ÉV&QUE DB LARANDA, YIGAIRB APOSTOLIQUB DU T0NG-KIN6 MÉRIDIONAL
Missionnaire au Tong-Eing» aumônier des soldats français, évêque et diplomate, servant tour à tour l'Église et la France, la foi et la civilisation, gardant toujours et envers tous cette douceur, cette amabilité, œtte bonté que lui avait donnée la nature et qu*avait embellie la vertu, tel nous apparaît Mgr Yves-Marie Croc pendant les trente et un ans de ca carrière apostolique.
n naquit à Coaetreven, dans les Côtes-du-Nord, le 30 juin 1829 ; il mourut à Hong-Kong, en Chine, le 2 octobre 1885.
Après sa première communion, il fut envoyé au petit séminaire de Tréguier, oii il fit de très bonnes études; et, en 1849, il entra au grand séminaire de Saint-Brieuc.
<E II était toujours gai, plein d^entrain, nous dit un de ses amis les plus intimes ; d'une fidélité exemplaire au règlement. Â peine entré dans la cléricature, il ftit chargé du catéchisme des pauvres. Deux cents pauvres venaient, le dimanche et le jeudi, au séminaire, recevoir, avec l'aumône matérielle, l'aumône infiniment plus précieuse de l'instruction religieuse : l'abbé Croc eut là une belle occasion d'exercer son zèle; mais bientôt la lecture des Annales de la Propagation de la Foi et, si je me rappelle bien, la parole éloquente d'un évéque missionnaire, le décidèrent à se consacrer aux Missions-Étrangères ; et, en 1854, il partait pour leTong- King. »
La mission du Tong-Eing méridional comptait alors soixante-dix mille chrétiens, quatre prêtres européens, quarante-quatre prêtres indigènes, quatre-vingt-dix élèves dans les séminaires ; chaque année, le nombre des baptêmes d'adultes s'élevait de deux à trois cents, et le nombre des baptêmes d'enfants de deux mille cinq cents à trois mille.
Le P. Croc passa les premières années de son ministère caché tantôt dans une maison de chrétiens dévoués, tantôt dans les forêts ou sur une barque au bord du fleuve Gianh. Plus d'une fois, il faillit être pris par les satellites de Tu-Duc ; mais la Providence lui réservait de plus longs combats et de plus nombreuses victoires.
En 1859, à l'apparition de la flotte franco-espagnole sur les côtes de l'Annam, Mgr Gauthier répondit à l'appel de l'amiral Rigault de Genouilly et se rendit près de lui : le P. Oroc accompagna le prélat. Dans leur
pensée, tous deux ne devaient rester éloignés de leur mission que pendant une vingtaine de jours. C'était, hélas 1 un exil de plusieurs années qui commençait.
Cet exil, le P. Croc l'employa au service de la France. Voici ce que Mgr Bouché, évêque de Saint-Brieuc et de Tr^ier, dit à ce sujet : « L'amiral demanda un missionnaire pour l'adjoindre à son état-major comme interprète et en même temps pour se faire renseigner par lui sur la véritable situation du pays. Le P. Croc fut désigné par ses supérieurs pour ce poste important. Il apporta dans ces fonctions nouvelles Tintelligence et l'énergie qui le distinguèrent toujours, et il rendit de réels services au corps expéditionnaire. Le bon amiral, heureux de rencontrer dans son interprète un compatriote, en fit son commensal et bientôt son ami.
