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en pareille circonstance, sur l’auteur du Jeune Latour et de Jean Rivard, à notre compagnon qui s’intéressa vivement à notre littérature et à nos écrivains.
Gérin-Lajoie n’aquit le 4 août 1825, dans la paroisse d'Yamachiche, comté de Maskinongé, district des Trois-Rivières. Il fit ses études au collège de Nicolet, puis en 1844, vint se fixer à Montréai, où il prit part pendant plusieurs années à la rédaction de La Minerve. Tout en ridigeant le journal, il étudia le droit, et dans le mois de Septembre 1848, il fut reçu avocat au barreau de Montréal. Gérin-Lajoie n’était pas riche; les journalistes et les étudiants étaient, à cette époque encore plus qu'aujourd'hui, peut-être, obligés de gagner péniblement leur existence au bout de leur plume ; mais comme il avait autant de courage que de talent, il persévéra et lutta tant et si bien, qu’il finit par Soumettre la fortune, jusque là rebelle à ses désirs et à ses efforts. Le gouvernement de l’époque voulant récompenser dignement ses services de journaliste, le nomma à un emploi public dû à son mérite et à son talent.
Certes, si le gouvernement ne faisait que des nominations aussi judicieuses et aussi méritées que celle-là, jamais le public n'aurait droit de se plainure.
En 1844, Gérin-Lajoie publia, pendant la dermiere année de son séjour au collége de Nicolet, sa célèbre tragédie intitulée : Le jeune Latour.
Le sujet de cette pièce est tirée d’un passage de l'Histoire du Canada par Bibaud. Voici comment cet historien s'exprime au sujet du siége du Capde-Sable dont il est question dans la tragédie: de Gérin-Lajoie :
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‘Pendant que les Anglais se rendaient maitres de Québec et du Canada, le capitaine Daniel, de Dieppe, les chassaient du Port-aux- Baleines, sur les côtes de la Gaspésie, et un jeune officier nomm Latour leur résistait au Cap-de-Sable, le seul poste, à peu près, qui restüt aux Français dans l’Acadie. Le père de ce jeune officier, qui s’etait trouvé à Londres pendant le siége de Larochelle, et y avait épousé en secondes noces, une des filles d'honneur de la reine, avait promis au gouvernement anglais de le mettre en possession du poste où eommandait son fils, et sur cette promesse, on lui donna deux vaisseaux de guerre, sur lesquels il s'embarqua avec sa nouvelle épouse.
Arrivé à la vue du Cap-de-Sable, il se fit débarquer, et alla trouver son fils, à qui il fit un exposé magnifique du crédit dont il jouissait à la cour d'Angleterre, et des avantages qu'il avait. lieu de s'en promettre. Il ajouta qu'il ne tenait qu’à lui de s'en procurer d’aussiconsidérables ; qu'il lui apportait l'ordre du Bain, et qu'il avait pouvoir de le confirmer dans son gouvernement, s'il voulait se déclarer pour sa majesté britannique,
# La surprise du jeune commandant fut extrème: il dit à son pêre qu'il s'était trompé, s’il l'avait cru capable de trahir son pays; qu'il faisait beaucoup de cas de l'honneur que le roi d'Angleterre voulait lui faire, mais qu'il ne l'achèterait pas au prix d’une trahison; que le monarque qu'il servait àtait assez puissant pour le récompenser de manière à ne pas lui donner lieu de regretter d’avoir rejeté les offres qu'on lui faisait; et qu'en tous cas, sa fidélité lui tiendrait lieu de récompense.
“ Le père qui ne s'était pas attendu à une pareille réponse, retourna aussitôt à son bord, Il écrivit le lendemain, à son fils, daus les termes les plus pressants et les plus tendres ; mais sa lettre ne produisit aucun effet, Enfin, il lui fit dire qu'il était en état d'emporter par la force ce qu’il ne pouvait obtenir par les priéres, que quand il aurait débarqué ses troupes, il se serait plus temps pour lui de se repentir d'avoir rejeté les avantages qu'il lui offrait, et qu’il lui conseillait, comme père, de ne pas le contraindre à le traiter en ennemi.
