M°» PETITJEAN
ivÂQUB DE MYRIOPHITB^ VICAIRE APOSTOLIQUE DU JAPON
Entre la vie de Mgr Ridel et celle de Mgr Petitjean, il y a plus d'une analogie, mais aussi des différences nombreuses et profondes.
Tous les deux ont vécu à la même époque, à peu près le même nombre d'années; ils ont exercé le ministère paroissial en France; ils ont été missionnaires, l'un ffli Corée, où tout Européen était condamné à mort, l'autre au Japon, où le catholicisme était proscrit ; tous les deux sont morts évêques la même année. Ce sont là les ressemblances.
Voici les différences : au moment où Mgr Ridel pénètre en Corée, pendant une nuit sombre, à la faveur d'un déguisement, Mgr Petitjean entre au Japon, au grand jour, gardé par l'Europe et par les traités. Pendant que le premier parcourt en secret un immense district, confessant et baptisant, le second reste à Nagasaki sans avoir la liberté de prêcher et de convertir.
ii6 NOS MISSIONNAIRES.
Lorsque Mgr Ridel quitte la mission de Corée agoni- ii santé sous le glaive des persécuteurs, Mgr Petitjean it retrouve pleine dévie l'Église du Japon. L'un multiplie k les tentatives pour rentrer dans sa mission désolée, et ^ l'autre organise la sienne, fonde des écoles et deshâpi* i taux/élève des églises, construit des séminaires. Tandis ii que le Vicaire Apostolique de Corée languit dans les -i prisons de Séoul,le Vicaire Apostolique du Japon diviseen 'deux parties sa mission devenue trop importante. L'un ^ s'endort de son dernier sommeil sur la terre de France ^ et Vautre repose au pied de l'autel de la chapelle de t Nagasaki. ^
Tous les deux cependant ont eu le même but, la ■ même intelligence pour comprendre le bien, la même 'énergie pour l'accomplir ; tous les deux ont dépensé leur vie pour Jésus-Christ et pour les âmes ; l'un a vu tous ses travaux couronnés de succès, et l'autre tous ses efforts en apparence inutiles. Mystère insondable des destinées humaines et des vouloirs divins. Il y a des élus de la souffrance et des élus de la joie : Mgr Ridel fut un élu de la souffrance, Mgr Petitjean, un élu de la joie. A tous les deux Dieu a donné la suprême et glorieuse récompense promise aux bons et fidèles serviteurs.
Mgr Bernard Thaddée Petitjean est né àBlanzy, dans le diocèse d'Autun, le 14 juin 1829.
« Au catéchisme, l'enfant se fit remarquer par son
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recueillement et sa piété. Le curé de Blanzy ayant discerné chez lui de sérieuses aptitudes à la vocation ecclésiastique, lui facilita généreusement les moyens de correspondre à Tappel de Dieu, et l'admit dans une école de latin où il fit faire lui-même à Bernard toutes ses études classiques. Le jeune écolier avait de l'ouverture d'esprit, de l'application, un grand désir de bien faire. Dès cette époque, il lisait avec une avidité remarquée de son maître et de ses condisciples, le recueil des Annales de la Propagation de la Foi, et s'enquérait avec un intérêt particulier de tout ce qui touchait aux missions chez les peuples infidèles.
« Après avoir achevé son cours de théologie au grand séminaire d'Autun, il passe deux ans au petit séminaire comme professeur. De 1854 à 1856, il exerce le saint ministère à Verdun,où il laisse les meilleurs souvenirs. Pendant les deux années suivantes, il parcourt le diocèse en qualité de missionnaire.
« Au témoignage de son supérieur, l'abbé Petitjean obtint des succès remarquables dans les diverses missions auxquelles il fut employé. Il gagnait tous les cœurs par sa voix sympathique, sa parole pleine d'onction, sa piété et sa modestie.
« Le 27 décembre 1858, il fut désigné pour être aumônier des sœurs du Saint-Enfant- Jésus, dont la maison-mère et le noviciat sont établis à Ghaufifailles.
« n ne devait y demeurer que six mois. Le 30 juillet 1859, âgé de trente ans, voulant obéir à la voix intérieure qui le pressait de consacrer le reste de sa vie à l'évangélisation des nations infidèles, il quitta le dio-
cèse et sa rendit au Séminaire des Missions-Étrangères, à Paris.
