‹ Nos hommes de lettres [microforme]Chapitre 37 sur 40 · PSE SR ES ES ET · texte numérisé non relu

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sous tous les rapports, leurs émules et leurs égales. Au reste, on n’a qu'à lire l’histoire du pays pour s’en convaincre.

C'est en écrivant de main de maitre, au point de vue religieux, l’histoire de la vie de la plus marquante de ces héroïnes, que l'abbé Casgrain a voulu élever un monument littéraire qui, dès son apparition, est devenu national. Il a mis dans cette œuvre tout son esprit et tout son cœur. Entrant dans le domaine des lettres canadiennes, la croix d’une main et la lyre de l’autre, il a tracé au milieu des fleurs déjà écloses de notre parterre littéraire et national, un sentier large, riche et correct, en harmonie avec ses goûts classiques quelque peu empreints, cependant, de la manière pittoresque d'écrire de l’école romantique, mais d’après ses idées et à son point de vue. L'abbé Casgrain possède une imagination pour ainsi dire orientale, qui nous rappelle les poëtes arabes.

Outre l'Histoire de la Mère de l'Incarnation, l'abbé Casgrain a publié Les Légendes dont nous parlerons dans un instant, On doit aussi à sa lyre un joli volume de poësie qu’il a modestement intitulé: Les Miettes Poétiques, mais qui sont plutôt des. fleurs fraiches et parfumées. Ce livre pourrait être intitulé :

Les paillettes d'or.

Il a aussi traduit en vers avec un rare bonheur le magnifique poême du Chateau de Chillon, dû à la muse du chantre de Child Harold. . Cette belle traduction a été publiée, l’année dernière, sur L'Opinion-Publique.

Que dire maintenant de ses charmantes biographies de Grarneau, de De Craspé, de Ferland, de Falardeau,

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d'Aubry, de Livernois et de Parkman, sinon qu'elles feraient honneur à Hippolyte Castille ou à Eugène de Mirecourt. On trouve dans ses appréciations littéraires une largeur de vues dans les idées, une ampleur et une pureté de forme dans le style qui plaisent, intéressent et charment tout à la fois.

Sa phrase a une tournure toute française et son style porte l'empreinte littéraire et l'allure franche et dégagée de celui de l'écrivain parisien. Rien de défectueux ni d’entortillé dans sa phrase que l’on trouve toujours brillante et correcte. C’est un limpide ruisseau qui coule libre et tranquille à l'ombre d'un feuillage riche et varié.

Placé au-dessus des luttes et des intrigues de la politique; voué par goût et par devoir aux vertus du sacerdoce, il apparait comme écrivain, entouré de tout ce qui constitue le génie réel qui se montre modeste parce qu'il est fort et sur de lui-même. Devant un pareil talent, la critique se trouve à l’aise et parfaitement libre, car si l'appréciation du mérite littéraire est toujours une tâche délicate et difficile, elle n’est certainement pas, dans le cas actuel, ni épineuse, ni ingrate. On n'est pas obligé de manquer ni à la justice, ni à la vérité pour apprécier l'écrivain selon son mérite. Ce n’est pas du clinquant que l’on voit, mais du solide et du réel que l’on admire. On peut différer d'opinion avec lui, sur certaines idées, certains points, certaines questions; mais on chercherait en vain dans ses biographies un endroit qui prête le moins du monde à la malveillance ou à la partialité. Sa plume est une plume loyale, son esprit un esprit correct, et son cœur un cœur droit.

L’appréciation qu'il a sue du mérite littéraire de

262 L'ABBE CASCRAIN.

Chauveau et de plusieurs autres de nos écrivains, dans sa Critique Littéraire, est en ce genre un modèle sévère, mais impartial et correct. Il les a jugés en connaisseur et tout en leur rendant justice. Son jugement restera et fera loi en matière littéraire. Fil a mécontenté quelques esprits ombrageux, trop exigeants et beaucoup trop jaloux de leur mérite littéraire, il a, en revanche, satisfait à toutes les exigences de la saine et juste critique.

