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le louer; s'ils le remerciaient dans la joie comme dans la souffrance; si, en même temps qu'ils jettent dans le sein de la terre cette graine qui doit porter des fleurs et des firuitSy ils jetaient dans le sein de Dieu ces élans de cœur, ces ferventes prières qui doivent germer dans le ciel et descendre sur eux en rosée de grâces et de bénédictions ; si en arrachant les mauvaises herbes de leurs terres ils priaient Dieu d'arracher de leur cœur les mauvaises passions; si, le front ruisselant de sueur en éfcé, et en hiver les mains gelées et la tête couverte de neige, ils priaient Dieu d'accepter leurs fatigues et de leur donner l'éternel repos des bienheureux ; si, lorsque les épis sont jaunissants, que les fleurs poussent dans les prairies, et que les mélodies s'élèvent dans lescieux; si, au lieu de s'enivrer le dimanche et de passer leur temps à offenser Notre-Seigneur, ils adoraient le Dieu qui donne des fruits à la terre, des parfums à la fleur, des chants à Foiseau, à l'àmedes douceurs, des joies, des délices: quels ne seraient pas leur bonheur et leur consolation? combien cette vallée de larmes n'auraitelle pas pour eux de charmes? »
Les conseils donnés sous cette forme gracieuse ne forent point inutiles. Le parent à qui ils s'adressaient les comprit, il alla se prosterner aux genoux d'un prêtre et faire l'humble aveu d'une trop longue négligence. D'autres fois, c'est à sa sœur qu'il écrit, il n*a point alors d'avis à donner, mais sa piété déborde et son amour des âmes ne se peut cacher ; le moindre objet lui est une occasion d'en parler. « J'aime bien ton parterre, lui dit-il, il me semble le voir d'ici ; occupe-toi
de tes fleurs, je m'occuperai des âmes, quoi de pli beau qu'une fleur si cen*est uneâme; quoi de plus bea que l'humble violette, le lis virginal> la rose empou prée, sinon des âmes douces et fiëres, pures et aimante réservées et charitables ? »
Lorsqu'il reçut sa destination pour la mission d Cambodge, il eut une parole dont on se souvient enoor — Vous allez au Cambodge, lui disait-on, vous ne ser^ jamais martyr. — Les martyrs sont des paresseu: répliqua-t-il, ils vont au ciel en une heure, moi je veu bien marcher pendant trente ans. La Providence c avait décidé autrement et le P. Guyomard devait, h aussi, aller au ciel en une heure.
Il partit le 28 mars 1883.
Il fut d'abord envoyé à Gai-quanh et placé sous 1 direction d*uii ancien missionnaire. Lui-même a raconi ce voyage fait avec son Vicaire Apostoliquedans unepetil barque, à travers les grands fleuves et les innombrabh arroyos de la basse Gochinchine.
Sa lettre est pleine d'une animation joyeuse et spoi tanée, elle donne sur les habitudes des chrétiens et leui filiales relations avec les missionnaires d'intéressani détails. Nous en citerons une partie :
« Le lendemain de la Fête-Dieu, la cloche du sém naire annonce notre départ pour Cai-quanh. Les Père viennent nous accompagner jusqu'à la barque, Mgr Coi dier y descend ; en qualité de grand vicaire, j'ai l'insign
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feveur de m'asseoir à sa droite. Nous partons. Pendant que le prélat me fait admirer les beautés du paysage, les cases des Annamites perdues au milieu des bananiers d des manguiers, im des rameurs bat le tambour pour avertir qu'un grand personnage passe; aussitôt, à travers la feuillée apparaissent de petits visages ébahis et eorieux. Quand l'heure du diner approche. Monseigneur m'invite à sa table. •• Nous avons des œufs dans notre panier, de l'eau en abondance dans la rivière ; elle est un peu jaimàtre, mais sa couleur me rappelle le cidre de mon pays, et elle passe plus facilement.
c Nous arrivons à Sa-déc,le provicaireest là debout sur Tappontement, en surplis, avec ses enfants de chœur Têtus de blanc et de rouge, et des fleurs sur la tête. Nous sommes introduits solennellement dans la chapelle, et, de là, dans la demeure du missionnaire, où tous les chrétiens viennent saluer Tévéque. De petits enfants lui chantent un compliment. La beauté de la musique m'empêche de comprendre le sens des paroles!
€ Après deux jours passés à Sa-dêc, nous partîmes pour Cai-quanh, il nous fallut deux jours pour nous y rendre. En approchant, Mgr Gordier me fit voir, perdues dans les broussailles, une petite chapelle blanche et tout près, la maison du missionnaire: — Voilà, me ditil, Cai-quanh, votre résidence.
c Nous abordons... Les dignitaires viennent saluer l'évéque, ils lui offrent une génisse et un porc. Un grand festin se prépare...
