‹ Nos invisiblesChapitre 188 sur 203 · TP · texte numérisé non relu

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orphelins sans protection ; et c’est ainsi qu'on a vu plus d’une fois l’atroce Atropos faire presque instantanément le vide autour d'êtres que rien ne semblait pouvoir séparer.

Malgré leur puissance, les liens du sang sont donc limités. La tendresse la plus profonde sera parfaitement impuissante à empêcher la dissolution des membres de la famille la plus enviée. Est-ce à dire pour cela qu'il faille se croire absolument abandonné, complètement maudit? Non, certes. D’autres affections peuvent soutenir l’homme durant le rude labeur qu'il est appelé à exercer sur terre, d'autres tendresses peuvent lui suffire ; et, du reste, 1l faut qu'on le sache, la mort ne détruit absolument rien ; elle est impuissante à séparer les âmes. Que le terrestre le veuille ou non, un lien fluidique plus puissant que tout le relie à cet esprit débarrassé du corps, lorsqu'il y a eu entre cet esprit et lui, dès la vie terrestre, affection forte, tendresse inaltérable. Car ce ne sont pas toujours les liens du sang qui créent cette étroite union, mais bien souvent la communauté de vues, d’aspirations, l'attrait spécial et indéfinissable que l’on ressent l’un pour l’autre ; ce qui peut nous faire dire sans exagération qu'envisagée à ce point de vue la famille spirituelle est beaucoup plus forte que la famille prise au sens textuel du mot. | 4

Lorsqu'on a soin, en effet, de ramener toujours ses regards vers ce qui est infini, vers ce qui constitue ce que nous appellerons la vie universelle, on s’aperçoit qu'il n’y a en réalité que trois principes qui se retrouvent perpétuellement en présence, et qui paraissent former à eux trois ce que ] appellera la cosmogonie animée des mondes. Ces trois principes sont, en partant du simple au composé : l’âme ou esprit, le fluide identifié au périsprit, et la matière grossière, sorte de ‘amassis plus ou moins propre de toutes les imperfections. Cette matière ne meurt pas plus que ne meurent le fluide vital et l'âme, mais, moins puissante que ces deux agents subtils, elle se dissocie, laisse échapper de son lHimon grossier la vie victorieuse et invincible, et reste ainsi sans pouvoir devant les liens du sang auxquels se substituent souvent des liens spirituels autrement forts.

Le mouvement perpétuel de tout ce qui vit tend, aussi bien, sans cesse à l’harmonie. Car s'il est une vérité pénible à constater, mais trop réelle pour qu'on puisse la nier, c'est que l'harmonie n'existe pas forcément parce qu’on est en famille. Elles ne sont que trop nombreuses les familles où l'enfant est sans res-

pect pour sa mère, et celle-ci sans tendresse pour son fils, où les sœurs et frères

se détestent, où les oncles et neveux s abhorrent, où 11 n'y a, en un mot, aucune communauté d'idées, de sentiments.

Ce cas est tellement fréquent qu'on en arrive même à s'étonner parfois du bon accord qui existe par contre dans d'autres groupes familiaux. Et pourtant il semble que ce devrait être chose toute naturelle que de posséder entre soi cette entente, cette affection, qui aplanissent dans la mesure du possible les difficultés de la vie ou qui, tout au moins, aident puissamment à les supporter.

Hélas ! l'harmonie n’est pas une vertu des familles terrestres. Ce n'est pas là qu'il faut la chercher ; et à part l’admirable sentiment maternel, en général très au-dessus des discordes, (car une mère aime son enfant, même s'il est absolument indigne de cet amour), à part ce sentiment, dis-je, la tendresse des autres membres, frères, sœurs, oncles, neveux, est subordonnée à toutes les causes, aux caprices multiples de l’égoïsme incapable de se laisser dominer par le dévouement et la solidarité.

Il s'agit maintenant de savoir si l’homme est véritablement responsable des antipathies ou inimitiés qu'il peut ressentir pour tel ou tel membre de sa famille. Est-ce réellement de sa faute, s’il n'éprouve aucun attrait pour cette grand'mère ou ce grand-oncle ? Est-1l coupable s'il ne ressent que de l'indifférence pour ses sœurs ou ses cousines ?

Mais, quels que soient les torts réciproques que les membres d'une famille peuvent avoir vis-à-vis les uns des autres, on ne peut leur infliger que le blâme qu'on doit infliger à tout ce qui tend à souffleter la charité.

Ce n’est pas, en effet, parce qu'ils sont frères, parce qu'ils ont entre eux un lien de sang qu'on peut et doit exiger d'eux l’abstention absolue de l'indifférence. Remarquez bien que je dis à dessein ce mot «indifférence »; car pour ce qui est de l’inimitié et de l’antipathie, ce sont deux sentiments essentiellement mauvais, et l’effort de l’homme doit être de tendre perpétuellement à les éliminer de son cœur, lorsqu'il les possède ; et cela aussi bien vis-à-vis de ses amis que vis-à-vis de ceux qui le touchent directement. à

Pourtant il est clair que ces sentiments sont particulièrement odieux, lorsqu'ils s'adressent à la famille. Si l'Esprit cherchant à se réincarner a fait choix d'un milieu, il est seul responsable des conséquences qu'aura un acte plus ou

moins mûri. Ilne devient pas membre d’une famille pour y apporter le trouble,

la méchanceté, la haine, mais, bien au contraire, pour y mettre son contingent

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