‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 32 sur 40 · CE ES · texte numérisé non relu

CE ES

Nous cheminions donc très tristement tous deux, notre ami et nous, dans une des rues du faubourg Saint-Roch, à Québec, devisant sur les tristes événements qui nous occupaient, lorsque tout à coup, nous entendimes une voix jeune et fraiche mais quelque peu plaintive et mélancolique, —une voix de jeune fille, —jeter comme un chant de cygne, de l'intérieur d’une mansarde, les strophes suivantes :

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‘ Un Canadien errant, Banni de ses foyers, Ù Parcouruit en pleurant, è bts.

Des pays étrangers !

4 Un jour, triste et pensif; Assis aux bords des flot:

Au courant fugitif, bis.

Il adressait ces mots :

‘# Si tu vois mon pays, Mon pays malheureux, Va dire à mes amis, bis Que je me souviens d'eux !

Qui de nous, en entendant ce chant si triste mais: si patriotique et si plaintif—qui résonne comme la touchante barcarolle et soupire comme la plaintive

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GERIN-LAJOIE. 213

ballade,—ne s'est pas rappelé avec tristesse les sombres et douloureux événemements de 1837 et 1838? Ces stances de Grérin-Lajoie ne brillent pas d’un éclat sans pareil; on peut dans cent autres poëtes, trouver beaucoup mieux sous le rapport du style et de la rime, mais nous avons rarement lu ou entendu chanter quelque chose de plus canadien. C’est simple et naïf, mais c'est suave et attendrissant de mélancolie et de patriotisme! Le cœur du poête est triste et sa lyre pleure !

Certes ce ne sont pas toujours les grands mots à effet, les expressions recherchées, les phrases brillantes ou sonores qui font penser, raisonner ou pleurer ! Quoi de plus simple que le chant national: À {a claire fontaine qui nous vient originairement de France, ou Vive la Canadienne, ou bien encore la tendre complainte de C'est la belle Françoise ? Cependant, on ne les chante pas, la musique n’en joue

jamais l'air devant un Canadien-Français sans qu’il

ne songe au pays et que son cœur ému ne tressaille d'allégresse et d’attendrissement !

La chanson du Canadien errant, eût un effet aussi magique sur notre ami.

—De qui est donc cette belle mais trop courte . chanson ? me demanda:t-il.

—D'un de nos poëtes canadiens; reprimes-nous.

—Et le nom de l’auteur ?

—Gérin-Lajoie.

—Eh! bien, M. Gérin-Lajoie peut se vanter de m'avoir fait pleurer

Nous donnâmes ensuite les renseignements voulus «

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