CHAPITRE XV
Il est un âge où toutes les rigueurs et toutes les tristesses semblent accabler plus particulièrement l’homme, un âge où le souvenir même des espérances parait s’anéantir dans l’ombre toujours menaçante et toujours grandissante du tombeau, un âge où l’on ne peut même plus pleurer, parce que la source des larmes est tarie, où l’on ne sait plus sourire, parce que le cœur ne se réchauffe plus à aucun rayon de Joie.
Et pour comble d’opprobre, de douleur, lorsque les vieux passent dans les sentiers, la tête tremblante à force d’avoir souffert, le corps courbé sur la terre à qui il semble adresser l’humble supplique de ceux qui, n'ayant plus rien à glaner, n'aspirent plus qu’à la pierre de la tombe; lorsque ces vétérans de l'existence passent, les enfants, les jeunes, les mûrs, pris d’un insurmontable effroi, s’éloiœnent, comme s'ils avaient senti passer auprès d’eux le soufile glacé de la mort, faucheuse infatigable de vieillesse, d'enfance et de jeunesse. Puis 1l semble aux jeunes que la vieillesse traîne déjà avec elle l'odeur nauséabonde du cadavre. C'est pourquoi ils préfèrent à ce mort déambulant péniblement dans les chemins, le mort réel, et c'est ainsi que, dans les villages, on peut voir l'enfant jouer en toute
insouciance sur l'herbe du cimetière, tandis qu'il ira s’acharner, les mains pleines
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