‹ Nos invisiblesChapitre 32 sur 203 · CE RES · texte numérisé non relu

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Ce qui la peine plus que tout, c’est le regret que ses aimés ne puissent se souvenir. car sielles se souvenaient, les âmes terrestres, oh! combien leur souffrance serait adoucie !

Le soir, en effet, lorsque le corps fatigué du labeur d'une journée, harassé par les soucis, vaineu d'avance en pensant à la tâche du lendemain, se repose en cherchant dans le sommeil l'oubli et la paix, l'âme du dormeur peu éprise d'ombre, mais curieuse d’éternité, s'envole vers les espaces où évolue celui ou celle qu’elle pleure. L'alliance du corps et de l'esprit cesse momentanément, et ce dernier prend sa revanche, 1l pleure de joie en retrouvant son àme sœur, il se désole aussi en pensant qu'il va falloir la quitter de nouveau, puis il sourit lorsqu'il entrevoit que le terme définitif de sa vie terrestre est proche.

Voilà pourquoi, hélas ! le réveil matinal est tantôt baigné de larmes et tantôt embelli de sourires. Que de fois ne s’est-on pas posé cette question troublante au sortir de cet état qui s'appelle sommeil : « Pourquoi ai-je le cœur sioppressé? » ou encore : « Quelle raison ai-je de sourire aujourd'hui plutôt qu'hier? Cette journée ne me rendra pas ceux que je pleure... »

L'esprit emprisonné de nouveau par le lourd cerveau, par la carapace'de chair, ne peut répondre ; il reste muet devant la question, il ne peut dire :

— Tues triste, parce qu'il ta fallu t'arracher des bras de celle dont la demeure n est plus ici-bas, — tu souris, parce qu'elle t'a promis d’être auprès de toi tout le long du jour. |

Le dédoublement est une consolation dont l'âme incarnée garde rarement la mémoire. Les quelques exceptions qui ont le bonheur de se rappeler ne doivent pas garder pour elles seules ces souvenirs. C’est en les divulguant qu’on peut rendre la consolation aux mères éplorées, l'espoir aux épouses désespérées, la paix aux sœurs inconsolables. Les faits de dédoublement, de télépathie, sont dûment prouvés ; leur affirmation démontre péremptoirement la survie consolante où l'accord et la réunion des âmes n'existent pas seulement sous l'aspect d'un rève, mais durent autant que Dieu lui-même.

Dickens.

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