NOS HOMMES FORTS LE SAUVETAGE
Je n'avais pas eu la force de quitter le radeau seul. Les hommes de la chuloupe CNVOYÉS pour me recueillir dûrent m'enlever de mon épave poux me déposer dans leur embarcation, Ma langue desséchée ne me permettait pas de proférer une parole pour les remercier ; mes lèvres gercées se refusaient au sourire; mes yeux brulés n'avaient plus même une larme de reconnaissance à leur donner,
Cependant, e
| 1 pus :
1 ! l,, luivice bienf &r) { ELEC LU L'[UHIUL DICTIHLISELIIL,
Des matelots me dépouillèremt de mes habits ou plutôt ils mirent en lambeaux là carapace dont j'étais couvert, pour me donner des vêtements frais. Après que j'eusse avalé péniblement quelques gorgées de café, ils me couchèrent dans un lit moûl
leu x où je pus reposer mes membres endoloris ; mais tourmenté que j'étais par la fièvre, je dormis d’un sommeil agité. Des visions effrayantes me venaient au cerveau. Je revoyais les scènes de mon naufrage dans toute leur horreur, Je m'éveillais en sursaut à la vue des fantômeside mes compagnons que Ja mort chassait comme un troupeau dans des champs de ténèbres : je croyais entendre leurs plaintes, leurs cris déchirants : ils m'appeaient vers eux, avec des cestes de désespoir,
Au bout de quelques heures de ce sommeil tourmenté, on m'apporta une grande jatte de café que je bus avec avidité, J'en éprouvai du soulage. ment et je dormis ensuite d'un sommeil plus calme,
Quand je n'éveillai pour la seconde fois, j'avais devant moi une femine qui me parut d’une beauté ravissante. Elle pouvait ta“ y de vinct à vinct
deux ans. UCétait la Icmine du capitaine, mon ” 1 ange sauveur, e
, Celle à qui je devais la vie après Dieu, comme on me l’apprit plus .ard, Klle me parla d’une voix si douce que je crus entendre une musique céleste, Elle était tout Cmue de sa bonne action, En me parlant, cle avait des larmes dans la voix et dans les yeux; je ne l'ai revue qu’une fois depuis, rauis dussè-ie vivre cent ans, jamais son image ne s'eflacera de mon cœur,
ee -
a RES 2. = =
Me voyant incapable de lui répondre, elle me fit apporter du ème juice. A peine en avais-je avalé deux ou trois gorgées, que je sentis ma langue se délier et je pus articuler quelques paroles
pas,
de remerciment et de reconnaissance, Dès que j'eus repris l'entière possession de mes esprits, mon premier mouvement fut de me jeter à genoux et
de remercier Dieu de m'avoir sauvé d’une mort
horrible ; ma seconde pensfe fat ponr ma mère, mes parents, mes amis, ma belle paroisse de Montmagny, puis je m'informai du nom du navire qui m'avait recueilli et des circonstance de mon sau-
vetage.
J'apprends que je suis à bord du Pearl, brick goëlette américain de deux cents tonneaux revenant de la Trinidad avec un demi chargement de sucre, en destination de Brooklyn.
Le capitaine Brightman, porte bien son nom, C’est un galant homme avant tout. De haute taille, large aux épaules, la tête un peu penchée, moustache grise en brosse, l'œil doux, la voix lente, âgé de cinquante quatre à cinquante six ans, il est le père de son équipage plutôt qu'il n’en est le commandant.
La femme du capitaine, se trouvant sur le pont, vers neuf heures de la matinée du 17 février
de avait apercu, la première, mes signaux de détresse. — Le timonier averti par elle en informa le capi- PE taine qui ordonna de suite de mettre une chaloupe ue à la mer— Ce fut le second, un jeune Danois de ua vingt-cinq ans, un bon cœur s'il eu fut jamais, qui
vint i'enlever de mon épave à laquelle je n'ai pu adresser un regard adieu, tant j'étais affaibli par
Jes efiorts que j'avais falts pour agiter mes si-
re, jt gnaux. Nous ctions par 32° de latitude et 79° de k ongitude ouest qui longitt iQ OUCSL, iu- Le 20 février, me trouvant assez bien remis pour me rendre compte de ma situation, j'en profitai pour écrire à mes parents la lettre suivante