« On se souvient encore dans la paroisse que craignant d'être arrêté dans l'exécution de son projet, le futur émule des labeurs de saint Paul s'échappa, pendant la nuit,du presbytère deChauifailles, où il logeait; comme l'apôtre, il descendit par une fenêtre pour s'échapper sans être aperçu. Per fenestram in sporta dimissm sumpermurumet siceffugiQI Cor. xi, 33)^ »
M. Petitjean était au Séminaire depuis plus de huit mois, et l'époque de son départ pour les missions était proche, lorsqu'un événement inattendu en avança le jour et en fixa le but. Plusieurs jeunes missionnaires attendaient à Bordeaux le moment de s'embarquer ; un d'eux,leP. Berthet,qui était destiné pour le Japon, mourut subitement,et M. Petitjean fut envoyé en toute hâte pour prendre sa place à bord et en mission.
« Il avait donc travaillé pendant sept ans dans le diocèse de son baptême et de son sacerdoce, et il y avait exercé les emplois les plus divers : tour à tour maître et professeur de la jeunesse, vicaire, missionnaire, aumônier d'une importante communauté religieuse : c'est ainsi que la Providence le préparait à cet apostolat des missions étrangères, où le prêtre de Jésus- Christ doit cumuler, dans la multiple unité d'une vie dévorée par le travail, toutes les fonctions du saint ministère ^. »
^ Lettré pastorale de Mgr Vévéque d'Aulun»
A son arrivée à Hong-Kong, il fut envoyé aux îles de Lieou-Kîeou, près du P. Furet, resté seul depuis le départ pour le Japon des PP. Girard, Mounioou et Mermet. Situées entre la Chine et le Japon les lies Lieou-Eieou sont au nombre de trente-six. Ou- Sjgna» l'Ile principale, compte environ soixante mille habitants; elle a pour capitale Ghoui, Nafa en est le port le plus fréquenté. C'est dans cette dernière ville que le P. Petitjean résida pendant deux années. Sa vie fut tout entière consacrée à l'étude et à la prière.
L'heure de prêcher n'avait pas encore sonné. L'empire Japonais, inaccessible depuis des siècles, avait cependant été contraint d'ouvrir ses portes au commerce étranger. En 1854, il avait signé un traité avec les États-Unis, en 1856 avec la Hollande, en 1858 avec la France.
L'article 4 de ce dernier traité est ainsi conçu :
« Les sujets français au Japon auront le droit d'exercer librement leur religion et, à cet effet, ils pourront y élever, dans le terrain destiné à leur résidence, les édifices convenables à leur culte, comme églises, chapelles, cimetières, etc., etc.
« Le gouvernement japonais a déjà aboli dans l'empire l'usage des pratiques injurieuses au christianisme.»
C'était un premier pas vers la liberté. En 1863, le P. Petitjean fut appelé à Yokohanja d'abord, et à Nagasaki ^suite avec le P. Furet.
Les deux missionnaires commencèrent la construction d'une chapelle dédiée aux premiers martyrs japonais et qui devait être le théâtre de la résurrection de l'Église du Japon. Ils eurent plus d'un obstacle à vaincre pour réussir dans leur entreprise; tantôt c'était le gouvernement, tantôt les ouvriers, dont la mauvaise volonté arrêtait les travaux, d'autres fois l'argent fiûsait défaut, et il fallait s'adresser aux colonies européennes de Nagasaki,de Yokohama ou de Shang-haï^afin d'obtenir quelques secours.
Le P. Petitjean nous a gardé le souvenir d'une de ces difficultés et de la manière dont il la surmonta.
« Vers les premiers jours du mois de décembre, raconte-t-il, le constructeur menaçait de suspendre les travaux. Sur ces entrefaites, le gouverneur de la ville m'envoie deux de ses oflSciers avec prière d'accepter une chaire de professeur de français au collège qu'il vient de fonder pour l'étude des langues étrangères. Je réponds aux envoyés que, malgré tout mon désir d'être agréable à leur noble maître, il m'était impossible de donner une réponse avant d'être délivré des soucis de construction. — Mais quand désirez- vous que votre temple de la prière soit achevé, demandèrent-ils. J'indique le premier janvier. Ils me quittent sur cette parole, promettant de revenir bientôt. Dès le lendemain, les ouvriers arrivèrent en nombre triple ; on travailla le jour et la nuit si bien que l'église sç trouva achevée au temps désigné.
