‹ Nos missionnairesChapitre 26 sur 34 · LE P. BARR T · texte numérisé non relu

LE P. BARR T

< Dans le cas où le bon Dieu demanderait le sacrifice de ma vie, sitôt que vous en aurez la nouvelle certaine, veuillez l'annoncer peu à peu à ma pauvre mère. Je crains qu'elle n'en meure de chagrin. Mais le bon Dieu, j'espère, Tassistera dans cette occasion, comme il l'a déjà fait précédemment.

< Je vous embrasse dans les saints Cœurs de Jésus, Marie, Joseph, cher et vénéré père, et je demande votre bénédiction.

« Votre pauvre missionnaire,

«F. Barrât,

< Missionnaire apostolique. >

Les pressentiments du P. Barrât ne l'avaient point trompé; vers la fin du mois de juillet, Notre-Seigneur Jésus-Chnst lui demanda le sacrifice de sa vie.

n le fit courageusement, comme il faisait toutes choses. Ne savait-il pas d'ailleurs que le sang des martyrs est plus puissant pour la conversion des peuples que les prédications des missionnaires?

LE P. miBÂBNE

MISSIONNAIRE APOSTOLIQUE PB LA GOGHHfCHmB ORIENTALE

Le P. Dominique jribarne naquit le 8 juillet 1859, à Os^. C'est aa fiond dç cette petite et étroite vall^, baignée par leseau;^: mugissantes de la Nive, qu'il pass^ les ipremières années de sa vie.,

, Lui-même a souvent raconté commet Dieu l'avait pria à son service,; : <^. t .»;i .-..

c J'^ayais dou?e ans, disait-il, lorsqu'un, p^^tre habitué d'Ossès, M. Larre^.yint miE^ttro^vari j!étai$-a.uK ehamps, ^eul, la pioche à Ija m^.tJ[e me hâtais d^açhfrvi^r , la^ .tâche qiue m'avait çiarquée ma mère. -.«.T-; Dominique, me dit M. Larre, tu ne voudrais jpasêteepr^tr^?

€ Je me redressai comme sous l'action d'une pile électrique, je sentis mes cheveux se hérisser;

>.«rrj Cpinment, monsieur l'$LWp*é,^moi prêtre? quelle

? Maman n'a que moi, et qui va lui faire les Invux des champs ? »

Mais oetle objaction ne pouvait arrêter le saint prttn : il glgna la mère, il gagna le fils plus facilement eiKiOn, le fit étudier quelque temps chez lut, et I*BnTOn flOsuite au pensionnat des missionnaires de . Dominique resta trois ans dans cet établis- ■ C'est de l'or en barre que vous nous avez donné li, disait le supérieur à Madame Iribarne ; cet amiot scrit uotre honneur et notre bonheur à vous et à ncHs.

An petit séminaire de Larressore, oii il entra en quiMème, il domia la même satisfaction à ses professeurs. D'une franchise et d'une loyauté extrêmes, d'une droiture dftns sa conduite et d'une pureté dans ses mœurs qui ne pennit jamais l'ombre d'un soupçon, il garda en même temps l'àpre énergie d'un véritable Basque. Les difficultés ne l'effrayaient pas, mais il voulait les vaincre complètement et tout de suite. Il se désolait partbis de ses profjrÈs trop lents dans l'étude de la langue française, qu'il navait point apprise en son enfance. Ces regrets ne se traduisaient pas par des larmes ou pai* une vaine tristesse, mais par uu redou- Uemeot d'énergie. — Est-ce qu'il n'est donc pas possible que je devienne tm peu Français? demaBdait-il à son professeur; dites-moi donc ce que je dois faire, car je me couperais la moitié de la langue pour apprendre à l'autre moitié à m'obâr.

Cependant, ce jeune séminariste qui nous semble si fort, si courageux, doute de m fnoe et de son courage.

LE P. IRIBARNR. 293

Lorsque la pensée d'être missionnaire se présente à son esprit, la première question qu'il se pose est celle-ci : « Serai-je capable de supporter le martyre I » Alors toutes les privations, toutes les fatigues qu'il peut imaginer, il s'y oblige afin d'endurcir son corps et de fortifier son âme. Un jour, dans son ardeur de néophyte qu'il pousse jusqu'à l'excès, si l'excès pouvait exister dans les choses dictées par l'amour de la croix, il se fait donner un seau d'eau bouillante et y plonge résolument les pieds. Il dut garder le lit pendant un mois.

