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LE P. LAI6RE-FILLIATRÂIS

énei^qne et la passion du dévouement^ le jeune homme s'éprit à la lecture des Annales ; il y trouva, comme nombre d'autres, l'origine de sa vocation à l'apostolat.

Peu à peu, le précieux germe se développa dans un terrain si propice ; et le séjour du grand séminaire, où Joseph se distinguait par sa science théologique, ne fit que donner à la semence un plus rapide accroissement* Lorsqu'arriva le jour des grandes résolutions, le jeune élu de Dieu, muni de l'assentiment de son évèque, n'écouta «ni la chair ni le sang », et après de tou* diants adieux à ses confrères du séminaire, il partit pour Paris. Fidèle à une tradition chère aux missionnaires manôeaux, il ne se rendit aux Missions-Ëtrangères qu'après un double pèlerinage aux pieds de la Très Sainte Vierge, à Chartres et à Notre-Dame des Victoires. Il avait été ordonné diacre quelques mois auparavant, et était alors &gé de vingt-quatre ans.

Quand il se présenta à la porte des Missions-Étrangtees, en décembre 1846, son extérieur frappa le supérieur, M. Langlois, qui, voyant ce petit aspirant au visage candide, lui demanda comment il s'appelait : — Je m'appelle Joseph Laigre. — Hum i fit le Supérieur en souriant, vous n'avez pas l'air si aigre que cela.

Au Séminaire de la rue du Bac, la place des Gagelin, des Jaocard, des Borie, des Gomay, des Marchand était alors occupée par les Schœffler, les Bonnard, les N'Von, autant d'apôtres dont les mains devaient cueillir la palme sanglante sur la terre d'Annam.

Un souvenir de ces jours d'autrefois avait un cl) arme

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particulier pour le P. Laigre, et volontiers il le rappelait : après son ordination au sacerdoce^ on lui avait donné pour servant de messe celui qui, plus tard,devait être le Vénérable Néron.

Ce dont il parlait moins facilement, par humilité sans doute, et peut-être aussi parce qu'au fond de son cœur il sentait un regret toujours vivace, c'était de ses rêves de martyre. Ses notes nous ont livré ce secret de son âme : « Mon Dieu, écrivait-il, pardonnez à ma fragilité ! Vous savez combien il y a d'années que je sollicite de votre bonté la grâce d'aller en Gochinchine.»

Un moment, il put espérer que ses vœux seraient comblés, une double alternative était marquée dans sa destination : ou la Gochinchine ou le collège de Pinang; le dernier mot à ce sujet lui devait être donné à son arrivée à Singapore.

Mais en même temps que ses désirs trouvaient là comme un nouvel aliment, il ne voulait cependant pas perdre une si belle occasion de pratiquer la sainte indifférence.

« Il faut avouer que je suis bien faible, écrivait-il, l'incertitude oii je suis si je resterai au collège de Pinang ou bien si j'irai en Gochinchine, m'a causé plusieurs fois des inquiétudes... heureuse incertitude! ne dois-je pas m'écrier, combien vous me procurez d'occasions de pratiquer ou plutôt de m'exercer à la sainte vertu d'indifférence. Et pourquoi faut-il qu'elle soit si difficile ? Faire la volonté de Dieu, tel doit être mon unique désir,et jepuis la faire aussi bien à Pinang qu'en Gochinchine. »

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Ordonné prêtre par Mgr Affre, au mois de juin 1847, le P. Laigre s'embarqua en juillet, à Anvers, avec trois autres missionnaires. Le voyage fut pour tous les quatre on temps de travail et de mérites : à bord, comme s'ils eussent été dans leur chère communauté de la rue du Bac, tout fiit réglé et parfaitement ordonné. Le cahier de notes du P. Laigre nous a conservé le petit règlement qu'une fois aguerris avec la mer, ils s'imposèrent d'un commun accord.

€ Voyant, dit-il,que nous commencions à nous habituer à la mer, nous convînmes de reprendre à peu près les exercices du Séminaire. Le lever à 5 heures ; la sainte messe à 6 heures 3/4 ; l'office à 8 heures 1/2. Après déjeuner, quelque temps consacré à la théologie morale. A une heure, vêpres et complies suivies de la lecture d'un chapitre du Nouveau Testament, de l'examen particulier, d'un chapitre de Vlmitation, et enfin d'une conférence sur la théologie morale. Le dimanche et le jeudi, étude des rubriques du bréviaire et du missel et des principaux devoirs du prêtre ; à 5 heures, matines et laudes, suivies de la lecture spirituelle: après la collation, petite discussion sur quelques difficultés de rÉcriture sainte. A 9 heures, le chapelet et la prière. Deux fois la semaine, au lieu de la lecture spirituelle, conférence spirituelle par l'un de nous. »

A cette époque, le génie d'un Français n'avait pas encore ouvert le canal de Suez. Ce n'était pas ving

cinq à trente jours de navigation qu'il feUait pour atteindre Singapore, mais cinq ou six mois et mdine quelquefois davantage.