« Ces menaces furent aussi inutiles que l'avaient été les sollicitations et les prières, Latour, le père, en voulut venir à l'exécution : on attaqua le fort; mais le jeune officier se défendit si bien qu’au bout de deux jours, le commandant anglais, qui n'avait pas compté sur la moindre résistance, et qui avait déjà perdu plusieurs soldats, ne jugea pas à propos de s’apiniâtrer)d'evantage à ce siége. 1 lé déclara à Latour, père, qui se trouva fort embarrassé : comment, en effet, retourner en Angleterre, et s’exposer au ressentiment d’une cour qu'il avait trompée ?
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Quant à son pays natal, il ne pouvait songer à y entrer, après l'avoir voulu trahir. Il ne lui resta d'autre parti à prendre que de recourir à la générosité de son fils : il le pria de souffrir qu ’il demeurât auprès de lui; ce qui lui fut accordé.”
C'est sur ces données de l'historien, que Gérin- Lajoie, alors fort jeune, composa sa tragédie. On ne doit pas s'attendre à trouver dans ce début d’un collégien, et surtout, d’un collégien du Canada, le brillant, le pittoresque et le fini que l’on admire dans les grands drames de l’école romantique, ou le style, sévère et correct des belles tragédies classiques. Il manque dans la tragédie du Jeune Latour, ce qui constitue la vie, l'âme de tout drame, de toute tragédie : le rôle de la femme. Aucun auteur n’a produit de chef-d'œuvre dramatique sans cela; tant il est vrai que partout où l’on retranche le rôle de la femme, on n'obtient que demi-effets, des demi-succès, des demi-triomphes. On nullifie l'intrigue, refroidit l’action, et amoindrit les pérépities, les émotions, pour ne garder qu'une rigidité de glace dans les paroles, dans la mise en scène et dans l’action entière de suget.
Le jeune Latour n’est donc pas une tragédie, comme en faisaient Corneille, Racine ou l'auteur de Zaïre, encore moins un drame dans le genre romantique. C’est un canevas sobre, correct et sans prétentions théatrales.
On pouvait certainement tisse un meilleur parti de ce beau sujet historique, et probablement que si l’auteur avait à faire de nouveau île tragédie du Jeune Latour, il donnerait à à son œuvre un cadre plus large, une action plus dramatique, des décors plus attravants et plus en hérmonié avec'la scène.
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Il y a dans Le Jeune Latour un rôle de femme tout trouvé : celui de l’épouse du père de ce héros. Le rôle que cette fille d'honneur de la reine d’Angieterre, qui ne consent à épouser Latour, père, qu’à condition qu’il fasse décider son fils à trahir la France, et à livrer le Cap-de-Sable à l'Angleterre, aurait été d’un effet palpitant d'intérêt et d'émotions. Quelles luttes terribles, quelles scènes admirables entre l'intérêt, l'ambition des uns, et le patriotisme et l'honneur des autres !
Il est vrai qu’allusion est indirectement faite à tout cela dans le récit, mais l'effet aurait été beaucoup plus grandiose, plus théâtral, plus imposant, plus
«naturel, plus tragique, si un personnage féminin, ou même deux,—en y joignant l’amante du Jeune Latour, que l’on aurait pu facilement mettre en scène, — s'étaient mêlés au récit et à l’action de la pièce.
Mais la règle des collèges s’opposant à l’introduction des rôles remplis par des personnages du sexe, l’auteur dût laisser de côté les rôles de femmes, et se contenter de créer des rôles d'hommes. Voilà pourquoi, sans doute, il a fait un récit plutôt qu’une tragédie ou un drame à proprement parler. C’est donc, si l’on veut, une tragédie, mais comme on en fait dans les colléges : un canevas simple et chaste, mais dépourvu des charmes, des graces et de l’intéret que lui auraient donné les rôles de femmes, rôles si nécessaires, si indispensables sur un théâtre public où l'auditoire exige la vérité et non le simulâcre de l’art En mettant des limites au génie, sous prétexte de ne pas blesser l'oreille on le regard, on lui coupe les ailes. Laissé libre sur un autre théâtre, Gérin:Lajoie eût probablement fait un beau et bon drame d’après