‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 4 sur 40 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

En effet, réunissez en esprit toutes les conquetes des plus fameux exterminateurs du genre humain, placez les fruits de ces conquêtes à côté des chefsd'œuvres des grands écrivains, et puis, comparez :

Que reste-t-il des premières ? De la gloire, c’est-àdire un peu de fumée et des fleuves de sang qui soulèvent les sanglots des nations !

Que nous ont laissé les grands maitres littéraires ?

Des livres, des créations sublimes du génie, des chefs-d'œuvres de l'intelligence ; c’est-à-dire la lumière qui éclaire et vivifie les peuples !

Oui, si jamais la race canadienne française vient à disparaitre, à s'effacer complètement, —ce que nous ne croyons pas, car tout nous fait espérer le contraire, — elle devra de survivre dans la mémoire des générations de l'avenir, moins aux exploits de ses guerriers, aux joutes héroiques de ses tribuns, de ses hommes d’état,qu'aux œuvres de ses écrivains presque toujours si peu compris et très-souvent dédaignés ou même persécutés! Les chants patriotiques de ses poëtes, les récits attrayants de ses romanciers; les pages éloquentes de ses historiens, les écrits énergiques de ses polémistes, les dissertations savant :s de ses publicistes, rediront aux âges futurs qu'elle a existé et combattu vaillament au Canada !

C’est donc un honneur, un devoir, une nécessité pour les Canadiens-Français, d'encourager ceux qui, dans l'avenir, devant la postérité, sont appelés à les représenter si noblement et d’une manière si efficace !

Encore un mot, et nous terminons ces quelques

pages d'introduction à notre sujet: Nos hommes de lettres.

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vi INTRODUCTION.

Nous avons groupé dans les pages que l'on va lire, les noms des Canadiens-Français qui ont contribué ou qui continuent encore aujourd'hui à faire connaitre par leurs œuvres littéraires, le peuple Franco- Canadien. Consacrer à chacun d’eux, le plus impartialement possible, quelques lignes qui, dans notre humble opinion, renferment à leur égard, un jugement désintéressé sinon irréprochable, c’est, croyonsnous, remplir un devoir envers les premiers de la nation par le savoir et le mérite littéraire.

En traçant la biographie de nos écrivains, nous aurions désiré pouvoir toujours laisser de côté l’individualité politique pour ne nous occuper exclusivement que de l’homme de lettres, mais il nous eût été trèsdifficile pour ne pas dire impossible, en passant sous silence, leur rôle d'homme public, de ne pas paraître juger quelques-uns d’entre eux d’une manière qui aurait, peut-être, aux yeux d'un certain nombre, semblée partiale, dans ces pages exemptes, quoiqu’en disent certaines gens, de préjugés, de haines ou de vengeances politiques et autres. D’aucuns trouveront probablement, que notre plume est quelquefois trop incisive envers quelques-uns de ceux que nous

faisons poser, mais nous défions le critique le plus exigeant de prouver que nous touchons le moins du monde à leur caractère privé ou que nous refusons de reconnaitre le moindre de leur mérite littéraire. Comme Barbier, nous pouvons dire :

“Le cynisme des mœurs doit salir la parole, Et la haine du mal enfante l’hyperbole.

Or donc je puis braver le regard pudibond : Mon vers rude et grossier est honnètc homme en fond ?" Nous espérons donc que la sincérité de nos motifs nous fera pardonner les imperfections de notre œuvre en faveur de laquelle nous reclamons de

nouveau la bienveillante indulgence du lecteur.

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Aubin (Napoléon) est né en 1812, à Chaynes, près de Genève, dans la Suisse française, pays des raisonneurs par excellence. Bien jeune, à vingt ans, croyonsnous, il vint, vers 1833, à la Nouvelle-Orléans, d’où, après un court séjour, il passa au Canada qu'il n’a point quitté depuis, si ce n’est pour faire plusieurs voyages aux Etats-Unis, à propos du gaz qui porte son nom et qui est maintenant employé dans beaucoup de localités, surtout chez nos voisins. Il peut donc être regardé à bon droit, comme un vrai Canadien- Français.

Aubin est un talent pour ainsi dire universel. Littérature, politique, philosophie, mathématiques, chimie, mécanique, il a touché à tout et peut traiter de tout à son aise, Il pourrait être aussi bien diplomate que professeur, journaliste que mécanicien. De fortes études littéraires et scientifiques, un jugement solide, une intelligence d'élite toujours bien servie par un talent naturel et, pour ainsi dire, inné poutr toutes choses, le rendent propre à manier également bien la plume du penseur ou celle de l'écrivain-tantaisiste. Il a été son propre naître et

est devenu ce que les Yankees appellent a sel/f-made man. Son front bien développé démontre que celui qui le porte, possède une vaste et féconde imagination.

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Nous n'avons pas, aujourd'hui, à juger Aubin comme savant, nous nous proposons seulement de l’apprécier spécialement sous le rapport littéraire.

S'étant établi vers 1834 à Québec, où il épousa une demoiselle Sauvageau, sœur du célèbre musicien de ce nom, Aubin fonda le Fantasque de spirituelle et impérissable mémoire. Depuis cette époque, il s'est presque constamment occupé des affaires publiques du Canada. Le journalisme a été sa vie. Il s’est mêlé à tous les mouvements politiques, nationaux et autres du parti libéral avec lequel il s’est identifié pour ainsi dire, et dont il a suivi toujours la bonne comme la mauvaise fortune. Il fut le secrétaire de la fameuse Associalion de la réforme et du progrès, formée à Québec en 1847, et sous la bannière de laquelle se rangèrent tous ceux qui voulurent faire entrer à cette époque, notre pays dans la véritable voie du progrès et des réformes politiques. Ce fut Aubin qui prépara le manifeste de cette grande association nationale. Ce document est un véritable chef-d'œuvre de raison et de patriotisme qui, aujourd'hui encore, pourrait servir de programme au besoin. La jeune et brillante phalange libérale qui, en 1854, étonna notre monde politique, s'était inspirée des idées progressives et patriotiques de ce célèbre document !

Aubin a rédigé successivement le Fantasque, le Castor, le Canadien, le Canadien Indépendant, la Tribune et le Pays. Grâce à lui, la petite presse a eu, elle aussi, en Canada, ses jours de gloire et de triomphe. Aubin fut vraiment chez nous le fondateur de la petite presse. Il ne faut pas conclure de là, qu'il fut indigne de la grande presse, au contraire, plusieurs

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