« Pendant les sanglantes journées de la bataille de Ki-Hoa, le P. Croc ne quitta pasTamiral Charner, et partagea les mêmes dangers. Nous avons souvent entendu le cher amiral, lorsqu'il rappelait, avec son héroïque modestie, les épisodes de ce grand fait d'armes, qui valut à la France la conquête de la Cochinchine, parler de Tentrain et de la gaîté communicative de son petit Breton. C'est ainsi que le vainqueur de Ki-Hoa aimait à désigner le P. Croc. L'amiral demanda et obtint pour son interprète la croix de chevalier de la Légion d'Honneur : le corps expéditionnaire applaudit à cette distinction si bien méritée. »
Après le traité du 5 juin 1862, conclu entre l'amiral Bonardet les plénipotentiaires annamites, Mgr Gauthier,
Mgr Pellerin, le P. Herrengt, provicaire de la Gochin* chine occidentale, envoyèrent trois missionnaires son* der les dispositions de Tu-Duc, et ses intentions au sujet du libre exercice de la religion catholique et de l'entrée des missionnaires en Annam. Les trois missionnaires choisis étaient les PP. Croc, Roy et Desvaux. L'amiral Bonard, tout en regrettant de ne pouvoir, avant la ratification du traité, leur donner une recommandation officielle, leur avait cependant donné une recommandation ofiicieuse pour les ministres et quelques présents pour les mandarins venus autrefois à Saigon; le colonel Palanca, commandant les forces espagnoles, avait fait de même. Mais, la veille du départ, l'amiral craignant, dit-il, de se compromettre, redemanda lettre et présents. Dès lors l'insuccès de la tentative parut certain. Néanmoins les trois missionnaires partirent le 23 juillet.
Le 5 août, ils arrivaient à l'embouchure de la rivière de Hué. Le capitaine du port fit administrer cinquante coups de rotin aux matelots qui les conduisaient. Le lendemain, un mandarin vint de la capitale pour recevoir leurs lettres; ils n'avaient que celle du colonel Palanca. On les prit pour des Espagnols.
— Nous sommes Français, dirent-ils.
— Alors pourquoi n'avez-vous pas de papier du grand chef des Français?
Les missionnaires durent répondre que, venus uniquement pour prêcher la religion et nullement pour s'occuper de politique, ils n'avaient pas cru cette formalité essentielle. Ce fut après bien des instances
seulement qu'ils obtinrent en partie ce qu'ils deman* daient. Le P. Roy fut conduit à Binh-Dinh ; mais les PP. Croc et Desvaux, débarqués à Dong-Hoi, restèrent m quelque sorte prisonniers : une garde d'honneur, ainsi appelée parce que les soldats qui la composaient fidsaient les fonctions de geôliers, empêcha les mission» naires de se mettre en rapport avec les Annamites chrétiens ou païens. Malgré les promesses des manda» fins, le P. Croc n'eut point l'autorisation de pénétrer dans sa mission,
Enfin, en 1863, il rentra au Tong-King en même temps que Mgr Gauthier. Tous les deux, cette fois, étaient munis de passeports ; cependant les mandarins les arrê' ièrent et les consignèrent dans un petit village situé sur les bords du Gianh. Quelques semaines plus tard, Mgr Gauthier écrivait : « La persécution recommence déjà sous mes yeux avec une violence inouïe. Je renvoie le P. Croc à Saïgon, afin de le conserver pour des temps meilleurs, car nous sommes à la veille d'un massacre général. » Mgr Gauthier avait, en effet, dis* cerné les hautes qualités qui distinguaient le P. Croc, et songeait à l'élever à la dignité épiscopale.
Heureusement, les craintes du vénérable évêque ne se réalisèrent point, et le P. Croc, après avoir rendu à la Sainte-Enfance et au Carmel des services dont on se souvient encore, rentra bientôt dans sa mission. Il fut alors chargé de l'arrondissement du Bô-Chinh.
Le Bô-Ghinh est une vallée d'environ cent vingt lieues carrées, où l'on reléguait au siècle dernier les criminels de tout l'Annam. C'était un lieu d'exil mal famé et fort redouté. Cependant, les missionnaires n'avaient pas craint de venir y prêcher la doctrine de Jésus-Christ, et de ce petit enfer d'Annam, comme on appelait le Bô-Chinh, leur zèle avait fait le vestibule du cieL
Cette contrée est entourée à l'ouest et au sud par une ceinture de hautes montagnes, un massif accidenté la sépare du bassin de la rivière de Dong-Hoï ; on voit encore sur les flancs de ses collines les ruines de fortes murailles qui, jadis,séparaient le Tong-King de l'Ânnam.
Toute la région est merveilleuse de pittoresque et d'imprévu. C'est là que se rencontrent les cavernes si fameuses que le Ngan-An traverse sous des voûtes de trois cents pieds d'élévation et dont les mille stalactites, en se réfléchissant dans le fleuve, présentent le tableau le plus féerique que l'on puisse imaginer.
