‹ Nos missionnairesChapitre 22 sur 34 · LE P. MAGE · texte numérisé non relu

LE P. MAGE

table et singnliërement douce d'avoir près de lui un iirère à qui il puisse ouvrir son âme, confier ses peines, ses soucis et ses craintes.

Les sociétés religieuses qui se consacrent à l'apostolat ne l'ignorent pas; la Société des Missions-Étrangères en particulier le sait bien ; une existence de deux cent yingt-cinq ans ne lui a-t-elle pas donné l'expérience de toutes les difficultés et de tous les besoins de la vie apostolique? C'est pourquoi son règlement enjoint aux évoques < de distribuer les missionnaires de telle sorte qu'il n'en résulte pas pour eux un trop grand isolement. » Cet isolement n'est donc jamais absolu, sauf aux jours trop fréquents, hélas t de la persécution.

Mais les actes des martyrs et les lettres des confesseurs de la foi disent assez haut combien puissante est alors la grâce et combien avantageusement elle remplace la parole d'un ami et la bénédiction d'un prêtre.

Du reste, le règlement va plus loin encore : il recommande de mettre deux missionnaires ensemble, ou tout au moins un missionnaire avec un prêtre indigène ; aujourd'hui que le nombre des missionnaires a augmenté, c'est ce qui se pratique partout, excepté peut-être dans quelques missions où la trop grande dispersion des chrétiens ne permet pas de le faire.

Placer deux prêtres ensemble en effet et par là même réduire de moitié le nombre des centres d'action, ce serait, en certains cas, empêcher une grande partie des chrétiens disséminés sur une étendue de 50,000, 60,000 ou 80,000 kilomètres carrés, d'assister régulièrement au saint sacrifice ou de fréquenter assidu-

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Après cinq mois de trâvàui, le P. Maeë tomba sur Ift brèche à Tadministration de la dixième chrétienté.

« On dit que j'ai été trop vite, écrivait-il, et que J'en ai trop &it à la fois. Je n'ai qu'un regi^t, éelui de n'en avoir pas fait davantage, et si jamais il m'est donné de reparaître en champ clos, je tâcherai bien dé compenser les trop longs mois de repos qui m'ont été imposés. >

Sur l'ordre de son évèque, le jeune missionnaire avait dû en eflEét aller au Sanatorium, établi par la Société des Missions-Étrangères à Hong-Kong.

En 1843, Hong-Kong n'était qu'une Ile déserte. A la suite de leur première guerre contre la Chine, léS Anglais s'en emparèrent ; une ville s'y bâtit ailiÉiKtOt : com{>tOiM de commerce, lùaisons de banque, églises, palais s'éle-

Lft p. MAGE. tH

vèrent rapidement ; les collines et les rochers, jus* qu'alors arides et nos, se couvrirent bientôt de taillis, de jardins, de vei^ers entourant de gracieuses villas ; le port, naguère véritable nid de pirates, devint le irendet- Yous de tous les navires du monde.

La Société des Missions-Étrangères ne tarda pas à transporter à Hong-Kong la procure qu'elle avait à Macao; plus tard, elle y fonda un Sanatorium pour les missionnaires malades. C'est dans cette maison, entouré des soins éclairés d'un supérieur dont le dévouement veille sans cesse, que le P. Macé passa près d'ime année.

Lorsqu'il retourna dans sa mission, il fut nommé professeur de rhétorique et économe au collée de Nuoc-Nhî.

Les professeurs de ce coll^ étaient aussi chargés du soin de deux paroisses voisines et de la surveillance 4'un orphelinat. Le P. Macé travailla de tout cœur et, en 1879, il baptisa 53 adultes et 340 enfants de païens ; en même temps, il traduisit en annamite un certain nombre de livres classiques. « Comme il est difficile, dit-il, de feire un bon corrigé de Cicéron en langue annamite, la langue la moins cicéronienne qui soit au monde! Cependant, avec la grâce du bon Dieu, on fera quelque chose sur la rhétorique, la géographie, l'histoire, etc. »

