PRE 7 ENS
grands journaux ont du leur influence et leur célébrité à sa plume vraiment gauloise. Il faisait bien l’article, comme on dit en style de journaliste; mais né fantasque comme le Français est né malin, Aubin seul pouvait faire éclore ie Fantasque et le rédiger d’une manière aussi facétieuse.
Voilà près d'un quart de siècle, comme dirait un ex-président du sénat canadien, que ce journal ne parait plus depuis sa dernière résurrection, —car le Fantasque vivait comme il pouvait et mourrait quand il fallait, si l'on en croit son épigraphe !-—etnéanmoins on ne peut encore aujourd'hui se lasser de le relire, ni s'empêcher de pouffer de rire en le relisant !
Depuis cette époque, beaucoup de petits journaux ont vu le jour en Canada, mais aucun n’a atteint ni la vogue, ni l'influence, —aussi considérable que méritée, —du Fantasque qui fut, dans le journalisme de l'époque, une véritable puissance en Canada, surtout en 1837 et 1838.
Par la forme originale de ses écrits, le genre pittoresque de ses idées, la verve de sa polémique fine et railleuse, Aubin faisait jaillir des causes les plus insignifiantes en apparence, des étincelles de gaité dont le souvenir est encore vivace dans l'esprit des lecteurs de cette époque d’humoristique effer-
vescence et de patriotisme aussi ardent que sincère. Il maniait admirablement bien l'ironie et le ridicule. L'atticisme de ses saillies fera toujours le désespoir de ceux qui voudront le suivre dans le sentier du
journalisme satirique. En un mot, il poussa jusqu'aux
dernières limites de la perfection, le genre de la
critique légère et fut chez nous le Béranger de la presse.
D APPRE PE MT 0
Il est pénible de le dire, mais il faut bien l’admettre, presque tous ceux qui ont voulu imiter Aubin dans le genre comique, n'ont pas su se maintenir dans la voie qu'il avait tracée. Non seulement la plupart des petits journaux qui ont paru à diverses époques, en Canada, depuis la dernière résurrection du FanlLasque, n’ont pas brillé par le talent de la rédaction, mais ont manqué même de savoir-vivre. Aubin avait donné des manières et du ton à la petite presse, Ceux qu'il attaquait, s'ils étaient gens d'esprit, riaient les premiers des bons mots qui les assommaient si plaisamment. Aujourd'hui on ne met pas tant de façons pour clouer les gens sur la sellette du ridicule. On les livre, sans crier gare ! à la risée publique, et, vraiment bienheureux sont-ilsçquand l’injureou même la calomnie ne les éclabousse point. Autrefois on se rappelait probablement que /a lettre lue et que l'esprit vivifie ! On se lançait jadis des bons mts, de nos jours on se jetterait des pavés si l’on en avait la force ! On est donc tenu, malgré soi, de se contenter de s'aveugler avec des injures, ou même de se salir avec forces calomnies souvent aussi atroces que poissardes.
Les personnalités les plus grossières et presque toujours assaisonnées du plus gros sel et vulgairement épicées, ont remplacé la critique mordante mais respectable et spirituelle. Nous y avons certainement perdu de toutes manières. Ce qui est plus grave encore, c’est que cette dépravation littéraire, qu'on nous pardonne le mot à cause de sa justesse, atteint aussi très souvent, de nos jours, quelques-uns des organes de la grande presse. Nous pourrions citer plusieurs de ces grands carrés, qu’on est obligé de lire en se crucifiant, qui, du haut de la grandeur de
bie cer tou d’e pre SOC leu hor gré tiqt tou font jou la } faird P que dam
re, ns la art es, anon, alt sse, ent t sl de ule.
, €t, eme n $e spril nos rce | r de avec des.
sque loaiante brtalplus aire, esse, s-UNS citer ré de ur de
D US Ce NC DE SEE
ni El à ÿ J K è
SSSR
ra
RDS
leur large format, traitent leurs confrères de la petite presse, de feuilles de chou, de petites guenilles, etc. etc. nous pourrions, disons-nous, citer plusieurs de ces représentants de la grande presse à la barre de l'opinion publique, et les accuser, preuves en mains d'être en grande partie cause de la mauvaise tenue de la petite presse.
C’est qu'aussi quand certains de ces messieurs des orands journaux dont nous parlons, font tant que de se brosser et de se laver réciproquement la tête, ils n'y vont pas de main morte ! Nous ce rapport, nous en connaissons quelques-uns qui pourraient céder des points à leurs confrères de la petite presse. Il faut dire aussi que les horions de ces messieurs ne sont bien souvent que la contre-partie des coups d’encensoir qu'ils se donnent mutuellement ensuite, à tour de bras, au risque de s’étouffer dans des flots d'encens! Bref, nos Guelfes et nos Gibelins de la presse, n'en sont pas encore, grâce à notre état de société, rendus au point de se couper la gorge avec leurs ciseaux de journaliste, comme autrefois leurs homonymes d'Italie avaient l'habitude, fort désagréable, on en conviendra, pensons-nous, de le pratiquer à coups de dague ; mais cela peut venir comme tout le reste est arrivé dans notre pays privilégié !
Quand donc plusieurs des ainés de la grande presse font, pour ainsi dire, le coup de poing dans le journalisme, il n’est pas étonnant que les cadets de la petite presse les imitent, ne fut-ce que pour se faire la main à ce métier !
Presque tous les échantillons de la petite presse que nous avons vus, nous ont prouvé surabondamment que, sauf quelques rares exceptions, les
FE
All
petits journaux ne furent certainement pas en ce pays ce qu'ils auraient dû être. Ki, en France, le Charivari, le Figaro, le Journal pour rire, et maints autres journaux critiques, sont lus avec plaisir, c’est qu'ils conservent toujours avec leur charme humoristique et leur aiguillon satirique finement aiguisé, le cachet de la politesse et le respect de la vie privée.
En cela consiste presqu'entièrement le secret de leur immense succès, de leur prodigieux débit et de leur étonnante circulation.
Mais nous voici bien loin de notre sujet; revenons à nos Mmoulons.
Le Fantasque ou plutôt le Fantasque d' Aubin, comme on l’appelait parmi le peuple, était rédigé selon les règles auxquelles sont soumis les journaux français que nous venons de mentionner.
Aubin et son journal furent intimement liés aux événements de l'insurrection de 1837 et aux luttes politiques produites par l'union des deux Canadas. C'était le temps où le Canada se trouvait si bien cravalé par Sir John Cog-borgne et Poulette Thompson qui, à leur tour, étaient encore mieux peignés par le Fantasque ! Aussi Aubin eut-il la gloire de voir en 1838 ses ateliers typographiques saccagés par la police bureaucratique, et d’être écroué pendant plusieurs mois dans la vieille prison de Québec.
Un pote a dit :
“ Mourir pour la patrie, ‘€ C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie !”
On peut dire aussi que l'emprisonnement pour cause politique est un honneur. Nous le rapport de la persécution politique, Auhin a payé amplement son tribut au Canada,
> sé PRE : Cu ce RE RS PEER EU La
RSR Re ET EEE