MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE DE LA GOGHINGHINS ORIENTALE
Louis-Marie-Charles Guégan naquit le 26 mai 18i9, en la commune de Saint- Yéran (Finistère), au château deLangourla, où son père exerçait remploi de régisseur ; par sa mère, née Louise-Marie Le Guenneç, il était petitneveu d^un des chefs les plus célèbres de la chouannerie^ Georges Cadoudal.
Les premières années de son enfance s'écoulèrent sous la direction pieuse, intelligente et ferme de sa sainte mère, et l'on se souvient encore à Saint-Véran « de ce charmant enfant aux longs cheveux blonds, aux grands yeux bleus, au regard pur et limpide, dont l'air modeste et réservé, la physionomie pleine de candeur et d'innocence frappaient et édifiaient tout le monde. ^
Après la mort de son père, il vint avec sa mère, son frère et sa sœur habiter le petit hameau de Kerléano,
en la paroisse de Brech, près Auray, au diocèse de Vannes; quelque temps après, il fut confié aux soins de son oncle paternel, M. Tabbé Guégan, alors recteur de Saint-Pierre-Quiberon, mort curé de Plouay, qui lui fit commencer ses études. En 18(52, il entra au petitséminaire de Sainte-Anne d'Auray.
« Pendant les huit années qu'il passa sous la direction habile et dévouée de ses maîtres, nous dit M. Tabbé Jobet,undeses amis lesplusintimes,jenecrois pas qu'ilait jamais mérité u n blâme sérieux . Je ne prétends pas qu'il fût un élève absolument parfait, àFabri de toute réprimande; d'une nature ardente, il épanchait quelquefois ce trop plein de vie dans des causeries prohibées, qui lui valaient de passer au pied d'un arbre un temps qu'il aurait préféré employer au jeu. C'était là son défaut. Mais ce n'était pas un défaut capital. D'ailleurs, bon travailleur à IVtude et en classe, bon joueur en récréation, caractère heureux et gai, aimant tout le monde et aimé de tous, il joignait à ces qualités une énergie rare et un courage t^uart|uable. Dès la première année de son séminaire, rt U>ml>a malade. La maladie fut longue, les souffrances |:t^ vlouloureuses, mais l'enfant savait déjà souffrir, et M^ MIH^ plainte ne sortit de sa bouche pendant cette
^njL l'^jiUuosphère où il vivait, l'ardeur de sa foi ne •^»(*ve^t ^ti^ 5!i*^ développer grandement et rapidement. .. suiQ^t^-VM^". on effet, on ne se contente pas de faire iJlUt^^^urs, on prépare les élèves au sacerdoce, '^. ^>i>):î^ Otit^ piété tiennent une large place dans
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Deux congrégations y sont établies : la congrégation des Saints- Anges pour les basses classes, et celle de la Sainte- Vierge pour les|classes plus élevées. Louis Guégan fut le préfet de ces deux congrégations.
Du petit-séminaire de Sainte-Anne, il passa au grand séminaire de Vannes. C'était en 1870 ; presque chaque jour apportait la nouvelle d'un désastre ; au séminaire, les études théologiques languissaient. « Nous nous disions les uns aux autres, raconte M. l'abbé Jobet, nous sommes libres de nos personnes, la France a besoin de nous, est-ce que notre devoir ne serait pas de combattre à côté de nos frères sur les champs de bataille? L'abbé Guégan n'était pas le dernier à tirer cette conclusion, et s'il était séminariste par la piété et la soutane, il était déjà aux trois quarts soldat par le cœur.
€ Un soir. Monseigneur vint au grand séminaire ; il nous réunit dans la salle des exercices ; il exhorta ceux d'entre nous qui le pourraient, avec le consentement de leurs parents, à s'engager pour la durée de la guerre, et nous quitta en nous donnant sa bénédiction. 11 n'en fallait pas davantage pour nous décider.
« Le lendemain, plus de vingt séminaristes partaient, Louis Guégan fut des premiers ; il se rendit immédiatement à Kerléano, afin d'obtenir le consentement de sa mère. Bien qu'elle eût déjà son fils Georges lieutenant dans le bataillon de Charette, Madame Guégan fit à la
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patiie le saeriflee de son second fils. N'etMle pas dff h noedesàmeBfixrtesetgéoéreasesf •> < -
Deax jours après, le 19 novembre, Loote élait an Mans, et le 27 noY^mbie, il ^it versé .dan8> la treisîèaie compagnie du troisième bataillon, et quittait le Mans sous les ordres du général Jaurès, commandant le vingt et unième corps. Fendant toute cette campagne de Marchenoir et du Mans, le troisième bataillon fut toujours sur le qui-vive, se fetigoanA* dnift= <des marches et des contre-marches, avançant 1b joar ei souvent reculant la nuit, assistant à tous las comiMiis, à Vendôme, à Fretteval, au Mans, à Sillé^le-Guillftamé, couchant sur le champ de bataille à Mard«u>ir pendant huit jours, et n'ayant pas, en compensation de tant de fatigues et de tant de misères, la consolation de tirer un coup de fusil. Toujours à la peine, ce troisième bataillon ne fut pas une minute à l'honneur! De toutes les souffrances, cette humiliation fut la plus douloureuse.