« Après ces fêtes de famille, viennent les cérémonies religieuses. Les trois jours que Mgr Gordier passa àGai-
quanh furent employés à préparer les enfants à la première communion et à la confirmation. C'était un beau spectacle de voir les petits Annamitess'-approcher de l'autel de Dieu, duDieu qui réjouit la jeunesse, ôt présenter leurs fronts à Thuile sainte qui fait les forts et les puissants ; après la cérémonie, large distribution de médailles, de chapelets, de crucifix, que tous déploient sur leur poitrine avec une fierté qui fait plaisir. »
Le P. Guyomard resta quelques mois à Gai-quanh, se livrant avec ardeur à l'étude de la langue annamite. Lorsqu'il put confesser et prêcher, il fut chargé d'un poste nouvellement* fondé par le P. Lavastre, à 6oi- Trabec, situé dans le Cambodge, près des frontières de la Cochinchine française.
Ce district comptait quatre chrétientés et environ six cents fidèles. Le poste principal était établi à Trabec sur les bords du Vaïco occidental, à l'extrémité septentrionale de la morne et lugubre plaine des Joncs. Là, nulle trace de cette merveilleuse végétation de la Cochinchine française, mais de hautes herbes, des marais sans nombre surchauffés par un soleil de plomb, un fleuve au cours lent et régulier bordé de petits arbres sans tête et de palétuviers rabougris, de rares maisons assises sur les rives du Vaïco comme des naufragés au bord de l'île qui les a recueillis, et, dans le lointain, les montagnes de Tay-ninh.
Malheureusement, dans cette contrée, les circonstances étaient loin d'être favorables à Tévangélisation. Le Cambodge était plein de troubles. Peu de mois auparavant, le gouverneur de la Cochinchine fran-
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*| çaise, M. Thomson, avait cru le moment favorable 'I pour annexer à notre colonie ce qui restait de l'an- ^ tique empire des Khmérs, déjà soumis à notre protectorat. La révolte répondit à cet acte de conquête, et au Cambodge comme ailleurs, la révolte contre la domination des Français fut la persécution contre les chrétiens. Le P. Guyomard fut la première victime des Tebelles.
Au mois de février 1885, on apprit à Saïgon qu'il venait d'être massacré. Aussitôt deux missionnaires, les PP. Combes et Cagnon, partirent afin de porter secours aux chrétiens, s'il était temps encore, et de chercher les restes de leur confrère.
A Bac-chien, ils rencontrent un enfant de quinze ans; ils l'interrogent : — D'où viens-tu, et sais-tu des nouvelles du P. Guyomard ? — Pères, répond-il, je viens de Trabec, je me suis échappé, j'ai été pris par les Cambodgiens dans la nuit du 29 au 30 janvier; le 30 au matin, en allant puiser de l'eau, j'ai vu devant la maison des bains le corps du P. Guyomard décapité. La tête était suspendue au peuplier planté devant l'église.
Les missionnaires continuent leur route; quelques heures plus tard, ils arrivaient à Trabec. Toutes les maisons étaient en cendres, seule l'église était encore debout, dressant son humble croix vers le ciel. Le signe de la Rédemption restait sur cette terre désolée; mais
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était-ce le présage d'un triomphe prochain ou de tribulations nouvelles?
Sur les deux rives du fleuve, gisaient des squelettes à moitié dévorés; dans le fleuve, flottant çà et là, des corps de femmes et d'enfants ; près de la maison des bains, des vêtements déchirés et sanglants ; à quelques pas plus loin, sur la berge, un cadavre informe, la tête, les mains, les pieds avaient été coupés. C'était le corps du P. Guyomard.
Les missionnaires essayèrent de savoir quelles avaient été les douleurs de son agonie, quelle dernière pri^ et quelle suprême parole de résignation ses lèvres avaient murmurées. Personne ne put le leur dire. D'après le témoignage de quelques chrétiens, le P. Guyomard avait essayé de fuir, il avait été vu son chapelet à la main traversant la rivière et s'enfonçant dans les hautes herbes. Les insurgés l'avaient découvert, ramené près de l'église et mis à mort sur le théâtre même de son apostolat.
Le P. Combes quitta sa soutane, il en enveloppa les restes de celui qui avait été son ami et les déposa dans une fosse creusée à l'intérieur de l'église.
C'est là que repose, en attendant le jour de laglorieuse résurrection, le P. Guyomard, apôtre d'un jour', soldat pour l'éternité de la blanche armée des martyrs.
LE P. PINABEL