contre un ignoble parchemin.

Mandat, serment, devoir, honneur, vertu civique,

Rien n’est sacré pour eux ; dans leur rage cynique,

Ils baillonnent la loi pour mieux la violer...

Puis, à table, viveurs! Ici, truffe et champagne !...

Grisez vous bien, à vous que le boulet du bagne Devrait faire seul chanceler!

Ne laissez pas monter le rouge à votre joue :

La pudeur ne vaut rien; dans la fange et la bone,

Risquez-vous hardiment, fronts hauts, sans sourciller !

Accouplez-vous bien vite aux hontes de la rue...

Allons! depuis quand donc cette clique repue A-t-elle peur de se souiller ?

Les traitres! s’ils gardaient pour eux seuls leurs souillures! Mais ils ont souffleté nos gloires les plus pures ; Ils ont éclaboussé tous nos fronts immortels ; Aux croyances du peuple ils ont tendu des pièges, Et dressé leurs tréteaux, histrions sacrilèges, Jusques à l’ombre des autels,

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O Papineau, Morin, patriotes sublimes !

Lorimier, Cardinal, Chénier, nobles victimes !

Qu’êtes-vous devenus, héros cent fois hénis ?

Vous qui, sur l’échafaud, portiez vos fronts sans tache ?

Vous qui teigniez de sang les murs de Saïint-Eustache ? Vous qui mourriez à Saint-Denis ?

Que ces jours étaient beaux! Phalanges heroïques,

Ces soldats nés d’hier! ces orateurs stoïques,

Comme ils le portaient haut, l’étendard canadien!

Ceux-ci, puissants tribuns, faisaient les patriotes, Et mourr ‘ent en disant : c’est bien!

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O toi qui survis seul à ces temps d'épopér,

Que ta grande âme, encvr si fortement trempée,

Doit souffrir en voyant cet ôge d'apostats!

Et tous ces cœur d'acier qni dorment dans la tombe,

S'ils pouvaient voir aussi leur grande œuvre qui tombe, Comme ils vous maudiraient ingrats !

Jls ne se vendaient pas, ceux-là! Leur âme sainte,

Fidèle à tout devoir, insensible à la crainte,

N'écoutait que la voix de nos droits outragés ;

Flagellant sans pitié les.tyrans et les traitres,

Ils ne baïisaient pas eux, les souliers de nos maitres... Mon Dieu, que les temps sont changés !

Oui, les temps sont changés... Chaque chose à son heure. Maintenant du passé la grande ombre qui pleure Jette un regard amer vers le sombre avenir... Avec elle, pleurons la gloire qui se voile, Où plutôt de l'exil allons suivre l'étoile :

Partons pour ne plus revenir !..,

Adieu, vallons ombreux, mes campagnes fleuries, Mes montagnes d'azur et mes blondes prairies, Mon fleuve harmonieux, mon keau ciel embaumé, Dans les grandes cités, dans les bois, sur les grèves, Ton image toujours flottera dans mes rèves,

O mon Canada bien aimé !

Je n’écouterai plus, dans nos forêts profondes, Dans nos prés verdoyants et sur nos grandes ondes, Toutes ces voix sans nom qui font battre le cœur; Mais je n’entendrai pas non plus, dans ma retraite, Les accents avinés de la troupe en goguette

Qui se marchande notre honneur.

Et quand je dormirai sur la terre étrangère, Jamais, je le sens bien, jamais une ombre chère, Ne viendra, vers le soir, prier sur mon tombeau ; Mais je n’aurai pas vu, pour combler la mesure, Du dernier de nos droits, cette race parjure S’arracher le dernier lambeau!

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Amis, suivant la route ou le destin m’entraine, Gladiateur vaincu, j'ai déserté l'arène, Û L'arène des martyrs, l'arène où vous luttez ; 4 Avant Ia fin du jour, j'ai quitté la bataille ; ï Troubadour indolent, je n'étais pas de taille ! A tenir ferme à vos côtés.

Maïs vous qui restez seul sur brèche fumante, N'allez pas, comme moi, céder à la tourmente, Découragés, brisés, vaincus par les revers!

Leurs soldats sont nombreux : ne comptez pas les vôtres Songez que Jésus-Uhrist n'avait que douze apôtres,

Et qu'ils ont conquis l’univers!

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Oui, voilà ce que peut l'idée ardente et forte.

Elle n’a pas besoin de pesante cohorte,

De puissants monitors ou de canons rayés.

Protecteurs de nos droits, guerriers de la pensée,

Oh! n'allez pas courber votre tôte lassée, CECEOECE Devant ces rengats payés!

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Le but est noble et grand, le combat sera rnde ; Mais bientôt, vous là-bas moi dans la solitude, Nous verrons se lever le grand jour du réveil. La voix des opprimés s'élève grandissante...

Demain les nations, à liberté puissante,

En pliant le genou, salueront ton soleil !

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Le cœur brisé, le poëte quitta le pays, mais il revint, éprouvé par le malheur, muri par l'expérience, fortifié par l'étude et le travail. Le jour n’est pas loin, croyons-nous, ou il lui sera donné de mettre encore plus pratiquement au service de son pays, l'expérience qu'il a acquise et le beau talent que la providence lui a déprrti.

