INTRODUCTION
He that whishes to be counted among the benefactors of posterity must add by his own toil to the acquisition of his ancestors,.
TAMBLER,
Celui qui veut ‘tre compté au nombre des bienfaiteurs de la postérité, doit ajouter par son propre mérite au travail de ses ancètres.
Les peuples dont le souvenir est gardé avec le plus d'amour, de respect et de reconnaissance par la postérité, ne sont pas ceux qui ont ensanglanté le monde par leurs exploits guerriers, mais bien ceux dont les écrivains ont fait étinceler ces lueurs de génie qui brillent encore et brilleront toujours. Que reste-t-il des Perses, des Mèdes, des Iuns, des Vandales, des Goths, des Sarrasins, et de tant d’autres peuples barbares et conquérants ? IL sont passés les uns après les autres sans laisser de leur passage d'autre trace que le souvenir des ruines qu'ils firent avant de disparaitre.
Qui parlerait aujourd'hui des anciens Grecs et de leurs grands capitaines Alexandre, Alcibiade, Thé: mistocle, Léonidas, etc., si nous n'avions pas Homère, Hérodote, Aristophane, Démosthène, etc., pour nous rappeler les exploits de ce peuple si petit par le territoire mais si grand sous tant d’autres rapports ?
Qui chanterait la gloire et les conquêtes de César, sil n'avait pas lui-même gravé pour ainsi dire ses commentaires avec la pointe de son épée ?
il INTRODUCTION.
Que sont Romulus, Tarquin, Régulus, Scipion, Fabius, Cincinatus, Pompée, Auguste, Trajan, etc. à côté de Virgile, Tacite, Juvénal, Plaute, Horace, Catulle, Salluste, Cicéron, Tite-Live, Ovide, TiLulle ?
En France, que deviennent les victoires de Louis XIV comparées aux sublimes créations de tous les grands génies dont il ornait sa cour? L'influence imprimée aux idées, aux mœurs, à la civilisation par Corneille, Molière, Racine, Buflon, Curvier, Bossuet, madame de Sévigné, Fénélon, Pascal, Descartes, Lafontaine, etc., ne surpasse-t-elle pas de beaucoup celle des Turenne, des Condé, des Villars, des Vauban, des Catinat ?
Les écrits de Montesquieu, de Voltaire, de Rousseau, de D’Alembert, de Diderot, de Vauvenargues, de De La Harpe, etc. n’ont-ils pas laissé dans l'esprit et le cœur des Français de leur époque plus de traces que les lauriers des héros de Fontenoy ?
Comme de raison, nous ne parlons que de l'influence littéraire de ces écrivains, car ce n’est pas ici le lieu de discuter le bien ou le mal produits par leurs écrits respectifs.
Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur si sentimental de Paul et Virginie, le chantre philosophique de la nature ; Beaumarchais, le Juvénal de la comédie française qui, sous l’habit de Figaro, fit tomber le masque de tant de Basiles; André Chénier dont le dernier hyme fut un chant de cygne en faveur de la liberté ; n'ont-ils pas laissé un souvenir aussi impérissable dans le cœur du peuple français contemporain du grand cataclysme politique et social de 1789, que les vainqueurs de Valmy et de Jemmapes ?
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Les victoires du premier et du second empire sont bien peu de chose maintenant, à côté des chefsd'œuvres de Chateaubriand, de madame de Staël, de Béranger, de Lamartine, de Victor Hugo, de Musset, de Vigny, de Cousin, de Paul-Louis Courrier, de Royer-Collard, de Benjamin Constant, de Cormenin, de Thiers, de Guizot, de DeMaistre, de Lamenais, de George Nand, de Villemain, de Balzac, de Dumas, d'Eugène Nue, de Micuclet, de Dupanloup, de Montalembert, et de tant d’autres grands écrivains français du dix-neuvième siècle ?
Ce sont moins Cromwell, Marlbourough, Henri VIII, Nelson, Wellington, que Chaucer, Spenser, Bacon, Shakespeare, Milton, Dryden, Pope, Young, Thomson, Gray, Goldsmith, Cowper, Crabbe, Sheridan, Byron, Shelley, Keats, Southey, Walter-Scott, Coleridge, Wordsworth, Thomas Moore, Macaulay, McGregor, Dickens, Thackery, et cent autres lettrés qui ont conservé le nom et la gloire d’Albion dans la mémoire des peuples.
Comment l'Italie est-elle revenue à la surface du monde politique, sinon grâce à l’Arioste, à Dante, au Tasse, à Boccaccio, à Beccaria, à Machiavel, à Manzoni, à Nylvio-Pellico—à Ugo Bassi, etc. qui infiltrèrent tour à tour dans le cœur des Italiens cet enthrusiasme continu pour la résurrection politique et l'indépendance de la patrie des arts !
Voyez l'Espagne. Que sont devenues les victoires et les conquêtes de Charlequint et d’Isabelle-lacatholique ? Perdues pour toujours, hélas! En revanche, Cervantès, l’auteur de Don Quichotte si
universellement connu des lecteurs, continue à ré- A 2
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pandre le nom espagnol par le monde entier, tandis que le souvenir de Cortez fait exécrer le joug de l'Espagne de cette époque de pirateries barbaresques.
Le nom du Camoëns ne fait-il pas plus aimer le Portugal par le monde civilisé que le nom du cruel Pizarre ?
Klopstock, Schiller et Goëthe ont plus contribué par leurs écrits, à produire l'unité allemande que ne pourront jamais faire Bismark, Molke, notre Fritz et tous les canons Krupp.
Chez nos voisins, le bonhomme Franklin, Longfellow, Finmore, Cooper, Webster, Calhoun, Parkman, 1'ont-ils pas fait jaillir sur la grande république autant d'éclat que Washington, Jefferson, Jackson, Lincoln ou Grant? Le nom d’'Harriett Beecher Stowe, l’auteur de la Case de l'oncle Tom, ne sera-t-il pas conservé par les ci-devant esclaves du Sud, avec autant sinon plus d'amour et de gratitude, que les noms de Sherman, de Sheridan ou de Butler ?
Certes, il faudrait être aveugle ou insensé pour ne pas admettre l'influence des guerriers sur les hommes et les choses: mais si elle est devenue souvent incommensurable, elle a été aussi presque toujours passagère.
&Ils n’ont fait que passer, elle n'était déjà plus.”
Ce vers parodié donne leur mesure.
L'influence du génie littéraire est par contre impérissable.
On dit :
Verba volant scripta manent.
Ne peut-on pas dire aussi avec autant de vérité :
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