« La reconnaissance m'obligeait à répondre aux prO'» positions du gouverneur. Q'est le 6 janvier, fête de
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l'Epiphanie, que j'ai commencé mon cours de langue firançaise. N'était-ce pas un beau jour ? Qu'il soit véritablement pour mes élèves et pour ceux qui me les ont confiés, le jour de la manifestation de la foi et du retour à notre sainte religion. J'aime à espérer que ces leçons de langue française auront un bon résultat; elles feront au moins connaître mieux le prêtre catholique dont le caractère a été si complètement dénaturé aux yeux du gouvernement japonais. »
La chapelle fut inaugurée le 19 février 1865.
Tous les navirps européens, présents sur la rade de Nagasaki, voulurent prêter leur concours à la fête. La corvette russe, Variag, la corvette hollandaise, Ams-
terdam, la corvette anglaise, ilrgfw^, avaient député une partie de leur équipage pour se joindre au cortège. La France était représentée par son consul, par un détachement des marins du Kien-Chan, sous le commandement de M. Poutier, officier en second, et par les commerçants français établis à Nagasaki. Le commandant en chef de la division russe avait mis sa musique militaire à la disposition de M. Trêve, lieutenant de vaisseau, commandant le Kien-Chan. Une salve de vingt et un coups de canon, tirés par la batterie du Kien-Chan, annonça la fin de la cérémonie, et jusqu'au coucher du soleil, un faisceau de drapeaux de toutes les nations représentées au Japon flotta sur le sommet de l'église. Admirablement située sur le penchant d'une colline
qui domine la rade et la ville de Nagasaki, la nouvelle chapelle fut bientôt le rendez^vous d'une ft)ule de visi^ teurs. Mais ceux-ci « semblaient n'v êti^ nttiïés que.
m NOS MISSIONNAIRES.
par une curiosité tout humaine, et, à leur égard, lé zèle et le dévouement des missionnaires paraissaient frappés d'une complète stérilité.
«Ne restait-il donc plus rien, au Japon,de l'admirable chrétienté à laquelle avaient donné naissance la parole enflammée et les miracles de saint François-Xavier? de cette chrétienté qui, surabondamment arrosée et fécondée par le sang des martyrs pendant les dernières années du seizième siècle, comptait, au commencement du dix-septième, environ dix-huit cent mille fidèles ?
< Il est vrai que, surtout depuis 1640, le Japon, était devenu absolument inaccessible aux Européens (à l'exception des Hollandais) et surtout aux mission* naires catholiques.
« L'édit fameux qui fut publié en cette année, immé* diatement après l'exécution de quatre ambassadeurs portugais, arrivés de Macao et débarqués à Nagasaki, s'exprimait en ces termes : « Tant que le soleil échauf* « fera la terre, qu'il n'y ait pas de chrétien assez hardi « pour venir au Japon. Que tous le sachent : quand ce « serait le roi d'Espagne en personne, ou le Dieu des « chrétiens, celui qui violera cette défense le paiera de « sa tête. »
« Ainsi fut-il fait en 1642, en 1647, en 1666, en 1709, c'est-à-dire à chaque tentative entreprise du dehors, pour essayer de porter les secours de la religion aux descendants des néophytes que le bras de saint François- Xavier s'était lassé à baptiser, et des glorieux martyrs qui avaient été cloués à la croix comme le Fils de Dieu et pour l'amour de lui*
• Toutefois, à quelques indices [recueillis avec une pieuse avidité depuis le rétablissement de l'apostolat cattiolique dans lËxtréme-Orient, particulièrement en 1831 et 1838^ par nos missionnaires en Corée, il était permis de supposer que, malgré les terribles et persistantes rigueurs déployées pendant deux siècles et demi contre les adorateurs du vrai Dieu, tout vestige du christianisme n'avait pas disparu du Japon, et qu'un jour peut-être, s'il était possible de pénétrer dans Tintérieur du pays au delà des ports ouverts aux Européens, on retrouverait cachées, sous la cendre épaisse des superstitions païennes, quelques étincelles de la foi véritable *. »
Ce fut au P. Petitjean que la Providence réserva 1 incomparable honneur et l'ineffable joie d'être Tinstrument de cette découverte.
n a raconté dans des pages émouvantes comment il fat mis sur les traces de cette Église chrétienne que l'on croyait complètement anéantie.
