L'INTRANSIGEANCE ET LA FERMETÉ
On confond souvent la fermeté avec l'intransigeance. Il arrive maintes fois que l’on prend l’une pour l’autre, sans se rendre compte un seul instant que la seconde de ces qualités ne peut être louée, tandis que la deuxième mérite absolument l'effort de l’homme pour parvenir à l’acquérir.
L'intransigeance n’est autre que cette tournure particulière d'esprit qui, ayant embrassé une idée ou une conviction, est tellement persuadé de la valeur de sa croyance qu'il n'accepte ni modification, même quand elle est dictée par le plus élémentaire bon sens, ni aucun vague projet de réforme. L'esprit humain est ainsi fait, qu'il va toujours aux extrêmes. Vient-il de découvrir quelque chose de nouveau qui lui semble juste et beau, tout le reste qui ne fait pas partie de sa découverte lui paraît immédiatement mesquin et peu digne d'intérêt, Il oublie ainsi, cet homme, que rien n’est négligeable sur terre, pas plus les idées des autres que les siennes propres, que cette vie n'ayant qu'un but, le perfecuonnement, 1l n’y a qu’un moyen pour y arriver : la transformation. L'épuration de son âme doit être son unique préoccupation ; le reste ne compte pas.
Les entreprises diverses, le progrès industriel et artistique, ne sont que des badinages qui ne servent qu’à l’amener vers Dieu. Les futilités même d’une vie
| peuvent être utilisées, si l'on ne perd jamais de vue cette fin idéale et supérieure,
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Les pertes irréparables ne sont autres que les accidents du chemin qui mène vers l'Éternité. Ces accidents ne sont pas évitables. Il faut les subir, parce qu'ils entrent dans le plan réformateur de nos âmes imparfaites, étant loin du foyer d’origine, mais destinées à retrouver tôt ou tard cette perfection après avoir subi le feu purifiant de l'épreuve.
Mais, pour que cette épreuve ait toute sa valeur, il importe que l'homme s'exerce à la souplesse et à la fermeté tout à la fois. Il doit arriver à ce résultat qui consiste à posséder une certaine largeur d'idées qui a pour base l'humilité. Car il n’y a rien au monde de plus orgueilleux que cet amour exagéré pour une idée qui nous fait dire : Je ne me trompe pas, je suis infaillible !
Pourtant cette tendance d'esprit peut devenir un appoint pour la réforme de nos défauts, lorsqu'on veut l'employer utilement. Elle peut se changer en fermeté intransigeante dans le devoir qui ne varie Jamais. Tant il est vrai que tout 1c1bas peut aider à notre avancement ! Nos amis, nos relations mêmes, deviennent inutiles, s'ils ne nous fournissent pas d’amples et multiples prétextes à la charité, à la patience, et il est indigne de vie celui qui ne sait pas saisir au bond toutes ces occasions de progresser, occasions que nous trouvons jusque dans la lutte qu'il nous faut déployer pour vaincre notre grande mollesse ou notre complète intransigeance.
Hélas !ici-bas, on a soin de tout, excepté de son âme. On dépense une énergie formidable pour arriver à posséder une situation prépondérante, on emploie tout, on thésaurise perpétuellement, on a une activité débordante pour la conquête des biens terrestres, mais on reste indifférent pour celle des biens immortels. Que dis-je ? on traite souvent son âme comme on traiterait celle de son chien en lui octroyant sans raison tout ce qui est contraire, nuisible à son progrès, et l’on oublie sans cesse ce principe, vis-à-vis duquel l'intransigeance serait cependant permise, la seule chose qui soit nécessaire :
Aimer Dieu et le servir.
ME D'uPANLOUP.