Après leur dépari, la première terre que les voyageurs aperçurent fut Madère avec ses côtes bordées de hantai falaises, ses collines couvertes de vignes, de palmiens, de cotonniers, de bananiers et d'orangers ; ensuite les lies Canaries au milieu desquelles s'élève, haut de trois mille huit cents mètres, le pie de Ténériffe. Au bout de six semaines, ils entraient dans Phémisphère austral. On les dispensa de subir la cérémonie du baptême de la Ligne, et bientôt ils voguèrent à pleines voiles dans le golfe du Brésil, apercevant i l'horizon les cimes de la Serra-do-Mar.

Ce long voyage ne fut pas pour les missionnaires un temps d'ennui ou d'inutile repos, mais au contraire un temps de travail et de mérite.

Leurs pieux exemples à bord eurent un consolant résultat, et ce fut pour eux un jour d'inexprimable joie,que celui où ils reçurent l'abjuration d'un matelot qu'ils avaient converti et lui firent faire sa première communion. « Ne semble-t-il pas que le bon Dieu ait voulu par là dédommager ses serviteurs des injures qu'ils avaient essuyées pour son amour, alors qu*au moment de leur embarquement, dans les rues de Flessingues, de jeunes enfants protestants leur avaient lancé des pierres? »

Pendant que les missionnaires commençaient ainsi leur apostolat, le navire les portait vers le pays où Dieu et leurs supérieurs les envoyaient.

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nous assurait que la traicheur de la saison des pluies le Temettrait.

« Le mercredi 18 avril, jour de promenade à notre maison de campagne, le cher Père célébra la sainte mesBe, et tandis que nous nous rendions avec toute la communauté à Mariophile, le bon P. Laigre demeurait tranquillement à la maison avec quelques élèves. Dans la matinée, il fit sa visite quotidienne au Saint-Sacrement, récita ses petites Heures et ses chapelets.

« Vers dix heures, il descend ; les élèves l'aperçoi- TOnt marcher précipitamment en retournant vers sa diambre, et, arrivé au bout du corridor, s'appuyer contre une colonne. Ils accourent aussitôt à son aide, et le conduisent jusqu'à l'escalier, où ils le voient s'affaisser sur la dernière marche. Au plus vite, ils le portent dans sa chambre et le font asseoir dans son fauteuil.

« Vers midi, il les renvoya tous, leur disant qu'il allait bien et n'avait pas besoin de leurs services. Rien d'extraordinaire no parut dans son état à un confrère qui revînt de Mariopliile vers trois heures.

« Au retour de la communautcs il était cinq heures environ, le Père qui ramenait les ('lèves étant allé à la chambre du cher malade, le trouva sur son fauteuil, le regard éteint, la respiration difficile, la lan{îu(î paralysée. En vain il lui parle, le Père ne peut répondre, ni même regarder celui qui lui adresse la parole. Effravé, ce confrère lui deiuaude s'il veut recevoir lïxtréme-Onctiou : efibris pour parler, mais nulle

articulation n'est possible. On s'empresse donc de lui donner l'absolution et le sacrement de VExtrême-Onc-' tiou.

« Le médecin appelé à la liàte ne put venir que vers six heures et demie, et tout de suite il déclara que c'était une attaque d'apoplexie, accompagnée de para" lysie, et qu'il n'y avait rien à faire : riotre cher supérieur n'avait plus que quelques moments à vivre.

« A neuf heures, une crise de toux survint et l'agonie commença. Nous étions tous là, entourant son lit, et aux invocations pieuses qui lui étaient suggérées, plusieurs crurent apercevoir certains signes témoignant qu'il comprenait, surtout au nom de saint Joseph, son patron. L'agonie fut pénible et longue. A onze heures trois quarts, le râle cessa tout à coup, et, après quelques courtes respirations, l'àme de notre bien-aimé Père s'envolait vers le ciel. »

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LE P. GUYOMÀRD

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