CHAPITRE XXXV
C'est la composition même de cet univers qui peut s’intituler ainsi, et, devant cette formidable négation d’un anéantissement impossible, tout le monde se range à l'évidence, toute l'humanité est obligée de reconnaître que rien de ce qui est matière ne meurt.
Mais la croyance de la masse ne s’étend pas à l'âme, qu’elle confond facilement avec le corps. Beaucoup d'hommes assimilent cette âme au corps; ils croient fermement qu'elle fait partie intégrante de la chair ; que, lorsque celle-ci s'éteint, l'âme fait de même, et qu'avec son compagnon d'os et de fibres, elle s'abandonne sans défense aux fantaisies atmosphériques des climats, aux fermentations pleines de mystères qui sont œuvre de terre, et qu'ayant ainsi perdu toute personnalité, toute intelligence, ayant subi une divisibilité outrageante, elle renaît de-e1 de-là tantôt sous forme de fleur insignifiante, tantôt sous l'aspect d’un arbrisseau fragile destiné à devenir, sous l’effort patient des siècles, un arbre aux contours majestueux.
Une telle âme n’est pas faite pour préoccuper la foule, et, à moins d'aimer assez l'humanité pour posséder un désintéressement qui fasse qu’on n'ait en vue que Son progrès ou amélioration future (programme aux conceptions élevées qui
force l’homme à pratiquer pour son compte propre l'intégrité et la sévérité), on
en vient généralement tout doucement à ne s'attacher qu'à la vie présente, à chercher exclusivement la seule sensation, la seule jouissance, le seul bien-être des sens.
Ilexiste chez l'humanité un singulier mélange de doute et de foi. Quel est le sentiment le plus fort? Le croyant le plus sincère a ses heures de défaillance et de tentation, où il sent la foi en l'immortalité s'échapper de son étreinte éperdue. Ilest peu de personnes religieuses, au sens réel du mot, qui n'aient connu ces instants pénibles où tout devient chaos et ténèbres autour de nous, où l’on n'arrive plus à croire et où l’on donnerait tout au monde pour ressaisir cette foi.
De son côté, et en sens inverse, l’athée est soumis à la même épreuve. Il a également des périodes où il se pose à lui-même l'angoissante question dont il n entend pas la réponse : « L'âme survivrait-elle par hasard? »
L'évident travail de la transformation de la matière, la vie intense qui anime les choses impondérables, le mystère des planètes, la réalité des ondes invisibles, tout semble concourir pour prouver au croyant que sa défaillance n'est qu'une tentation, et à lincroyant qu'il est dans l'erreur lorsqu'il repousse l’immortalité. Mais n1 lun ni l’autre ne possédant la preuve tangible de cette immortalité, ils devront subir, peut-être longtemps encore, toutes les hésitations, toutes les tergiversations qui sont le lot d’une humanité, à moins qu'ils ne veulent admettre cette vérité bien faite, il semble, pour aider à la dispersion de leurs doutes, que, tout étant matière, l’âme elle-même n'échappe pas à cette loi et qu'elle devient ainsi analysable et contrôlable à nos sens.
Toutefois, de même qu’il y a àme et âme, il y a matière et matière. Il est bien certain que cette àme subtile, pensante, rapide, indivisible, n'offre aucun rapport comme composition avec le corps épais, sans pensées, sans vivacité, et divisible aussitôt que la mort l’a touché. La composition d’une âme, le périsprit qui lenveloppe et qui revêt les apparences du corps physique, sont formés d’une matière quintessenciée absolument indépendante des lois de Ia pesanteur, sans aucun point de contact avec la matière corporelle. De cette différence si tranchée qui établit la parfaite indépendance de l’âme à qui le corps n’est nullement indispensable, 1l résulte que les soins à donner à l’un et à l’autre sont absolument différents. L'hygiène d’une âme ne ressemble en rien à celle du corps, mais elle est assurément plus compliquée, et requiert par conséquent plus d’efforts persévérants pour l’amener à son affinement complet vers cette translucidité qui lui
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