Voici maintenant un extrait des Lettres à Basile qui permettra au lecteur de pouvoir juger du style

” incisif et caustique de Fréchette :

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“Mon cher M. Basile,

“Vous avez un peu de la nature du lièvre. Vous faites des sauts, des enjambées, des voltes-faces ; le diable en personne vous suivrait à peine à la piste. Vous êtes ingambe, M. Basile ; et c’est une nouvelle qualité que j'ajoute à toutes celles pour lesquelles je vous ai déjà donné crédit.

“Quelle souplesse! d’un bond vous sautez de Paris à Chicago, de la Lanterne au pétrole, du père Caussette à Victor Hugo, de Napoléon ill à la Providence, des Contes de Lafontaine à l’Ecriture Sainte.... et lorsque vous vous croyez hors de portée, vous couronnez tous vos chasséscroisés par une étourdissante cabriole et, retombant sur vos pattes, vous vous écriez hors d’haleine :

“ Croyez-vous au surnaturel, M. Fréchette ?

( Comprends pas! Est-ce que vous voudriez savoir ce que je pense de Home et des frères Davenport? Me soupçonneriez-vous davoir un faible pour la science du juge Edmonds et du Dr. Slade? Tiendriez-vous à connaitre mon opinion sur Cagliostro? Ce n’est pas la peine, n'est-ce pas ?

“D'un autre côté, si c'est une profession de foi dans la Providence que vous me demandez, j'aurai bien le droit de vous dire. “ De quoi vous mêlez-vous ?” Mais je veux être bon prince, et puisque cela vous intéresse M. Basile, je vais en deux mots vous édifier sur ce point : L

“ Je crois en une Providence qui récompense la vertu et punit le crime, soit dans ce monde, soit dans l’autre; mais je ne crois pas en une providence dont vous tiendrez les ficelles vous ou aueun de votre école, M. Basile.

“Je crois en une Providence juste et bonne, au-dessus de nos préjugés et de nos misères, mais non pas en une providence de commande qui serait l’instrument des petits ambitieux, et l’'humble servante de toutes les hypocrisies, M. Basile.

“Je connais dans la Providence le suprème régulateur de l’univers ; mais jé ne la crois pas complice dé vos haines aveugles, de vos ostracismes injustes, de vos fanatiques intolérances, et encore moins de certaines autres petites saletés qui se commettent journellement en son nom, M. Basile,

‘ Dieu nous préserve d’une providence qui s'appelle Basile Routier !

“ Je n’ai nulle objection à voir le doigt de Dieu dans les malheurs qui viennent de fondre sur la France, mais je vous l’affirme dans toute la

sincérité de mon cœur, j'en aurais beaucoup à admettre que Teresa et la Belle Hélène en fussent cause, Vous essayez de la tangente, pour

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échapper au ridicule de ceite assertion, cela se conçoit, mais moi, je tiens à vous ramener au point de départ. Faites le lièvre tant que vous voudrez, je vous avertis que je suis bon limier.

«Ah! M. Basile, si le rige est le pire des vices, comme vous dites, fuites péuitence car il ést Cerit: “ Maïhour à celui par qui le scandale arrive.”

& I] n'est point étonnant du reste que vous n'aimiez pas cet agr'able désopilemernt de la rate si favorable à la digestion, M. Basile; pour être

de bon compte, il faut admettre que le public n’est pas raisonnable et qu'il en abuse à votre égard,

& Mais de votre côté, ne seriez-vous pas un peu sévère à l'égard de ces pauvres rieurs? Après tout, plusieurs grands saints ont été cités par leur belle humeur et leur joyeux propos. Pie IX lui-même est, dit-on, d'une charmante gaicté. Et puis, ne savez-vous pas que les contes de Bocace ont été imprimés à Florence en 1572, avec un beau privilége du pape Grégoire XHIT qui disait qu'en cela il marchait sur les traces de son glorieux prédécesseur Pie V ? Ne savez-vous pas que les contes de Lafontaine qui, suivant vous, ont attiré la colère divine sur la Franco, ont été publiés à Lyon par le céltbre jésuite et écrivain catholique, le père Colonia? C’est l'abbé de Longuerue qui le dit,

‘“ Au reste moi, M. Basile, j'aime à rire; et si vous tenez absolument à me corriger de ce défaut-là, commencez par ne plus écrire. Jusque-là, je me tiens les côtés, c'est plus fort que moi,

& Mais revenons à la Providence.

“ Vous êtes scandalisé, M. Basile, de ce que j'aie employé le mot de fatalité au sujet du désastre de Chicago. Encore une hérésie!... Ma foi, M. Basile libre à vous de voir des châtiments dans toutes les calamités qui arrivent ici bas; pour moi je crois qu’il nous serait t‘méraire de vouloir sonder tous les mystères de la providence, et assigner à son action le cercle étroit de nos préjugés et de nos passions. Et puis, M. Basile, si tous les malheurs qui nous frappent devaieut donner la mesure de nos iniquités, que faudrait-il donc penser de notre pauvre Saint-Roch, par exemple? Ne pourrait-on pas l’accuser de rendre des points à Sodome et Gomarrhe? Et le séminaire de Québec et notre couvent des Sœurs de la charité! n’ont-ils pas été incendiés chacun trois fois au moins ?..,

“ Allons donc, M, Basile; vous voyez bien que vous Ôtes fou,

“Tenez, vous n'avez pas été, que je sache, chargé d'interpréter les décrets de la Providence, Le Très-Haut ne vous a pas nommé son agent g'néral. Les renseignements qui ressortent des grands événements qui se passent sous nos yeux, n'ont pas besoin de votre éloquence pour

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