‹ Nos missionnairesChapitre 21 sur 34 · LE P. MACK · texte numérisé non relu

LE P. MACK

d'élite, quelque chose de cette aimable condescendance qui donne à la fermeté d'harmonieux contours.

Le travail allait de pair; en quelques années, il avait appris cinq langues : l'anglais, l'allemand, .l'espagnol, l'italien et le russe. — Je ne sais où je serai envoyé, disait-il, et je me prépare à tout.

Travaux et rêves ne l'empêchaient pas de regarder comment marchait le monde ou plutôt l'Église catholique, « cette sainte, grande et douce Mère, » comme il l'appelle. < La définition de l'Infaillibilité me tient tant au cœur, écrivait-il en 1870, que je garderais volontiers ma laryngite pendant dix ans, si cela était nécessaire pour l'amener.» A cette époque, ses souffrances devinrent plus vives, il n'en fut ni plus inquiet, ni plus alarmé.

Ce calme imperturbable, cette tranquillité et cette joie de l'âme, que M. Macé porte partout, lui-même va nous en dire la source :

« Est-on jamais dans l'isolement ou dans la peine quand on est attaché à Dieu seul? Ne le trouve-t-on pas partout, toujours, aussi aimable et aussi aimant? Les chagrins sont des jouissances quand on les verse dans son cœur et qu'on les supporte par amour pour lui. Rien de si triste que la tristesse. Ça ne mène jamais à rien de bon. Au contraire, une douce joie, une aimable gaieté avec tout le monde, dans tous les états de l'âme, fait un bien immense. Aimons le bon Dieu de notre mieux, et réjouissons-nous de faire en tout sa volonté. » Puis sa confiance en la Vierge Immaculée le soutient, et du fond de son cœur, il lui adresse cette prière: « Marie! où serais-je sans toi ? A chaque pas

tSO NOS MISSIONNAIRES.

de ma vie, je te retrouve, 6 amie, ô mère, ô doux ange gardien 1 Ta main me pousse suavement et fortement vers un but miséricordieux. Si je bronche dans le sentier, tu me soutiens ; si je tombe, tu me relèves ; si je m'égare, tu me ramènes. douce, ô suave, ô bénigne, ô Marie I Tu es bonne pour tous, mais à l'égard de tes enfants, tu es un miracle d'amour i »

Sa résignation vaillante est vraie, elle n'est point un masque dont il se couvre ; il reçoit tous les assauts debout et sans faiblir : Spes contra spem semble être sa devise.

« Si je lutte avec plus d'opiniâtreté que jamais, c'est aussi avec moins d'espoir, écrit-il au lendemain d'un jour oh les médecins lui déclarent que jamais il ne pourra être missionnaire, et où son directeur confirme cette décision ; il me semble que c'est presque ma vocation et ma vie que j'ai jouées et perdues ce jôuf-là. Au reste, quoi qu'il arrive, je ne rendrai jamais les armes. Toujours mon but sera devant mes yeux et ie ferai pour y arriver tous les efforts imaginables. »

Il fait ces efforts, avec toute l'énergie dont 11 esi capable ; mais la maladie semble vouloir ne point le quitter. En vain consulte-t-il plusieurs médecins; en vain va-t-il demander, à Lourdes d'abord, aux eaux de Cauterets ensuite, une prompte guérison : le ciel est sourd à ses prières et la terre impuissante. « Le diable me tient à la gorge, et il me tient bien dit-iLEn vain j'ai remué ciel et terre, je n'ai pu m'échapper des Sables, et dans l'état actuel de ma santé, c'eût été une imprudence. Je reconnais clairement la volonté de Dieu dans

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ce qui m'amve, et sans abandonner d'une semelle mes résolutions premières, j'attends le moment propice marqué dans les conseils de la divine Providence. »

Enfin ce moment aii^ve, et il écrit à sa sœur bienaimée, qui semble être la nouvelle Mélanie d'un nouveau Théophane : « ïu l'as déjà compris, chère sœur, il s'agit de mon avenir. Le sort en est désormais jeté irrévocablement: rien au monde ne me fera reculer d'un pas. Les derniers restes du temps que je dois passer ici s'écoulent avec rapidité. Le ciel a enfin parlé, mes vœux sont comblés. Offre dès maintenant, aux sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, ce frère chéri qu'ils te demandent, et résigne-toi à leur volonté sainte. Que dis-je? te résigner! Ah ! plutôt, réjouis-toi de ce qu'ils ont bien voulu jeter les yeux sur moi pour me faire leur missionnaire et leur apôtre I C'est une grande gloire pour moi, c'en est une aussi pour toi. La nature souffre, mais la foi élève les yeux vers le ciel. La peine est grande, mais les récompenses du ciel le sont bien davantage. La terre n'est pas la patrie, et ce n'est pas être sage que d'y vouloir fixer son séjour. Lé ciel, le ciel ! voilà le lieu de notre réunion, de notre repos. Icibas tout passe, tout vieillit, tout meurt. »

Au mois de septembre 1874, M. Macé entrait au Séminaire des Missions-Étrangères, et une année plus tard, il partait pour la Gochinchine orientale.

Lorsqu'enfin il touche cette terre si ardemment dési-

rée : < En ce jour, s'écrie-t-il, sur ce sol où je viens m'épuiser et mourir, comme du haut d'un bûcher ou d'une croix, je m'offre à vous, ô mon Dieu ! par les douces mains de l'Immaculée Conception,comme votre victime, pour le salut de ces pauvres âmes et pour votre plus grande gloire. Je ne refuse pas de travailler longtemps, mais je suis prêt à mourir. D'avance, je vous consacre mes travaux, mes tristesses, mes souffrances, mes humiliations, mon dévouement, ma vie et mon dernier soupir. Tout à vous par Marie, avec Marie, en Marie maintenant et toujours.

« Marie I traitez-moi comme une mère son enfant, mais aussi comme une reine son soldat. »

Après avoir étudié la langue dans une petite chrétienté voisine du collège de Lang-Sông, il fut envoyé dans la province du Phu-Yên, et chargé d'un district qui comptait treize chrétientés. La paroisse de Cay-Gia, où le P. Ghatelet a été martyrisé, était de ce nombre.

Le jeune missionnaire se mit à l'œuvre avec ardeur. Quelquefois il s'éloignait de ses chrétiens, afin d'aller visiter un de ses confrères.

« Je reviens de voir mon voisin, écrit-il à sa sœur ; j'y vais de temps à autre.

« Je me suis confessé, je lui ai raconté mes travaux, je l'ai consulté sur mes difficultés ; au bout de quarante-huit heures, je lui ai donné une solide poignée de main et une cordiale embrassade, puis en selle, au revoir et à bientôt. J'étais heureux. »

La vie du missionnaire est rude, ses travaux pénibles, ses combats difficiles, aussi est-ce une joie véri-

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