‹ Nos invisiblesChapitre 10 sur 203 · JÉSUS AU GOLGOTHA · texte numérisé non relu

JÉSUS AU GOLGOTHA

— Oui, maître sublime, ces injures, ces blasphèmes, ces malédictions, eussent été insuffisants, s1 la mort ignominieuse ne fût venue terminer ta vie. Car l’homme oublie tous les dévouements, se rit de toutes les sublimités. — Seule ta mort, le sacrifice de ta vie peuvent le toucher, parce que son féroce égoïsme le rend incapable de lui donner cette vie pour la défense d’une idée, d’un principe saint.

Il'existe, ilest vrai, quelques-unes de ces âmes d'élite qui ne craignent pas de donner cette vie, de faire preuve complète d'indépendance et de fierté d'âme. Mais ces âmes-là forment l'exception, et je ne crois pas que, sur notre triste terre, il y en ait jamais eu aucune à qui la vaillance, le courage et la résolution, puissent être comparés à la vaillance, au courage et à la résolution de Jésus le Nazaréen.

Comment oser se plaindre de sa condition, lorsqu'on songe à celle qui vous fut donnée par sa vie? Comment oser comparer nos souffrances à celles de Celui qui, dans ses longs jours d’errance sur terre, n’eut même pas un coin pour reposer sa tête ?

Tant que les hommes seront hommes, cet exemple ne les empêchera pas de se plaindre de la situation qui leur est faite, de murmurer hautement sur les vues de Dieu. Les malheureux, aveuglés par la chair, ne veulent absolument pas comprendre que la terre ne peut leur donner nul plaisir, nulle jouissance qui ne soit mélangée de fiel. Ce sol doit être avant tout un sol d’expiation où tous les menus événements concourent à l’épuration de notre être moral, épuration qui ne peut se faire que par la souffrance. C’est à un tel point qu'on peut presque dire, sans être taxé d’exagération, que le bonheur d’ici-bas, ou plutôt tout ce qui est réputé pour mériter cette dénomination, est assurément le plus grand ennemi de notre âme. Lorsque tout vous sourit, lorsque, en un mot, nous sommes heureux, c’est là que nous faisons le moins de progrès, et c’est à dater du jour où nous commençons à nous persuader que nous ne sommes venus sur terre que pour le bonheur, que non seulement nous ne progressons plus du tout, mais encore que nous reculons. Cette illusion est assurément une des plus dangereuses que l’homme puisse entretenir, puisqu'elle lui fait perdre de vue le but pour lequel il a été créé, but qui peut s'appeler le bonheur dans la perfection, étant entièrement incompatible avec celui des êtres terrestres pour qui tout est imparfait et qui ne peuvent jamais aspirer qu’à une relativité dans le bien.

Ce furent ces réflexions qui s'imposèrent à Jésus, et l’aidèrent à supporter

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