Louis G.iégan en a souffert plus que tout autre, lui, le petit-neveu de Georges Ca loudal. Plus que tout autre, il a souffert aussi des privations de tout genre, du froid et de la iaim. « Nous avions pour la plupart, dit M. Jobet, des manteaux bien étoffés et quelque argent qui nous permettait, et ce n'était pas du luxe, de suppléer à l'insuffisance, parfois trop grande, de l'ordinaire. Louis était sans manteau, il était presque sans argent, et Dieu seul a su ce qu'il a souffert pendant cette campagne. Je dis : Dieu seul, car jamais ses compagnons d'armes ne l'ont appris de sa bouche, et on ne
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le saurait pas encore aujourd'hui si je ne me rendais coupable envers son frère, qui m'a fait cette confidence, d'une indiscrétion qu'il voudra bien me pardonner.
< Lorsqu'autour de lui on se plaignait de ne rien faire et de tant souffrir pour le roi de Prusse : — C'est vrai, répondait il, mais nous souffrons pour la patrie, et souffrir pour la patrie, c'est encore combattre pour elle. »
Rentré au séminaire, M. Guégan se montra le séminariste pieux, joyeux et travailleur quel'on avait distingué à Sainte-Anne ; aussi y eat-il un instant d'étonnement parmi tous ceux qui le connaissaient, quand on sut qu'il avait demandé un délai pour se préparer au sous-diaconat. Sa piété forte et son caractère vigoureux, semblaient éloigner toute idée de scrupule; sans doute la délicatesse de sa conscience l'avait fait hésitor devant les redoutables responsabilités et l'éminente dignité du sacerdoce ; peut-être était-ce une épreuve que Dieu lui envoyait pour le fortifier encore; hésitation humaine ou épreuve divine, cet état ne dura pas longtemps. Envoyé en 1873 comme surveillant d'étude au petitséminaire de Saint '-Anne, M. GuéT^an fut ordonné prêtre peniant le carême de 1874. Il quitta Sainte-Anne en 1878, pour devenir vicaire, d'abord à Bubry jusqu'en 1880, puis à Bipfnan jusqu'à son départ.
Dans ces deux paroisses, il fut ce que son passé promettait de lui, un saint prêtre, bon, patient, humble, co irageux, rempli de l'amour de Dieu et de l'amour des âmes, ne craignant jamais sa peine, ne reculant devant aucune fatigue, quand il s'agissait d'un ser-
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Tioe à rendre ou d'un devoir à remplir. Outre ses fonctions ordinaires de vicaire, il avait à desservir une èhapelle située aune assez grande distance du bourg. En été, ce voyage à travers les sentiers parfumés, les petits chemins ombreux et les landes fleuries, était une promaïade charmante éL pleine de poésie. Hais l'hiver frisait payer largement ces jouissances... ; Tabbé Guégan en avait vu bien d'autres là4)as à Harehaioiret an Mans.
Cependant Diai avait d'autres vues sur ce jeune prêtre : (iscensiones in corde sua dispasmi ; il lui avait &it franchir l'échelon du sacerdoce, il lui montra
l'apostolat. L'abbé Guégan médita silencieusement et longuement l'appel de Dieu; puis, lorsqu'il l'entendit clairement, il hésita, cet appel lui sembla dur.
« Depuis longtemps, écrira-t-il plus tard, mes désirs et mes pensées me pressaient de me consacrer aux missions, mais le diable aidant, je retardais toujours mon départ,et comme saint Augustin,je me montrais rebelle à la voix de Dieu, qui m'appelait, en répondant toujours : A plus tard, à l'année prochaine. Seulement plus le temps avançait, plus les années s'écoulaient, et plus je me sentais tourmenté par le cri de ma conscience. »
Il résolut d'aller à la Trappe de Thymadeuc, faire une retraite de trois jours. « Notre retraite terminée, écrit M. l'abbé Tanguy, son compagnon de route, nous partîmes. Sur les hauteurs qui dominent laTrappe, l'abbé