‹ Nos intimes. comédie en quatre actesChapitre 82 sur 120 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

VIGNEUX, allant à lui.

Eh iiien, ouil Tiens, fais semblant de partir pour Paris... une lettre... une affaire... tout ce que tu voudras... et reviens à la nuit, subitement ! Le moyen est vieux, mais U réussit toujours! ^

MAtîÉCAT, descendant entre eux deux.

Il a raison! C'est infaillible I J'ai connu, moi, un mari qui voulait absolument savoir à quoi s'en tenir!... Jl se met une lettre à la poste... la reçoit à l'heure du dîner et dit à sa femme : Oh ! Lh ! l'heureuse nouvelle, Virginie !... Elle s'appelait Virginie... Virginie, écoute donc, ma bonne... voilà une lettre qui m'apprend qu'un débiteur contre lequel j'ai piise do corps est à Versailles... Je vais partir ce soir, coucher là-bas,

au lever du soleil j'empoigne mon gaillard... Virginie se récrie : — Une nuit dehors, c'est bien long l Elle lui fait même une scène... « U la trompe... ii a des maîtresses... » Elle pleure... il la console... il lui promet un cachemire français... C'était le temps des cachemires français: toutes les femmes voulaient des cachemires français. — Alors elle ne pleure plus du tout, mais elle lui dit : Eh bien, mon chéri! (Avec ironie, levant » main au ciel.) « Mou chéd î. . .)) je vcux t'accompaguer au chemin de fer. — C'est ça, accompagne-moi... Voilà le mari en wagon ! Il part, mais il descend à Clamart... (a vigneui.) C'était la rive gauche! Par la rive droite il serait descendu à Asnières... ça revenait au même... (ACaussade.) Il prend le premier train qui le ramène à Paris... il arrive à neuf heures du soir... il faisait nuit!... C'était au mois de novembre!... Le 71 î! U entre chez lui tout doucement.. . il pousse la porte du salon. . . rien.. . il pousse la porte de la chambre... et ici, messieurs, qu'est-ce que je vois?...

VIGNEUX, Tivcmenl.

C'était vous?

MARÉCAT, ahuri.

Hein! quoi? Mais je n'ai pas dit... qu'est-ce que j'ai dit?... (u iô cache la tête dans s«j mains.) Ah !... sapristil... Eh bien, oui, c'était moi! Et je vous réponds qu après ça on est fixé.

CAUSSADE

Employer des moyens pareils, le mensonge, laru$el

VIGNEUX.

Trouve mieux 1

MARÉCAT

Si ta femme est seule, (e voilà rassuré!

Et nous... très heureux !

CAUSSADE

Oser pr.raître devant elle, et lui dire On vous sottpçonne et je suis assez làclie. . .

MARÉCAT

Mais on ne dit pas ctla; on trouve un prétexte... vjg:œux.

On a manqué le convoi...

MARÉCAT

On a oublié son mouchoir.

CAUSSADE, ébranlé.

Ah I vous avez bien envie de me faire commettre une iâ* ^heté !

VIGNEDX.

Une lâcheté l

MARÉCAT

T'assurer...

CAUSSADE, avec força.

Ohî si j'étais sûr...

MARÉCAT, vivement.

Ail ! tu crois donc la chose possible, maintenantf..^

CAISSAUE.

Est-ce que je sais ce que je crois, ce que je ne crois pas ? Vous me rendez fou avec celte infamie... Et pourtant je sais bien que vous mentez. . . Ce n'est pas vrai !. . Me tromper, elle ! Pourquoi me tromper ? Est-ce que l'on trahit comme cela sans raison?Une femme que j'adore.. dont le bonhour est mon seul rêve.. Et lui., un enfant que j'ai recueilli chez moi !. . Mais si c'était vrai., j'aurais remarque', j'aurais vu ! Elle me parle comme à l'ordinaire... elle n'a pas cet air inquiet... lui non plus ! Il est tranquille, tranquille... comme moi, tenaze malgré vous., car vous voyez bien que l'évidence est contre vous, et que ce n'est pas vrai, et qu? ce n'est pa^!.. (Avec désespoir.) Ah ! si c'est vrai pourtant. cTombant sur le cacapé.) Qu'est-ce que je vais devenir moi

VIGNEUX.

Chut ! ta femme !

(Caussade se lève et cherche à maintenir son émotioii .) • Vigieux, Caussade, Marécat.

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