PREMIER TABLEAU
Le Cloître
Le théâtre représente le cloître sombre, où n'arrivent que des carrés de lune vive, d'une abbaye désaffectée au temps des Vandales. Les maîtres actuels sont absents : c'est l'hiver, ils ont gagné les pays plus cléments. Les Ames du passé, vieillards drapés de frocs désuets, vieilles barbes blanches, 'es yeux pâles comme de l'eau laiteuse, errent çà et là.
Elles échangent de courts dialogues variés d'où ressort cette haute leçon philosophique :
« C'est une des plus profondes tristesses humaines, que d'avoir dans son passé des injustices dont toutes les routes sont, pour ainsi dire, barrées derrière nous, dont il n'est plus possible de retrouver, de rejoindre, de relever ou de consoler les victimes. C'est une des douleurs qui s'oublient le moins vite que d'avoir abusé de sa force pour dépouiller le faible qui a définitivement succombé... » etc., etc.
DEUXIÈME TABLEAU La cabane du Jardinier
Intérieur simple, pauvre, du jardinier-concierge de la vieille abbaye. — Soir d'hiver. — Sur la table, près de la fenêtre, une lampe fumeuse est allumée, elle éclaire à peine d'une faible lueur jaune. — A côté de la table, la porte de la maison. — Cheminée à manteau ; au fond de l'âtre une bûche s'endort sous la cendre grise. — Au fond, de l'autre côté de la fenêtre, un berceau couvert aux trois quarts d'un rideau de mousseline rose.
(Au lever du rideau, Papa Tys, le jardinier, Maman Tys, sa femme, Ydeline et Passiflore, leurs filles, sont assis autour de la table. Dans le berceau on voit Tytys, l'enfant de six ans, qui sommeille).