Malgré cette énergie ou plutôt peut-être à cause d elle, le cœur conservait ses droits. Dominique Iribarne tremblait à la pensée de déclarer ses projets à sa mère. Pendant sa dernière année de petit séminaire, il obtint la permission de passer quelques jours chez lui afin de préparer sa famille au sacrifice. Il resta vingt jours et partit sans avoir osé dire un mot. Entré au grand séminaire, il chargea un ami de cette démarche. Madame Iribarne n'eut pas plus tôt compris ce dont il s'agissait qu'elle partit pour Bayonne ; elle fit cinquante kilomètres, sans boire ni manger, traversa les rues de la ville sans parler à personne et alla droit au séminaire : — Mon fils, l'abbé Iribarne, demanda-t-elle. L'abbé descendit. L'entrevue fut orageuse. La mère donna des ordres formels et absolus. Le fils pria, supplia, il parla de Dieu, du salut des âmes, de sa vocation ; la mère renouvela ses défenses, plus précises et plus impé* rieuses. Alors le fils se mit à genoux :

— ' Mère, demanda-t-il d'une voix basse, mais ferme,

m NOS MISSIONNAIRES.

dites-mot, dites-moi que vous ne voulez pas qoe ]4 parte, et je jette cette soutane à vos pieds, je vais avec TOUS et je prends la pioche.

La mère contempla son fils pendant quelques instants ; ses traits crispés, par l'indicible angoisse qui poigiiait son cœur,se couvrirent d'une aiortelle pâleur, et lentement, comme si chaque mot lui coûtait la vie ; '

— Mon llls, prononça- t-el le, dès ce moment, tu es mort pour moi, fais ce que Dieu veut. .

Et Madame Iribarne repartit pour Ossës; sonsacrtfiet était iait, jamais une plainte, jamais un reproche ne sortira de ses lèvres.

Après «voir passé trois ans au SéminaHredes H«- BOns-Ëtrangères, le P. Iribarne fut destiné à la Gocbtochine orientale. — Tu me vois émUr:di8att-il'aUviQBiN d'Ossès, et cq>endant je suis heureux comme si Jb voyais la porte du ciel s'ouvrir devant moi. Ici je n'aurais pas fait un bien bon curé, j'esp^e que je ferai un haa missionnaire ; pas mal sauvage moi-même, je crois que le bon Dieu m'a taillé pour \es sauvages, à eux jusqu'à la mort I

Arrivé dans sa mission, il commença par apprendre la langue ; c'est le premier travail de tout débutant dans la carrière ^Histolique : être un saint prêtre et savoir la langue, deux choses essentielles pour \Mre un bon irnssionnaire, deux choses indispensables pour

eonvéïKir les^'pnetïs; fbien> instruire ^et bitta diriger le$ àïtitiem.'"-''r^^'^'^'-^\ •:■ *.« ^^ •'(■.'• • :•.*: ,\ -^^ ,-.

La langue annamite lesi monosyllabique .^t ttûmqne» Pï«sqii& chaque' mot peut se ppononoer sur six tons dffiérentsqiirdpnDent à^ohlbisuii une signification particu- (iècer dèasii ions'aoal^i l^'4oa'}aigu^•.le ton interro* gattfy le^h ascendant, de 44iapleiB .ou imi^' te ton 4ea? eendant; 'et? enfin lié ton ^gràveotffr^ontailt;! •'

' Prenonri' par exemple le^mo^ tna e ptimoncélsûr le ton uni, il signifie fantôme;^ «tu^Ie toi^iiitefftt^tîl, tombô ; surletdà ascendant, cheval; sur ler^toiù aigu^Joue; sur le ton descendant, c'est la conjonction, pour; enfin, sur lé ton Igrave ou reiùontlant, il veut' dire semis> plants de .riz. ' • . ■' ■• ••' ■ ■ •! • •. j

Un des premiers missionnaires de l'Annam comparaît naïvement cette Is^ue à des gazouillements d'oiseau ; il y a du vrai dans cette comparaison. ^'Lè ^.'iribartiese mit au .tra¥aU:av>^4f^mr.> t^unissiommiÉèT apprit plus vite l'annamite ««qiuâ'l^éc^î^i^i 4? HrispÂrreD n'avait appris la françiô^t^Atur^s-f^q^ou sîç niois'tl^é^nde, il pouvait eonfei^s^ et. faiiTB le 0&^ ebmae -aux enfants.^ «r'.i: i ^i-, . . ., -^ .,■'••

En'i88&^ ilévai%élisaiile districtde Quan^U,dwâ lit province duPhufYeHj^dîsiric^t particulièrerQ^pt pauvre, écrivait^il'^ 6iii df(n^<tbacuaQii6r: de .a^es chrét^Ojtés. je ne pourrais trouve!r quatre maisons ayant le suffisant pour vivre, et j'entends par suffisant, récolter aB^ pour ne pas mourir de faim en travaillant toute l'année comme des mercenaires ; cependant, je me ajarderai bien de me plaindra de mon sort, c'ast

f9« NOS MISSIONNAIRES.