A l'arrivée du P. Croc, on comptait dix-huit mille chrétiens dans le Bô-Chinh ; la plupart avaient courageusement supporté les malheurs de la persécution, quelques-uns cependant avaient reculé devant les supplices. Le missionnaire tourna vers ces derniers ses efforts les plus constants. Une chrétienté surtout l'attirait, celle de Lu-Dang, oîi un grand nombre de fidèles avaient apostasie; il s'y rendit et fit d'abord visite au maire du villaî?o.
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En général, PÂnnamite ne commence pas la guerre I par la violence ; il préfère la ruse, la politesse hypocrite, les formules flatteuses ; volontiers, il étoufferait sa victime sous des roses; mais, si la victime regimbe, la force fait son œuvre.
Le maire reçut le P. Croc avec les démonstrations du respect le plus profond; il le fit asseoir sur sa plus belle natte et lui servit son meilleur thé; il loua le but de son voyage, lui oflFrit sa maison et 'lui assura qu'il donnerait aux habitants toute liberté de venir écouter les savantes leçons du maître européen.
Le P. Croc laissa passer ce flot de paroles ; il remercia simplement le maire de ses offres gracieuses. Il était fort touché de ses procédés, lui dit-il ; il en garderait bon souvenir; mais, dans la crainte d'être importun, il demeurerait chez un chrétien. Le maire voulut expliquer qu'il n'y avait aucun chrétien à Lu-Dang, le P. Croc lui en indiqua plusieurs, le maire ne le nia point, seule ment il les avait oubliés ; depuis si longtemps ces mal heureux ne pratiquaient plus leur religion. D'ailleurs lui-même conduisit le missionnaire à la maison indi quée.
Le lendemain, une foule énorme assistait au saint sacrifice; le surlendemain, il n'y avait plus personne; tout chrétien avait eu défense, sous peine de trente coups de rotin, d'assister à la messe ou même de parler au missionnaire, et aucun n'avait osé paraître. Leurs ancêtres étaient morts pour affirmer leur foi; eux, autrefois, avaient reculé devant les souffrances de la prison, aujourd'hui ils craignaient quelques coups
de bâton : ordinairement, ce n'est pas en un jour qu'on se relève d'une longue infidélité.
Le maire n'en était pas moins toujours doux^ aimable et flatteur; il regrettait vivement que personne ne vint voir le prêtre; mais qu'y faire? en vérité il n'y pouvait rien. Le P. Croc connaissait la valeur de toutes ces protestations, mais sa patience et son savoir-faire se brisaient contre cette haine si vivace et si profonde sous sa forme cauteleuse. Il resta deux mois à Lu-Dang, protestant, priant, conjurant et par fois menaçant : tout fut inutile. A la fin, fatigués de sa patience, les notables du village le prièrent de se retirer, « les habitants^ disaient-ils, commençaient à murmurer ; ils accusaient l'étranger de sorcellerie; la prudence commandait de s'éloigner pour quelques jours ; plus tard, si le P. Croc voulait revenir, les esprits seraient [sans doute mieux disposés, et les notables du village, le maire plus que les autres, seraient heureux de le revoir. »
En même temps, le crieur public annonça au son des cymbales, dans tout le village, que le prêtre européen devait être considéré comme un ennemi, un perturbateur du repos public ; que tous ceux qui oseraient lui parler seraient sévèrement punis. La position n'était plus tenable : le missionnaire porta l'affaire à la préfecture, de la préfecture à la capitale; les mandarins s'empressèrent de déclarer que le bon droit et la justice étaient du côté du P. Croc ; puis ils élevèrent à la dignité de chef de canton le maire de Lu-Dang, cause de tout le mal. Heureusement, le P. Croc trouva dans d'autres parties de son district de puissantes consolations; et
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bientôt, sous son active impulsion, il vit ses œuvres se multiplier et la ferveur des chrétiens augmenter.