En 1880, il contracta la petite vérole au chevet d*un malade; il crut qu'il allait mourir. La Providence le sauva, elle le réservait pour un trépas plus glorieux. « J'ai pensé que j'en mourrais, écrivait-il plus tard à sa sœur. Dieu en a décidé autrement, qu'il soit béni I Vivre et mourir, cela m'est bien à peu près égal. Mon sacri-

fice est fait depuis longtemps, et d'ailleurs ma peau n'est pas chère. Tout seul, à quatre mille lieues de ma famille^ comme je pensais à vous tous et à chacun de vous, parents et amis I Quand je me suis senti pris, je me suis trsdné auprès de ma table pour vous écrire un dernier mot d'adieu, une promesse d'étemel souvenir. Je me suis souvenu de ces derniers mots de ma mère expirante : « Il n'est pas si diflBcile de mourir. » Maintenant,me voilà ressuscité. Mais je suis heureux d'avoir souffert : la souffrance, jointe à l'amour, est la monnaie avec laquelle on achète le ciel. »

Lorsque les hostilités commencent et que la haine annamite semble vouloir se donner libre carrière, le P. Macé, récemment nommé Supérieur du séminaire de Nuoc-Nhi, songe immédiatement au martyre. « S'il y avait par là, dit-il, quelque vieille lame pour me couper le cou, je crois que je retrousserais mes manches pour aider à l'aiguiser. »

Lorsque sa famille et ses amis s'effraient des dangers qu'il court, il leur envoie cette réponse : « Mais ne vous inquiétez donc pas : je suis venu ici précisément pour avoir une chance de plus qu'en France d'être assommé pour le bon Dieu. » Et quand vient la dernière heure, quand il voit au loin la lueur des torches incendiaires, qu'il entend les hurlements des assassins, il ne pâlit ni ne tremble. Fort dans la mort comme il l'avait été dans la vie, il écrit d'une main assurée ses derniers adieux à sa famille bien aimée :

« Depuis quelques jours,tout est à feu et à sang dans la province voisine, une multitude de chrétiens et peut-

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être plusieurs Pères massacrés, tout pillé et brûlé. Cela se passe à une journée et demie d'ici. Il pourrait bien se faire que les Français ne pussent pas comprimer la révolte à temps, et que nous ayons des malheurs jus- ({u'ici, sinon plus loin. La position est donc fort grave et je ne sais ce que le bon Dieu nous réserve. Moi, comme les autres, nous sommes dans sa main ; que sa volonté soit faite!

« J'ai toujours désiré être mis à mort pour lui, et c'est pour avoir une chance de ce genre que je suis venu en Annam ; donc, si cela arrive, mon dernier vœu sera rempli.

« C'est, de toutes les grâces que j'aie jamais demandées à la Sainte Vierge, la seule qu'elle ne m'ait pas accordée : donc mille actions de grâces si cela arrive.

« Avant de mourir, mon cœur s'envole vers vous pour vous dire qu'il vous a toujours aimés et vous aimera toujours.

« J'espère que le bon Dieu, ayant égard à son infinie miséricorde, et la Sainte Vierge, que j'ai toujours aimée, voudront bien m'admettre dans leur saint paradis. C'est là que je vous donne rendez-vous. Que personne ne manque à l'appel ; vous savez le chemin qui y mène, suivez-le toujours, ou revenez-y bien vite pour ne plus l'abandonner. De là-haut, je prierai pour vous tous et pour chacun.

« Allons I du courage ! et ne vous désolez pas. Je suis tranquille au fond du cœur et je me jette corps et âme dans les bras de Jésus et de Marie, qui feront de moi ce qu'ils voudi'ont.

i3S NOS MISSIONNAIRES.

c Adieu tous, parents et amis. Je prie chacun de me pardoimer mes manquements respectifs, comme je pardonne cordialement à tous ceux qui auraient pu me faire de la peine.

« Adieu t cher père, Jean-Baptiste, Marie, Joséphine 1 Adieu i

« Votre toujours aimant,

« Henri Macé, « PrètrOj, missiminair^ apostoU^iie. >

« P.-S. — Mon Dieu, puisse ma mort assurer le salut de chacun de ceux que j'ai là-bas, et profiter aux chrétiens^ aux païens de cette chère mission en particulier. Père, frère, soaurs, nièces, neveux, adieu! Je vous envoie nlon dernier baiser sur cette croix* »

Le P. Hamon nous a transmis quelques détails sur les derniers moments de notre confrère et sur la ruine du séminaire et de la paroîsse^e Nuoc-Nhi ; nous les résumons ici.

