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nements fâcheux, pourra se trouver soudainement l'être le plus abandonné, le plus disgracié; et, si par hasard il échappe à cette loi, ceci ne lui est nullement une garantie pour son avenir d'Esprit où il ne peut espérer le bonheur qu'à l’expresse condition d’avoir payé sa dette à l'épreuve.
Comment, du reste, oser se plaindre, et serévolter lorsqu'on lit la vie du Christ? Car cet Esprit, si pur qu’il semblait n'avoir plus rien à apprendre, et encore bien moins à expier, n'échappe pas à cette loi. Comment ne pas admettre l’utihité de cette souffrance, lorsqu'on constate qu'il paraît n'être venu sur terre que pour donner un exemple éclatant de son utilité, et prouver ensuite par les apparitions qui furent appelées résurrections, que ce chemin de douleur l'avait mené au lieu de gloire?
Mais l'homme, en général, s’appesantit peu sur cet exemple.
Il a horreur de l'épreuve, il la déteste, la repousse, injurie Dieu en injuriant la destinée, et ne comprend pas un seul instant que son bonheur futur est étroitement lié à sa vie d'épreuves.
Les désespérés, ceux-là même qui n'ont aucune foi dans leur avenir céleste, ceux qui n'envisagent que la hideuse réalité de la destruction d’un corps, sont encore ceux qui sont les plus à plaindre dans ce chemin d'ombre.
Le pourquoi de la vie leur échappe ; ils ignorent où peut se trouver la clé du mystérieux dénouement, et lassés, terrassés, ils marchent imcompréhensifs dans les ténèbres, sans se douter un seul instant qu'à leur insu 1ls marchent vers la pleine lumière.
Cependant tous ne souffrent pas également: et, si je ne craignais d'ajouter au découragement déjà si profond qui anéantit l'humanité, je dirais que les êtres sur qui la souffrance a le plus de prise, qu’elle soit morale ou physique, sont justement ceux qui sont les plus affinés et les plus élevés, parce que chez eux l'incompatibilité avec cette souffrance est particulièrement caractérisée.
Pour la supporter sans trop de faiblesse, il est utile de se souvenir que plus elle est grande et plus on peut l’envisager comme un présage certain des Jours très proches de bonheur et de paix.
Ceci c'est le premier moyen. Mais, à côté, il en existe un autre d’une philoso-
phie peut-être moins élevée, mais qui n’en est pas moins utile, c'est de conclure
un pacte avec la confiance. S’abîimer continuellement dans les soucis d'avenir, ne
vivre la journée présente qu’en pensant à celle du lendemain, est une méthode
absolument déplorable, Si l'homme n’a pas été créé pour faire son occupation exclusive de la jouissance dans tout ce qui l'entoure, il ne lui est non seulement pas interdit, mais, bien mieux, 1l lui est ordonné de goûter dans toute sa plénitude la joie procurée par le rayon de soleil fugitif qui lui est envoyé de temps à autre.
La souffrance ne doit être envisagée que comme un moyen pénible de progrès. Pour que ce moyen soit moins sévère, il faut la supporter en regardant plus loin sur les horizons de lumière qui sont le débouché immédiat de ce tunnel où s’engouffrent pêle-mêle l'injustice, l'ingratitude, la douleur physique, l'angoisse et le doute. Il faut, en un mot, avoir foi dans l'immortalité, dans la bonté créatrice et fécondante de l’indéfinissable Cause de toutes Causes, qui semble n'avoir rien créé, n1 rien permis en vain, mais dont, au contraire, les moindres actes paraissent
être le résultat d’une sagesse éminemment forte, raisonnée et compatissante.
RENAN
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