Lorsqu'en 1867 Tu-Duc pria Mgr Gauthier d'aller en France plaider sa cause et préparer la fondation d'un collège à Hué, le P. Croc, alors provicaire, fut chargé de la direction de la mission. Les circonstances étaient diiSciles : la haine des lettrés n'était point assouvie; de temps à autre, quelques chrétiens étaient massacrés, quelques villages brûlés ; des conjurés s'assemblèrent même pour préparer l'extermination des chrétiens : avant de se séparer, ils jurèrent de commencer leur œuvre par le P. Croc, de faire rôtir son cœur et de le dévorer.
Le jour de Pâques, â Hôi-Yên, une troupe de gens armés, au nombre de trois ou quatre cents, conduite par les lettrés, envahit l'église pendant la célébration des saints mystères, dépouille les femmes et les enfants et brûle le village. Quinze jours après, les malfaiteurs, enhardis par l'impunité, se divisent en plusieurs bandes et promènent partout le ravage et l'incendie. En trois jours, trente-deux villages deviennent la proie des flammes; c'était une perte de cinquante mille francs environ. L'épouvante était partout, et l'ennemi approchait de la résidence du provicaire. Tous les établissements de la mission allaient être anéantis, et les missionnaires étaient à la veille d'être massacrés, quand le vice-roi envoya des troupes pour sauvegarder leur vie et leurs propriétés. Le mandarin n'agissait pas par pitié : il craignait d'avoir un jour à répondre devant son gouvernement et devant la France du sang
versé au mépris des traités récemment conclus. Dans ces circonstances difficiles, le vénéré provicaire s'acquitta de sa tâche avec une habileté qui mit plus que jamais ses qualités en relief. Aussi, à son retour de France, Mgr Gauthier s'empressa de le choisir poui* coadjuteur et de le sacrer, le 7 juin 1868, sous le titre d'évêque de Laranda : In sudore et sanguine, telle fut la devise que le nouvel élu emprunta à un de ses piédécesseurs, Mgr Masson.
Quelques mois plus tard, Mgr Croc partait pour Rome, oîi le Souverain Pontife appelait les évèques du monde entier. Il interrompit son voyage pour faire un pèlerinage aux lieux saints ; lui qui commandait à tant de fils et de petit-fils de martyrs, il voulut, puisque la Providence lui en donnait l'occasion, aller se prosterner sur la terre arrosée par le sang du Roi des martyrs.
Bientôt il arriva dans la Ville Éternelle, où se trouvèrent réunis quinze évèques de la Société des Missions-Étrangères. Lorsqu'un de nos plusgrands écrivains catholiques vit passer dans les rues de Rome ces vétérans de l'apostolat, venus de toutes les parties du monde, il ne put retenir le cri de son enthousiaste foi. « De loin, dans leur sublime travail, écrivait Louis Veuillot en parlant des Vicaires Apostoliques, ils nous apparaissent couronnés de toutes les auréoles vraiment augustes que peut conquérir le labeur de la vie. De
près comme de loin, ils soutiennent le regard du monde, eux qui se sont éloignés du regard du monde pour vivre et mourir sous le regard de Dieu. Hs sont k poésie, l'enthousiasme et l'honneur de nos jours abaissés. Us sont la folie de la croix dans l'humanité ajqpauvrie de cette reine des puissances et des vertus. Os jettent vers le ciel le parfum de la prière choisie ; ils purifient l'air par l'encens du sacrifice suprême. Dieu avance chez les nations à naître sur les traces de lairs pieds saignants. »
Au concile, Mgr Croc fiit trop heureux d'aflBrmer sa foi et celle de ses chrétiens en l'infaillibilité du Pontife Suprême. « J'ai fait quatre mille lieues, écrit-il, pour venir apposer mon nom au bas du postulatum qui donande la proclamation du dogme de l'infaillibilité. Ce sera ma consolation à la vie et à la mort. En arriyant à la porte du Paradis, je dirai à saint Pierre : — Mon nom y est, ouvrez 1 »