Après avoir reçu de Mgr Van Gamelbeke l'ordre de se réfugier à Qui-Nhon avec tous ses chrétiens, le P. Macé disposa tout pour fuir. Il fit partir les fidèles par petites bandes, afin de tromper plus facilement les païens» Mais à peine le départ fut-il commencé, que les païens s'en aperçurent et cernèrent aussitôt la chrétienté et le séminaire. Le P. Macé appela aussitôt les chefs du village et leur annonça qu'il partirait vers

quatre beures du maiin et que A les païens tentaient de 9^y opposer, il s^Quyrirait un passage les armes à la siain : ^ifin il les rendit responsables de toutdégâtqui 9er$ût fiût au séminaire. Les chefs du village protestèrent deleurs intentions pacifiques et se retirèrent. Pendant la nuit, un ancien dief de canton envoya des émissaire soulever les païens, et les réunir afin d'entourer le aàKÛnaire et de pouvoir combattre avec succès dans le e«çou les cbrétiensrésisteraient. Pendant cetteguerre,

m ^6et^ chosebi^raredansVhistoiredu christianisme, les fidèles ont essayé de repousser Ift force par la force. Que Ton ne voie pas d'oppo^tioa f^ntrela conduite des elir^^s d'aujourd'hui et celle d§s chrétiens d'autr^is qui loin de résister aux bourreaux acceptaient joyeuse- Qdwtde verser leur sang pour Jésu^Christ. La ccmtradie'' tioi^ n'e&t qu'appareqte et provient u&iquement de la dif^l^nce çon^plète des deux situations. Les chrétiens 8û«itanUnés des mêmes sentiments que les martyrs; mais oeux qui les attaquent ne sont pfts le» représentants d'une autorité légitimei ils ne viennent pas par l'ordre 4'un gouvernement établii en vertu d'une loi ou d'un décret; ce sont des hordes de rebelles^ sans mandut régulier, qui ne cherchent que le pillage et le meurtreu S'il easi ^vait été s^utrement, respectueux de Géaar, les chrétiens pe seraient mis k genoux et^ sa|]ts autres armes que la prière et la patience^ ils aerai^t morts connue étaient morts leurs pères, comme savent iQourir le§ fils de l'Église catholique-

« Le rassemblement des païens,continuôleP«Hamon, ie fit dans un si gF$M3d ^ilepce» qu'au séminaire on ne

s'en aperçut pas. Comme les chrétiens, après avoir assisté à la messe et avoir communié en grand nombre, se disposaient à partir, ils virent tout à coup le feu qui s'allumait à la toiture d'un des bâtiments, et aussitôt une immense clameur retentit autour de l'enceinte de bambou. Le Père répondit par un coup de canon, et, avec ses quatre ou cinq fusils et son petit canon, il put contenir les attaques de milliers d'ennemis, depuis, nous dit-on, quatre heures du matin jusqu'à une heure de l'après-midi. Alors, à bout de munitions, voyant ses chrétiens affolés se sauver de tous côtés, le P. Macé se réfugia dans la chapelle pendant que les ennemis pénétraient au couvent des religieuses et massacraient les cinq cents personnes qui s'y étaient réfugiées. Pendant quelques minutes, le Père reste agenouillé au pied de l'autel, faisant à Dieu le sacrifice de sa vie, lorsque soudain, il entend les égorgeurs qui amoncèlent autour des murs de la chapelle fascines, paille, bois et broussailles : peines inutiles, les murs en terre ne donnent aucune prise à la flamme ; mais la fumée pénétrant par d'énormes crevasses menaçait d'asphyxier le P. Macé et son servant ; le missionnaire ordonne alors à l'enfant d'essayer de fuir : pour lui, il continue de prier. « Un chrétien avait, dès le commencement, grimpé dans un cocotier un peu retiré du théâtre des massacres et des incendies et s'était blotti dans le feuillage. Ce cocotier échappa à la hache des vandales, qui coupèrent tous les arbres et dévastèrent le jardin et les belles plantations du P. Macé, riches en essences de toutes espèces et de |tous pays. C'est du haut de son

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