• Un mois à peine s'était écoulé depuis la bénédiction de l'église de Nagasaki. Le 17 mars 1868, vers midi et demi, une quinzaine de personnes se tenaient à la porte de l'église. Poussé sans doute par mon bon ange, je me rends auprès d'elles et leur ouvre la porte. J'avais à peine eu le temps de réciter un Pater que trois femmes
1 UUn poitoràU de Mgr Vévéquê d*Autun.
de cinquante à soixante ans s'agenouillent près de moi et me disent, la main sur la poitrine et à voix basse :
« — Notre cœur à nous tous qui sommes ici ne diffère point du vôtre.
« — Vraiment I Mais d'où êtes-vous donc ?
« Elles me nomment leur village et ajoutent :
« — Chez nous, presque tout le monde nous ressemble.
« Soyez béni, ô mon Dieu ! pour tout le bonheur dont mon âme fut alors inondée. Quelle compensation d^ cinq années d'un ministère stérile ! A peine nos chers Japonais se sont-ils ouverts à moi qu'ils se laissent aller à une confiance qui contraste étrangement avec les allures de leurs frères païens. Il faut répondre à toutes leurs questions, leur parler de Deous sama, Yaso sama, santa Maria sama, noms par lesquels ils désignent Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge. La vue de la statue de Notre-Dame avec l'enfant Jésus leur rappelle la fête de Noël, qu'ils ont célébrée au onzième mois, m'ont-ils dit. Ils me demandent si nous ne sommes pas au dix-septième jour du temps de tristesse (carême). Saint Joseph ne leur est pas non plus inconnu ; ils l'appellent : le père adoptif de Notre- Seigneur : Yaso samano yo fou. Au milieu des questions qui se croisaient, un bruit de pas se fait entendre; tous aussitôt de se disperser. Mais dès que les nouveaux arrivants sont reconnus, tous accourent en riant de leur frayeur.
« — Ce sont des gens de notre village, ils ont je mêipe cœur que pous,
c n Mlut pourtant se séparer afin de ne pas éveiller les soupçons des officiers dont je redoutais la visite. »
Le jeudi et le vendredi saints, 13 et 14 avril, quinze cents personnes visitent l'église de Nagasaki ; le presbytère est envahi ; les fidèles en profitent pour satisàire en secret leur dévotion devant les crucifix et les statues de la sainte Vierge. Les premiers jours de mai, les missionnaires apprennent l'existence de deux mille cinq cents chrétiens disséminés dans le voisinage de la ville. Le 10, les chrétiens viennent en si grand nombre que, pour les soustraire au danger d'être reconnus par les satellites, on doit fermer l'église une partie de la journée.
« Le 15 mai, écrit le P. Petitjean, arrivent les députés d'une île peu éloignée d'ici. Après un court entretien, nous les congédions, ne gardant auprès de nous que le catéchiste et le chef de la pieuse caravane. Le catéchiste, nommé Pierre, nous donne les plus précieux renseignements. Disons d'abord que sa formule de baptême ne diflfère pas de la nôtre et qu'il la prononce très distinctement. Il reste encore, affirme-t-il, beaucoup de chrétiens dans tout le Japon, un peu partout, n me cite, en particulier, un point où sont groupées plus de mille familles chrétiennes. Il nous interroge ensuite sur le grand chef du royaume de Rome, dont il désire savoir le nom. Lorsque nous lui disons que l'auguste vicaire de Jésus-Christ,le saint pontife Pie IX, sera bien heureux d'apprendre les consolantes nouvelles que lui et ses compatriotes chrétiens viennent de nous donner, Pierre laisse éclater toute sa joie. Et
néanmoins^avant denous quitterai! veut s'assurer encore si nous sommes bien les successeurs des anciens missionnaires.