Au mois d'octobre, il reprenait le chemin de sa mission. La situation du Tong-Eing méridional était loin d'être florissante : la famine portait partout la désolation rt la mort. « Nous sommes assiégés par la famine, écrivait-il au lendemain de son retour,la seconde récolte de Tannée^demière était presque nulle; celle du commencement de cette année est encore perdue ; le commerce est empêché par les pirates. Nos quatre- vingt mille chrétiens vont avoir à passer une rude année, et nous sommes dans l'impossibilité de venir à leur secours. Nous avons dû diminuer de moitié le nombre des élèves de notre
petit collège. La tranquillité dont nous jouissons nous
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eût permis d'étendre le cercle de nos œuvres^ et il fut ^ le rétrécir de tous côtés. C'est poignant pour le CGOor j{ d'un missionnaire. Nous sommes cependant bien âo^ |^ gnéd de nous plaindre. Nous savons que notre pataif ^j souffire, et nous joignons nos soufOrances aux aiennaïf ^ espérant ou plutôt croyant très fermement q[u'èU6 n ^ se relever plus glorieuse que jamais et surtout plus iflél ^ pour la propagation de la religion du Dieu qui ramt ^ sauvée. »
A cette époque, Mgr Croc commença à travailler pool la canonisation des martyrs : c'était encore on mojm de procurer la gloire de Dieu ; il le comprit. Aus^^ profitant d'un moment de loisir, il se mit avfls ardeur à faire les procès apostoliques exigés pour procéder à la béatification du vénérable Mgr Borie, dfii prêtres indigènes et des fidèles mis à mort en haine ds la foi. Ce travail, qui demande de patientes recherches et une exactitude rigoureuse» ne le rebuta jamais. «J'ai du bonheur, disait-il, à tresser la glorieuse couronue du Tong-King méridional* »
Au commencement de 1873, il visita tout le B6- Chinh ; il remonta d'abord la branche septentrionale du Sông-Gianh. La navigation de cette branche du fleuve est difiicile; du point d'embarquement à la paroisse la plus éloignée, on compte vingt-quatre rapides.
Montés sur leurs barques légères, les Annamites bravent avec une insouciante intrépidité les dangers de ces voyages. Trois rameurs, une longue perche à la maini lancent leurs nacelles au milieu des récifs, saisissent une branche d'arbre on une forte touffe de
hantes herbes pendant que le pilote, le pied sur le gouvenudlt les mains appuyées sur une forte rame, dirige h marche en chantant sur un mode plaintif et monotaie un banal refrain. Un coup de barre donné à &ux, VBB branche sèche cassant sous les doigts sufiSt à fthe chavirer la barque; les rameurs le savent; ils con* oaissent le nom de dix^ de quinze de leurs parents ou de leurs amis à qui semblable chose est arrivée^ ils y songent sans trouble et sans émotion : chez les anciens, tliabitude du danger a émoussé tout sentiment de ciimte; au nouveau yenu^on dit qu'il sera plus heureux on plos habile.
Les douze cents chrétiens de ces sauvages régions teneillirent l'évèque avec les démonstrations de la joie h plus vive, les païens eux-mêmes lui firent partout la plus brillante réception.
A son retour i il délivra du joug d'un apostat la chrétienté de Con-Ngua, et, par ses exhortations réitérées^ rendit & la paroisse de Yinh-PhuOc son antique ferveur: Ces travaux étaient à peine achevés qu'il repartait vers lia autre point ; remontant la branche méridionale du SOng-Gianhi il passait un mois à visiter plusieurs chré- Uèntës « habitées par de pauvres gens venus de toutes parts^et qui,trou vaut des bois à exploiter et des rizières à cultiver, avaient fini par établir leur résidence en ces parages. »
Puis, avec cette persévérance d'apôtre qui ne se lasse jamais, il faisait une nouvelle tentative pour ramener à la foi les apostats de Lu-Dang. Celte fois, Hieure <le Dieu avait sonné, et les malheureux qui, six ans aupa-
rayant, avaient chassé le missionnaire de leur village, le reçurent avec empressement ; cependantllgn^ Croc ne put obtenir que les terres volées à l'église pendant la persécution fussent restituées. De retour chez lui, il commença les travaux d'une église « que mes amis, ' disait-il, appellent pompeusement la cathédrale de Laranda. »