‹ Nos hommes forts [microforme]Chapitre 10 sur 33 · BL · texte numérisé non relu

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Terre !

avec un élan de satisfaction. La mer à ses sirènes qui peuvent nous séduire passagèrement, mais la terre, c’est la patrie, c’est le clocher, la famille, c’est le bonheur, |

Le déchargement opéré, nous reprenons sur lest, la route des Antilles où nous abordimes à Barbadoes après une courte et heureuse traversée de vingt-deux jours. La population nègre domine dans cette île : ils parlent généralement l’anglais mais leur accent diffère du nôtre, et leur langage est un peu mêlé de patois. Nous employons un éertain nombre de ces noirs pour faire notre chargement consistant en sucre et mélasse, encore destiné à Philadelphie.

Rendu en cette dernière ville, je sentis s’aggrayer d’une manière inquiétante, un mal d'aventure qui m'était venu à la jambe droite et que ‘j'avais négligé jusque là. Le capitaine m'engagea à me rendre à l'hôpital, mais je lui exprimai le désir

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de retourner au Canada, où grâce aux soins de la famille, je pourrais me rétablir plus promptement. Il y consentit et c’est ainsi que dans le cours du mois d'août je me retrouvais à Montmagny que je ne comptais revoir qu'un an plus tard.

Les bons traitements des médecins et les soins de la famille me remirent promptement sur pied, mais j'étais bien averti d'éviter de me mouiller les picds.

Engagé à bord du steamer Miramichi pour le reste de la saison, je subis une rechute pour ne m'être pas suffisamment conformé aux avis du médecin ; et la saison finie je dus entrer à l'Hôpital de la Marine à Québec, dans un état pire qu'auparavant. à

Quelques semaines de repos, accompagné d’un traitement médical raisonné, suffirent pour me rétablir; mais je restais encore sous le doigt du médecin et son avis : “ Prenez garde de vous mouiller.”

Je fis la promesse d’être sage, mais promesse de marin équivaut à promesse d’ivrogne. Dès la première voile qui parut à l’hgrizon, je fus pris de l'ennui de la mer. Le capitaine F. Cloutier commandant le brick goëlette Orleans m’offrit la posi-

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tion de second mattre, et je no sus pas résister à la tentation. Ai bus

* L'Orleans quitta le port de Montréal, de bonne heure, au printemps, avec un chargement de grains en route pour Glasgow. C'était un excellent voilier. En dépit des vents contraires, nous fimes une tra. versée aussi prompte qu'heurense,

Après quelques jours passés à Glasgow, ville importante de l’Ecosse, dont je pus admirer les édifices et les monuments, à loisir, nous nous rembarquämes pour Montréal, avec un chargement de charbon. Au bout de trente et un jours, nous saluions de n9s hourrahs la citadelle de Québec, : Un remorqueur nous conduisit à Montréal, où je rencontrai le capitaine Octave Côté, commandant de la barque Alice Ray, qui nr'offrit ‘la place de

second maître à son bord,

Le Capitaine Côté, que je connaissais et estimais depuis mon enfance, étant comme moi de Montmagny, me gagna par sa proposition. À part céla, le: vaisseau qu’il commandait étant plus grand et de plus de valeur que l'Orleans, je considérais que tout en restant dans a position de second maître, j'ajoutais par ee changement à l’importanes de tiies fonctions, PE

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NAPOLÉON :MATHUREN 49

J'étais fier de mon rapide avancement dans la carrière que j'avais choisie. À vingt ct un ans, je comimandais à tout un équipage nombreux, sous les ordres du premier officier. Un de mes jeunes frères entreprenait avec moi son premier voyage d'outre-mer, et je me promettais de l'aider de mes connaissances, de le protéger de mon influence. Tout allait vraiment pour lo mieux. Pas un nuage, pas même l'ombre d’un grain eur l’immensité de mon ciel bleu.

Hélas ! l’homme propose et Dieu dispose. Un . } . 4 , .

vain de sable fait trébucher le roi de la terre.

Avant de quitter le port mon mal empira, et je dus me remettre sous les soins d’un médecin,

Encore une fois, je fus guéri en quelques semaines, et je passai le reste de la saison à bbrd du “SAS. Miramichi."

Le 18 novembre 1881, je-quittais lo “Airamnichi ” avec un bon nombre de mes compagnons: de bord, pour passer sur le SS, Bahaina sous le commandement du capitaine Astwood. Ici, commence le récit du voyage, qui devait se terminer par une si pénible catastrophe, et dont les derniers’ incidents ont imprimé une trace st profonde dans. mon existence, Songez que pendant sept .jours

entiers, le vent, la mer m'ont promené dans l’im. mensité, porté sur quelques planches, qu'une lame ou le coup de queue d’un requin pouvaient disjoindre ou renverser à chaque instant, que pendant ces sept jours, je n'ai eu à manger que quelque bouchées de biscuit trempé d’eau salée, que ma langue se desséchait par la soif comme mon âme par l'abandon, que j'avais horreur du sommeil qui m'accablait et dont. j'avais tant besoin.

Pourtant, je n’ai pas désespéré un seul instant. Derrière le Ciel sombre, je voyais les clartés de l'éternité. C’est À des moments semblables que l’én comprend combien il est bon d’avoir la foi.

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