Les Légendes Canadiennes que l’auteur a publiées en 1861, se composent de trois récits légendaires: Le Tableau de la Rivière-Ouelle, Les Pionniers et la Jongleuse. C’est une œuvre d'imagination. L'auteur prend occasion de décrire dans la première légende, les beautés incomparables des endroits les plus poétiques de la rive sud de notre beau fleuve Saint-Laurent; et, dans les deux autres, il rapporte quelques uns des sanglants et atroces épisodes dont les féroces Iroquois se rendirent si souvent coupables envers les premiers colons de la Nouvelle-France. Le style de l'ouvrage, bien que brillamment imagé, rappelle pourtant aussi beaucoup la manière des écrivains du 17me siècle. On a reproché comme un défaut à l'écrivain d’être trop prodigue d'imagination; mais cette exubérance de métaphores, de séve littéraire, pour ainsi dire, est un défaut qui, appliqué avec prudence et à propos, peut devenir une grande et belle qualité, ce qui, du reste, a été compris par l’auteur, si l’on en juge par son Histoire de la Mère de l'Incarnation qui est de beaucoup supérieure aux Légendes comme fond et comme forme. Le dernier ouvrage, qui est le premier essai de l’auteur, ne peut certainement pas être mis au même rang que l'Histoire de la Mère

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Ni Les Légendes doivent céder le pas à l'Histoire, elles renferment aussi, cependant, beaucoup de qualités qui les font lire avec plaisir et intérêt. En un mot, Les Légendes sont plus romantiques, et l'Histoire plus classique.

Nous regrettons de n'avoir pu nous procurer une copie de ce dernier livre pour en reproduire un extrait, car tous les exemplaires ayant été brûlés chez M. Desbarats, à Ottawa, il est maintenant très difficile de s’en procurer une copie.

L'abbé Casgrain est un travailleur laborieux et infatigable, et si l’on tient compte des difficultés presqu'insurmontables qu'il éprouve par suite de la faiblesse de sa vue, on est vraiment tout étonné de voir son imagination riche et féconde produire tant et de si nombreux et de si brillants écrits.

On ne saurait trop applaudir aux efforts de ceux qui, comme l'abbé Casgrain, par amour des lettres et dans le but de stimuler le goût littéraire et d’augmenter les trésors de notre littérature nationale, se dévouent à l'étude et se livrent à des recherches laborieuses et pénibles pour sauver de l'oubli tant de richesses que renferme l’histoire du Canada.

Répandons donc, à son exemple, parmi nous, autant que possible, le goût du bon, du beau et du vrai ; trois choses que nous pouvons trouver si abondamment dans notre histoire nationale qui, proportion gardée,

est assurément la plus riche en péripéties de tous genres, la plus émouvante et la plus héroïque après celle de France, notre première et toujours bien-aimée mère patrie !

Fouillons les mines inépuisables que nous offre notre glorieux et émouvant passé. Les héros, les martyrs, les gloires, dans tous les rangs de cette société si chevaleresque d'autrefois, ne se comptent pas : ilsse nomment légion! Notre magnifique épopée, œuvre de nos aïeux, est pour ainsi dire ruisselante de poësie, d'idéal et de merveilleux chrétien et n'attend que des poëtes dignes d’elle pour la chanter! Nous nous trompons : nos poëtes, nos écrivains dans tous les genres, nous les avons ; il ne nous reste plus qu’à les encourager, et au premier rang brille celui qui fait le sujet de cette biographie.

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‘ Dès que la révolution éclata à Paris, en 1848, elle se répandit aussitôt de tous côtés comme une trainée de poudre. Rome, Vienne, Berlin, Bruxelles, ressentirent le choc. L'Italie fut comme sur un volcan encore plus terrible et plus dangereux que le Vésuve.

Afin de laisser passer la tempête et d'attendre des jours plus calmes, Pie IX avait quitté le Vatican et s'était retiré à Graëte, dans les états du roi de Naples. Garibaldi, Mazini et leurs partisans tenairnt tête au général français Oudinot, qui assiégeait la ville des Césars et la capitale des Papes. La catholicité était en deuil, et dans toutes les chaires catholiques on racontait aux fidèles les malheurs du successeur de Naint-Pierre. À Québec, l’abbé Holmes fut choisi pour donner une série de conférences dans la chaire de la cathédrale de cette ville, à propos des graves événements qui bouleversaient alors le monde, et désolaient particulièrement l'Eglise.

