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tortue de mer vient longer mon radeau. Je la touche de la main, et elle n'en est pas effrayée. Trop faible pour la soulever, je glisse sous elle une de mes portes pour lui faire une passerelle: elle s'allonge dessus, fait de son mieux pour avancer,
sans pouvoir y parvenir. ÆElle tourne et retourne autour du radeau cherchant à y prendre place, Cette place qu’elle cherchait, je la lui aurais donné, non seulement sur mon radean mais encore dans
mon estomac, J'avais soif de son sang, j'enrageais de la faim de sa chair, Hélas! la force me man- | quait pour saisir ce repas succulent que lo Ciel
m'envoyait,
Comme la pauvre bête s'tloignait, ignorant Île
danger auquel elle venait d'échapper, je me vis
tout-h-coup entouré d'une troupe de requins de toute grosseur, qui s'ébattaica autour de mon radeau, plongeant et replongeant, battant la mer de
Jeur queue, dont un seul eoup eût pu mettre mon
épave en pièces, se roulant sur le dos, ct montrant
leurs sueules armées de dents en scies tranchantes. A cette vue, je me retirai au milieu du radeau, me ramassant sur moi-même, essayant de nreffaccr devant la voracité de ces monstres. Je n'avais jamais été si petit,
Me sentant faiblir de plus en plus, et sachant
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que chaque heure qui s'écoule compte pour moi
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SONT plus quu la mort,
Je m'adresse au Ciel, à genoux : “A “ pardonnez-mo1 les fautes da ma vie: Anges et ‘ Seiuts que j'ai invoqués, venez à mon side ts ce moment suprème, Ayez pitié de ma misère «c , DE .
Ne souffréz pas que je meure de faim et de soif,
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et la sinistre vision du suicide se dissipa comme par enchantement.
Le soleil se coucha dans des nuages de pourpre et d'or, Je crus le voir vraiment pour la dernière fois, La nuit fut également belle, mais une nuit sombre remplie d’horreurs pesait sur mon âme. Je tombais d'épuisement: je ne sommeillais que
par inst'nts et je croyais avoir dormi des h
La pensée de la mort irabsorbait tout entier et me poursuivail jusque dans mes rêves,
“Je vais mourir, me disais-je, à la fleur de l'âge, sans avoir joui de la vie, sans avoir salisfait mon ambition sans révéler mon cœur : et pourtan: j'ai du courage, le travail est ma vice et je suis fuit pour aller.
“Je n'aurai pas même de tombe sur la terre, où ma mère, mes parents ct mes amis pourront attacher mon souvenir, La mer que j'ai trop aimée va m'engloutir à jamais,
“ O Dieu ! pardonnez-moi; ne souffrez pas que le désespoir rentre dans mon cœur.”
Le jour apparait morne ct terne, Dépais nuages chassent dans le ciel et promettent un orage prochain, Si j'avais un peu d’eau de pluie pour me désaltérer, il me semble que je retrouverais de
ne
que
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de
nouvelles forces pour résister à toutes mes souffrances.
Le délire s'empare de moi, pour la première fois. Les idées ne peuvent plus se fixer dans mon cerveau vide ct fiévreux.
J'entendais l’équipage qui travaillait sous mon épave, comme ils faisaient à bord du navire. Leurs lourds marteaux frappant le fer produisaient un bruit assourdissant qui me causait mal à la tête : [ls m'appelaient, riaient, eausaient entre eux : les cuisiniers dans la cambuse ‘agitaient leurs marmites, brassaient les assiettes avec fracas. Je les suppliais de me donner à boire et à manger, mais le Second me dit que j'eusse à rester là jusqu’à six heures et qu’alors on me releverait de faction.
J'aurais voulu dormir et je ne le pouvais.
Vrai supplice de Tantale ! je les voyais manger des oranges, ce fruit savoureux et rafraichissant qui meût fait tant de bien: je ne pouvais même
atteindre les écorces qu'ils jetaient autour de mot.
Un vent frais me soufllant au visage fit dissiper ces illusions et rappela mes esprits. Il me semblait que mon épave était emportée dans une course de dix milles à l'heure. Le tonnerre
gronde, une fempête se forme dans l'air. Je lappelle de tous mes vœux, car elle n’apporte la pluie qui va me désaltérer. dJ’entrai ainsi dans ma sixième nuit d'épreuves, au milieu des tonnerres et des éclairs. Le vent soulevait la mer en montagnes sombres, dont l'écume sur les erètes s’embrasait comme le cratère d’un volcan, Un grand navire passa sous le vent, sans que je pusse lui faire de signaux, tant la mer houleuse ballotait
non radeau,.
Epuisé, transit de froid, perdu d'espoir, je crus voir dans le majestueux déploiement de la tempôte, l'appareil de la mort qui venait enfin saisir sa victime. J'étais résigné à mon sort, lorqu'unce pluis bienfaisante commenca à tomber. J'ouvris la bouche pour en receuillir les premières gouttes. Quel champagne, quel nectar ont jamais valu ce délicieux breuvage ? J'étends au large mon caban de toile cirée où l’eau de pluie vient s'amasser. Je bois à longs traits, à cette coupe de délices. Un orage m'avait perdu, un orage venait de me
sauver.
Rafraîchi et soulagé, je m'étendis sur mon ra- | k deau, et je dormis jusqu’au matin, bercé par la mer houleuse.
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La soif m'avait repris plus ardente que la veille. Mes membres roidis refusaient de me porter, lorsque je voulus me mettre debout pour jeter un coup d'œil sur la mer.
Est-ce encore une illusion ? Je me frotte les yeux de mes deux mains pour mieux n’assurer que je vois bien, Oui, c’est une voile qui vient droit à moi, mais le sommeil m’accable et je me
couche sur mes 7 A mon réveil, la même
voile étant restée en vue, plus ne méme à une distance d'environ deux milles, je trouvai
encore assez de forces pour fre mes raie ordinaires. Îls furent apercus et vingt minutes après, une chaloupe venait me recueillir.
Dieu, Vierge Marie, bonne Ste. Anne et St.
Joseph, soyez-en à jamais bénis.
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