‹ Nos missionnairesChapitre 20 sur 34 · LE P. MACÉ · texte numérisé non relu

LE P. MACÉ

MISSIONNAIRB APOSTOLIQUE DB LÀ COGHINCHINE ORnENTALB

Esprit alerte, intelligence grande ouverte, inébranlable dans ses idées, pieux d'une piété ardente et raisonnée, le P. Macé était le digne descendant de ces paysans vendéens, généreux jusqu'au sacrifice, parfois francs jusqu'à la rudesse, gens de devoir, qui plaçaient le devoir avant tout, parce que le devoir est l'ordre de Dieu.

n naquit à Bazoges-en-Paillers, le 19 juin 1844, et fit ses études au petit séminaire de Chavagnes. C'est là que Dieu lui montra la destinée à laquelle il l'appelait, et s'il est une chose frappante dans sa vie, c'est assurément la persévérance qu'il déploya pour arriver au but si tôt montré, si lentement atteint.

« Depuis onze ou douze ans, dès le temps où j'étais

flte NOS MISSIONNAIRES.

à Ghavagnes» la voix du Ciel m'appelait à cette nobk vocation. Un jour, immédiatement après une communion, je vis intérieurement une lumière indéfinissable, et mon cœur étant alors subitement sollidté par lu grâce, je mis la main sur ma poitrine, et mes lèvrec prononcèrent ces mots : < Oui, mon Dieu, je serai missionnaire i » Depuis lora^ cher père, jamais je n*ai pass^ Un seul jour sans avoir cette idée fixe, sans &ire quelque chose à cette intention. Jusque-là, ma santé avait éU

un obstacle insurmontable. Tous ceux que j*ài consultés, médecins ou autres, ne croyaient pas que je pusse réussir. Et moi, appuyé sur le secours de Dieu et plein de confiance en l'Immaculée Viei^e Marie, je n*ai jamais hésité une minute. Je n^aurais pas dâmpén! quand j'aurais été seul contfd Tunivers entier. J'auMÛ retardé l'exécution * de mon projet ; mais y renouM définitivement, jamais, tant il me pài*aît sentir qu'en agissant ainsi, je plairais à Diétl et à la Sainte Yiei^ qui m'ont à ce qu'il me senible garanti leiii* éôncôuts. Confiance en eux et courage! voilà quelle a toujours été ma devise. »

C'est en ces termes que M. Macé racontait à son père Vorigine de sa vocation apostolique, en lui annonçant son entrée au Séminaire des Missions-Ëtrangëres.

Pendant onze ans^ en effet, dans les situations diverses qu'il avait occupées, il n'avait eu qu'un désir : être ihissionnaîre. La volonté de ses supérieurs d'abord, la maladie ensuite l'avaient retenu; il n*avait eu ni inquiétude, ni tristesse, ni découragement ; le regâM au ciel, sans récriminations sur le présent, sans craiàtes

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sur l'avenîr, îï avait vécu dans Tespoîr, Où, pour dire mieux et plus vrai, dans la certitude du succès. Il avait étudié sa vocation sousl toutes ses faces ; après avoir appris les principes par lesquels on la reconnaît, il leâ avait appliqués.

« Dans Texamen d*une vocation, écrivait-il dès 186ÎJ, il faut réfléchir avec une intention pure et droite, prier beaucoup, s*adressei* à la Sainte Vierge, se mettre daliS h disposition de faire la volonté de Dieu, quelle qu'elle puisse être, consulter ses inclinations, ses moyens, ses forces, se mettre au point de vue de la gloire de Dieu, de la mort et de l'éternité, enfin avoir recours à un directeur expérimenté et suivre en tout point ses avis. Chaque état a ses avantages et ses peines; partout on est bien quand on y est en suivant la volonté de Dieu.

« Je veux être missionnaire. C'est là assurément un projet bien grave et qui ne saurait être trop longuement mûri. Ce n'est pas un jeu d'enfant de briser âa vie à son aurore, de rompre les mille liens de la famille et de la patrie, de renoncer à toute Joie, â tout botfheur de la terre, de se condamner volontairement jusqu'à la mort à de continuelles privations, à de perpétuelles souffrances. Certes, pour moi, quoique ce soit là mon espérance, mon rêve d'avenir, je ne veux point me lancer dans la carrière sans être bien sûr de ma vocation. »

Il ne se contente pas, d'ailleurs, de sonder son cœur, il cherche dans les circonstances extérieures le signe de la volonté de Dieu ; il ne précipite rien, il est patient

ffS NOS MISSIONKAIRES.

paioe qa'il eet fort, et il est fort parce qu'il est édain et guidé par la foi.

Lorsqu'il est nommé professeur de mathématiques e ensuite préfet de discipline au petit séminaire des Sables d'Olonne, il ne s'en émeut point; il écrit à sa sœur, h confidente de ses joies et de ses peines: « Et comme y me tiens bien assuré que ma nouvdle fonction m'a éb confiée par une disposition évidente de la divine Providence, il s'ensuit que je prends le temps comme il vient, sans trop me tracasser de quoi que ce soit. Bien m donne tant de confiance et de tranquillité que de se savoii là oà le bon Dieu veut. Ce n'est pas que j'oublie lei Missions-Étrangères, mais je ne les vois que dans un lointain indéterminé pour aujourd'hui, et j'attendf avec calme qu'un moment &vorable se présente, un peu plus tôt, un peu plus tard. Mes fonctions sont bien diflSciles, je le sais, mais j'ai fait l'impossible pour les éviter et maintenant je les remplis de mon mieux. Arrive que pourra. Quant à capituler avec ce que je crois un devoir, je me laisserais couper en quatre plutôt que de céder, et grands et petits, il faut marcher, e1 lestement. »

< n faut marcher, et lestement » : il le disait el c'était vrai; on n'a pas perdu aux Sables le souvenir d( ce jeune préfet de discipline, dont la main de fer n'étail pas toujours revêtue d'un gant de velours. C'est quCj comme il le dit lui-même « avec son désir invariable el indomptable du bien pour le bien », il abordait de front l'obstacle avec une vigueur qui peut-être manquait de souplesse; on aurait voulu, dans cette âme

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