PœaTre de Dieu, et pourvu que je îsLSse ce qui dépend de moiy j'ai la certitude que la Providence pourvoira à tout pour sa plus grande gloire. »

Ce que la Providence devait faire pour sa plus grande gloire, personne alors, malgré les sombres pressentiments qui agitaient tous les cœurs, personne ne le prévoyait, et le P. Iribame, qui comme tous ses confrères, augurait mal de l'avenir, n'aurait pas osé même soupçonner les terribles malheurs qui sont venus fondre sur la mission de Gochinchine orientale.

n 7 avait dix-huit mois à peine qu'il travaillait avec la plus grande ardeur dans la portion de la vigne que son évèque lui avait donnée à défricher, quand il eut le bonheur de verser son sang pour Jésus-Christ.

« La nouvelle de la mort du cher P. Iribarne, écrit Mgr Van Camelbeke, m'a été confirmée de manière à ne plus laisser de doute dans mon esprit. Il aurait été massacré le 19 août, non loin de sa chrétienté de Quan-Gau. Ne pouvant plus tenir au milieu des incendies de ce village, et se voyant cerné de près par une forte troupe de rebelles, il se décida à tenter la fuite avec toute la vitesse de son cheval. Il espérait trouver au port voisin une barque pour s'éloigner en mer. Malheureusement, il n'en trouva aucune et dut revenir vers son point de départ. L'ennemi l'attendait. Il fut tout d'abord renversé de cheval et percé de deux coups de lance. Les bourreaux, voulant le faire souf'

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irir plus longtemps et repaître les yeux de la populace du spectacle de sa mort, le garrottèrent avec la dernière barbarie et le portèrent jusqu'auprès du marché. Là, le pauvre et cher Père fut décapité, en présence de la multitude ameutée. Sa tête fut attachée aux branches d'un grand arbre, et tout son corps fut dépecé et grillé comme de la viande de boucherie. Le catéchiste qui l'accompagnait eut le même sort, ainsi qu'une foule de chrétiens de l*endroit. »

Lorsque Madame Iribame apprit la mort de son fils, deux larmes, deux seules, glissèrent sur son visage, une ombre passa sur son front, ses lèvres murmurèrent une prière, ce fut tout. Elle resta presque silencieuse; peut-être en ce moment de suprême douleur revoyait-elle son fils agenouillé dans le parloir du grand séminaire de Bayonne, et au fond de son cœur entendait-elle l'écho de cette parole qui lui avait tant coûté : < Mon fils, fais ce que Dieu veut. »

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LE P. CHÀTELET

MIS8I0NNAIRB APOSTOtlQUB DE LA GOGHINGHINB ORISNTALB

La France c^tliolique sentait son cœur tressaillir à la nouyelle des (îrames sinistres dont les Missions d^Extrême-Ôriènt étaient le, théâtre ; les revues qui depuis si longtemps ont mis leur dévouemehf au service dé Tapostolat --- Jlfmion5 cathoUquéSyÀànaleé de la Propagation de laFoiy Annales de la Sainte-Ênfance — publiaient les douloureux récits envoyés par les vicaires apostoliqueis et par lés missionnaires ; elles faisaient con* naître les horreurs effroyables et les désastres inouïs dont étaient victimes les chrétiens annafaiites; elles demandaient aux catholiques les secours de leurs aumônes et de leurs prières. Â leur exeiçple, les Semaines religieuses et les journaux catholiques ouvraientdessouscriptions. Ces pressantsappelsétaiêhtehtendus: lagénérositédesfidèles surpassait les plus hautes. espérances. Hélas I elle ne surpassait point les désastres [qui .toujours continu-

aient. Pour la neuvième fois en l'année 1885, le vénérable évêque de la Cochinchine orientale écrivait au Séminaire des Missions-Étrangères, annonçant une nouvelle de mon. Le P. Chatelet venait d'être massacré.

Bon, simple, pieux, serviable, tel fut François Chatelet au témoignage de tous ceux qui l'ont connu. Il naquit à Saint-Didier, le 20 avril 18S8^

Dès l'âge le plus tendre, il manifesta l'intention de se consacrer à Dieu. Lorsque sa mère le conduisit à l'école cléricale de Saint-Augustin, à Lyon, il lui demanda de passer par le village d'Ars, afin de pouvoir consulter le vénérable M. Vianney. L'entretien du saint prêtre et du futur martyr fut long ; que se dirent-ils ? Ni l'un ni l'autre ne l'ont révélé. Mais quand l'enfant sortit du presbytère, son visage rayonnait d'une joie extraordinaire.

De l'école Saint- Augustin, il alla au petit séminaire de l'Argentière, où ses études faillirent être interrompues par la surdité dont il était atteint depuis son enfance et qui menaçait, déclara le médecin, d'augmenter d'une manière sensible. Cette nouvelle bouleversa le jeune élève. Être prêtre avait été le rêve de toute sa vie; alors il se tourna vers Marie, le refuge et la consolation des affligés, il fit la promesse de se consacreraux Missions-Étrangères, si elle lui accordait la grâce de continuer ses classes. La Reine des Apôtres et des Martyrs entendit et oxauça cette prière ardente, La surdité dis^»

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