I.-I.. J'ORAIN
plus divers, il a soupe à la Maison d’Or avec le Vieux (üarafon, el il a mangé dans les crémeries avec les brunisseuses du laubourg Antoine...
— bn somme, lui ai-je dit. où croyez-vous c[ue la corruption soit plus profonde, chez ceux epii n’ont pas assez d’argent ou chez ceux t|ui en ont trop ?
11 m’a répondu (et que ne puis-je rendre son accent!) :
— La corruption, ça n’existe pas!
Hn haut, c’est la névrose. Hn bas, c’est la laim.
je me lève dans l'intention de prendre congé de mon hôte qui m'accompagne jusqu'au seuil de sa demeure. Mais, à chaque pas, nous nous arrêtons et nous continuons de deviser. Il me semble que je n’ai pas tout dit et qu’il me reste encore à apprendre. Une observation me monte aux lèvres, que je n’ose formuler... Ht pourtant je m’y décide :
— jadis, vous étiez quasi révolutionnaire. Vous Irappiez à revers de bras sur la classe dirigeante et souteniez contre elle la cause de son éternel ennemi, le prolétaire. Vos (euvres exhalaient comme un partum anarchiste. N’ètesvous pins dans les mêmes dispositions?
Il dirige sur moi son regard plein de pensées :
— L’expérience m’a démontré les périls de l’anarchie...
... Assurément Jean-Louis Forain aime les pauvres diables, mais non plus tout à fait comme il les aimait lorsqu’il se conlondait avec eux. 11 ne dort plus sous les ponts. Il jouit des biens que lui ont acquis son labeur et son talent admirables. Son cœur ne s’est pas endurci, mais il a changé de point de vue...