« — N'avez-vous point d'enfants? nous demande-t-il d'un air timide,
« — Vous et tous vos frères chrétiens et païens du Japon, voilà les enfants que le bon Dieu nous adonnés. Pour d'autres enfants, nous ne pouvons pas en avoir; le prêtre doit, comme vos premiers apôtres, garder toute sa vie le célibat.
« A cette réponse, Pierre et son compagnon inclinent leur front jusqu'à terre en s'écriant :
« — Ils sont vierges. Merci ! merci ! »
Le lendemain, tout un village chrétien demandait la visite des missionnaires, et deux jours après six cents autres chrétiens envoyaient à Nagasaki une députation de vingt personnes. Au 8 juin, vingt-cinq chrétientés étaient connues des missionnaires et sept baptiseurs s'étaient mis en relation directe avec eux.
« Ainsi, en l'absence de tout secours extérieur, sans les sacrements, sauf le baptême; par l'action de Dieu d'abord, puis grâce à la fidèle transmission dans les familles des enseignements et des exemples des chrétiens et des martyrs japonais des seizième et dix-septième siècles, lé feu sacré de la foi véritable, ou du moins une étincelle encore ardente de ce feu était demeurée dans un pays tyrannisé par le gouvernement le plus despotique et le plus hostile à la religion chrétienne I ! I II n'y avait donc qu'à souffler sur cette étincelle et à en ranimer la flamme pour réaliser une fois de plus le vœu exprimé
par le Sauveur : < Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que veux-je, sinon qu'il s'allume * ? »
Ce fiit là» on peut le dire, l'œuvre la plus importante et aussi la plus ardue du P. Petitjean ; le succès exigeait beaucoup de patience, de travail et de prudence. Il fallait, en effet, au milieu de difficultés et de périls de toutes sortes, dissiper les doutes des chrétiens, rassurer leur timidité, fixer leurs hésitations, contenir les ardeurs imprudentes, éloigner lés dangers d'une persécution menaçante, et préparer les fidèles au combat et au martyre. Tout cela, le P. Petitjean l'entreprit et le réalisa avec un rare bonheur.
Cependant, les événements de Nagasaki n'avaient pu demeurer entièrement secrets. Pie IX en avait été le premier confident. Le grand Pape, en apprenant ces détails, n'avait pu retenir des larmes de bonheur.
La Providence avait clairement indiqué f instrument qu'elle avait choisi pour faire sortir du tombeau l'Église du Japon, les hommes ne pouvaient qu'accepter ce choix avec joie et empressement. Le P. Petitjean fut nommé, en mai 1866,évêque de Myriophite et Vicaire Apostolique du Japon. Après avoir découvert les descendants des martyrs du dix-septième siècle, il allait les gouverner. Le sacre eut lieu à Hong-Kong, en octobre de la même année.
* Lettre pastorale de Mgr Vévêque d'Autwu
ISS NOS MISSIONNAIRES.
De retour dans sa mission Mgr Petitjean, aidé de ses anciens et nouveaux collaborateurs, se remit à Pœuvre, et déjà plusieurs milliers de chrétiens avaient été préparés à la réception des sacrements, quand éclata la persécution (novembre 1867).
Les néophytes furent en butte à des vexations de toutes sortes; des milliers d'hommes et de fenmies furent emprisonnés ou exilés, plusieurs centaines moururent de misère.
Au mois d'avril et au mois de juin 1868, deui édits impériaux proscrivirent la religion de Jésus-Christ, promirent un salaire aux délateurs et prononcèrent de rigoureux châtiments contre les chrétiens.
Le premier décret était ainsi conçu :
« Comme l'abominable religion des chrétiens est sévèrement prohibée, chacun sera obligé de dénoncer aux autorités compétentes toutes les personnes qui lui paraîtront suspectes ; une récompense lui sera accordée pour ce fait.
« Taiseicouan. »
Quatrième année keîo, troisième mois (Du 24 mars au 22 avril 1868)
Cet édit fut affiché aux portes de Yokohama, ville située sur la baie d'Yedo, et qui était la résidence des ministres étrangers.
Au mois de juin parut le second décret :
MONSEIGNEUR PETITJEAN. i%9