La circonstance était mémorable et solennelle, car jamais peut-être, la position de la papauté n'était apparue plus critique.

Pour traiter de pareils événements, il fallait un prédicateur d’un talent hors ligne et d’un savoir incommensurable. L'abbé Holmes seul, peut-être, pouvait remplir toutes les conditions exigées pour un tel rôle, et l’on peut dire qu’il s’acquitta de sa tâche

‘difficile à la satisfaction de ses supérieurs et des

fidèles.

La cathédrale de Québec ne peut certainement pas être comparée à Notre-Dame de Paris ou même à celle de Montréal. Son portail en pierre de taille surmonté, depuis 25 ans, d'une seule tour encore inachevée, lui donne l'apparence d’un géant écrasé qui n'a qu'un bras. Ses autres murailles blanchies à la chaux, rappellent bien l’époque triste, quoique glorieuse, où elle fut rebatie. Mais si l'extérieur de l'édifice ne frappe pas la curiosité et ne provoque pas l’admiration du visiteur, en revanche, l’intérieur mérite une mention spéciale, et a droit de fixer l’attention du touriste et du connaisseur. Il y a d’abord de chaque côté des murs de la nef, une gallerie de tableaux de prix, dus au pinceau d'artistes d’un grand talent; et puis, le dôme peint de couleur d’or qui est comme suspendu au-dessus du chœur, est d’un aspect sévère et grandiose qui produit un très bel effet.

La chaire convenablement placée dans l’endroit le plus propice dans un temple divisé plus pour contenir autant de monde possible que pour rencontrer les règles de l’acoustique et la commodité des fidèles, est simplement mais assez artistiquement travaillée, et offre un coup d’œil ravissant. Mais ce qui donne du prix et du relief à cette tribune sacrée, c’est que les plus éloquents prédicateurs canadiens l'ont illustrée. De cette estrade se sont fait entendre les Plessis, les Proulx et maints autres, sans compter des prédicateurs étrangers, tels que les de Nancy et les de Charbonnel.

Celui qui devait se faire entendre en 1848, était certes digne de leur succéder. Aussi était-ce bien l'opinion générale, si l’on en juge par le nombre et

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la position de la majorité des auditeurs qui suivirent ses conférences. Tant qu’elles durèrent, il y eût foule, chaque dimanche, à la vieille cathédrale de la ville fondée par Champlain. On s’empressait, on courrait, pour ainsi dire, pour pouvoir entendre le grand prédicateur canadien.

Les conférences avaient lieu après vêpres, à trois heures, mais deux heures avant l’arrivée du prédicateur, toutes les places étaient prises. Non arrivée était attendue avec la plus vive impatience, et son apparition dans la chaire était accueillie par le silence le plus absolu, le plus religieux. On avait hâte de le voir et surtout de l'entendre. Dès qu'il paraissait dans la chaire, dès qu'il avait parlé, on aurait pu entendre bourdonner une mouche, tant l'attention des auditeurs était concentrée sur lui. On semblait craindre que le moindre bruit ne fit perdre une seule de ses éloquentes paroles, une seule de ses pittoresques expressions, ou de ses magnifiques et de ses incomparables comparaisons.

Un silence profond, solennel, régnait donc partout.

Dans la chaire, l'abbé Holmes semblait chez lui, et à son aise. Il dominait son auditoire de toutes manières et semblait le tenir comme dans sa main ou comme suspendu, enchainé à sa parole merveilleuse. Pour les uns, il semblait un nouveau prophète, pour les autres un tribun religieux, et pour tous le plus parfait des prédicateurs de la chaire canadienne.

L'abbé Holmes était de taille moyenne. $es traits aigus, sévères, reflétaient l’énergie dont il était doué. Ses cheveux blonds, courts et clairsemés qui retombaient par légères touffes sur ses tempes, dénotaient un peu de négligé, mais de ce beau négligé

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