‹ Nos invisiblesChapitre 11 sur 203 · LE À · texte numérisé non relu

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l'horrible présent. Des souffrances épouvantables pourtant accablaient tout son corps. Pas une partie de ce corps qui ne fût la proie de douleurs aiguës, La soif, la soif atroce, desséchait sa bouche, brûlait ses lèvres, et ce qui était pire que tout, c’est que rien ne faisait prévoir ou pressentir la fin libératrice, la mort qui devait lui ouvrir de nouveau les portes de ce splendide royaume de paix et de lumière auquel il se plaisait à faire allusion maintes et maintes fois.

S'il n’eût, en effet, considéré que le résultat procuré par la mort de la croix, il eût été en droit de le maudire; mais ses vues allaient plus loin, s'élançaient plus haut,

Sombre et sinistre, le crépuscule envahissait le pays, enveloppait tous les hommes. En proie à cette sorte de terreur vague qu'inspire la mort, ils n'osaient même plus blasphémer. Dans la vallée les fleurs penchèrent leurs têtes, comme si elles eussent voulu expirer en même temps que la grande âme dont le corps était cloué au gibet. Tout devenait imprécis, vague, trouble, mais sous les paupières bleuies de l’agonisant des reflets étranges, des lueurs fulgurantes passaient, et le pays de la délivrance lui apparaissait.

Rattaché encore à l'humanité par son enveloppe, des pleurs cependant inondaient ses yeux, des soupirs s’échappaient de sa poitrine ; mais les yeux de son àme s’enthousiasmaient, et la partie supérieure de son être s épanouissait par avance dans le sein de l'Éternel.

PÈRE DipoN.

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