CHAPITRE X
Avant d'aborder cette étude sur l’état particulier des âmes qui sont encore éloignées du repos et du calme, je tiens essentiellement à dire ici que ces lignes ne s'adressent qu'aux seuls convaincus de la réalité d’une existence immortelle immédiate après la mort du corps. Pour ceux qui nient cette vérité et n’accréditent que le néant, les pages qui suivent resteraient sans intérêt ; elles ne sembleraient être qu une élucubration tout au plus bonne à amener un sourire de pitié sur les lèvres des sceptiques. Ces données ne pouvant s'appuyer sur aucun contrôle, je ne m'attacherai pas à chercher des arguments irréfutables en faveur de ce que J avance, mais Je parlerai simplement avec toute la liberté d’un Esprit qui n'a plus n1 critique à craindre ni louange à récolter, et je poserai d’abord en premier lieu cette question dont la réponse formera la base de ce thème : qu’estce que les âmes souffrantes ?
I ne s agit plus ici de confondre la souffrance du corps avec celle de l'âme. Les sensations de l’un et les douleurs de l’autre sont choses essentiellement différentes, et je ne sais hélas! laquelle de ces deux épreuves l'emporte sur l’autre au point de vue de l'acuité, de la persistance.
C'est l’âme seule, c’est-à-dire débarrassée du corps, qui nous occupera. Son
impérissabilité lui vaut hautement cette préférence, et nous pouvons ajouter
ES . ns = | À - : au ”
111 i + : nn n Û : ‘ LR 1 ‘ | 4 41 ‘4 | Hat 41 4 1 (El À TOUN LA21 | A.
PT! à À A} (l Di | NE O2 € 1!
ne | [B,:4 4! e | :
ER 1
LR 1 ü { 4 ,
- “ Fe à
4o NOS INVISIBLES
que, lorsque cette âme est à l’état de souffrance, elle est digne des plus profondes compassions, des plus entières sollicitudes.
L'âme souffrante de l'au-delà est une âme en mal de regrets. N'ayant plus les préoccupations quotidiennes des jours terrestres, elle n’en reste pas moins accablée par un incurable ennui, par une lassitude profonde. Elle ne sait s1 la survie st préférable au néant, ou si c’est le néant qui lui est supérieur ; elle voudrait tout à la fois être et ne pas être; elle a peur de vivre, et s épouvante d'avoir à renaître. Prise dans toutes les fluctuations de l'irrésolution, elle erre sans but, traîne péniblement ses pas dans l’espace. La terre l'attire ct l'effraye aussi; ce sol contient des jouissances qu'elle regrette ; elle à de l’attirance pour l'humanité, mais ne peut se résoudre à reprendre contact avec la souffrance corporelle.
Cependant le découragement qu'elle endure est plus terrible en lui-même que ces maladies qu’elle redoute, que ces soucis qu'elle appréhende. Douée à présent d'une mémoire impeccable et implacable, son existence passée défile sous ses yeux en lui remémorant avec minutie ses coupables négligences, ses chutes profondes, ses fautes préméditées.
Oh ! si, afin d'oublier ce passé, 1l lui était donné de plonger ses regards sur l'éternité de paix où elle trouvera la connaissance complète des problèmes 1gnorés, l'oubli absolu du passé, comme elle se sentirait de force à lutter contre la torpeur, l’accablement! Hélas ! cet avenir brillant, elle l'ignore ou ne le voit que d'une manière trop imparfaite pour qu'il soit une consolation. Enténébrée dans un présent qui fait corps avec le passé, elle reste fascinée par la vue de l’inutile stage qu'elle vient d'accomplir sur l’infime terre ; elle est morne, et n’entrevoit même pas le moyen de sortir de sa torpeur.
Cette prostration est le lot de toutes les créatures souffrantes. Elles peuvent la subir avec plus ou moins de force, elles peuvent même souffrir différemment. Telle regrettera de n’avoir pas assez veillé sur les enfants confiés à ses soins, telle aura à déplorer d’avoir gaspillé les minutes précieuses de l’existence, telle autre se lamentera d’avoir mené une vie toute d’ostentation, mais toutes traîneront avec elles cet inéluctable ennui qui les enveloppera comme d’un brouillard gris jusqu'au Jour des grandes résolutions et des violents efforts.
Nos pères, absolument pénétrés de la croyance en un Dieu anthropomorphe, ont pendant longtemps chargé celui-ci des pires responsabilités. Avec naïveté ils
se l'imaginaient tel qu’ils étaient eux-mêmes, sans penser un seul instant que le
D 00 + re + hr
… mt. M EE
nègre, de son côté, devait forcément se représenter le maître des mondes comme
lui, que l’asiatique lui prêtait ses coutumes, et qu'ainsi les croyances diverses de races dissemblables détruisaient fatalement FUnité divine, Aujourd’hui où, grâce
au travail lent et patient des siècles, notre horizon a fini par s'élargir, nous avons
L jte Er Re — RS PRE + / en
moins de témérité, et nous repoussons, comme étant incompatible avec nos facul-
tés cérébrales, la définition de la Cause des causes. En revanche nous commençons à comprendre que nous possédons en nous un reflet de cet indéfinissable Inconnu qui à nom « Dieu », tandis que, lui, ce reflet, s'appelle la conscience humaine ou contrôle des bonnes et mauvaises actions qui s'offrent à notre champ d'action simultanément,
De lobéissance plus où moins grande, plus où moins complète, que nous mettrons à suivre l'injonction de cette conscience, dépendra notre situation d’'Esprit. Si, durant la vie terrestre, nous ne corrompons pas cet admirable censeur dont le rôle doit être de repousser tout compromis, nous pouvons être certains d'appartenir, au jour de la désincarnation, à la catégorie des Esprits heureux, de ceux-là même qui répondent victorieusement, lorsqu'on les interroge par communication médiantmique, « qu'ils sont heureux et n’ont pas besoin de prières pour améliorer leur sort ».
S1, au contraire, la voix de la conscience n’a été écoutée en rien, si ses sommations ont été perpétuellement repoussées, le nouveau désincarné s’enrôlera immédiatement dans la catégorie des âmes souffrantes, non pas qu'il soit appréhendé dès son arrivée dans l'au-delà comme le serait un vulgaire voleur terrestre,
mais tout simplement parce que sa conscience, se trouvant débarrassée de toutes
les entraves matérielles qui assourdissent sa voix, devient instantanément sa
ee. te me ie,
maitresse absolue et érige devant ses yeux une montagne de remords qui intercepte toute communication, toute vision sur le sublime paysage de l'avenir.
Et ce sont les vaincus de l'existence qui font partie de cette triste pléiade, ceux qui n'ont pas voulu repousser énergiquement la tentation, mais qui ont cherché avant tout la satisfaction de leurs impérieux désirs au lieu de les refréner, ceux qui ont préféré fouler aux pieds toutes ces choses saintes qui s'appellent
l'honneur, la probité, la bonté, le dévouement, pour leur substituer le déshon-
£ a PORTES RE nt do e RE at = Con RÉ > = + és D - Es ire — — en —e— - - = . pee 5 — > M r Rs ee nl + Gr mme em à __ à — “ : ER J Er. ér 14 - Fe a = « - = € - - … - ”
neur, la dureté, légoïsme, L'or à fasciné les uns, l’intérêt a hypnotisé les autres, et, tout en sachant
pertinemment qu'ils agissaient mal, ils ont fait taire la voix de la conscience en