CHAPITRE IV
RÈGLBMBNT DB tA SOCIÉTÉ DBS lilSSIONS-ÉtRANCttBBS
Plus de quarante années s'étaient écoulées depuis le jour où le pape Innocent X avait, en nommant les pre* miers Vicaires Apostoliques, donné naissance à la Société des Missions-Étrangères. Cette Société avait dignement répondu aux espérances fondées sur son zèle et sur sa fidélité, il lui manquait encore un règlement définitif qui lui donnât la stabilité, en déterminant les devoirs, les droits et les attributions de chacun de ses membres. Ce fut l'œuvre des années suivantes.
En 1698, quatre missionnaires envoyés en Europe par leurs évêques, habitaient le Séminaire de Paris: c'étaient MM. Delavigne, missionnaire au Tong-Kmg, ensuite procureur à Pondichéry; de Cicé, missionnaire en Chine; Labbé, missionnaire en Gochinchine,etPocquet, missionnaire à Siam. Les directeurs du Séminaire 'étaient MM. de Brisacier, Tiberge, Tremblay et Prioux.
Tous les huit se réunirent pour travailler à la rédaction du règlement.
La Providence avait bien choisi; les uns avaient Texpérience des besoins des missions, et les autres, une pleine et entière connaissance de tout ce qui concernait le Séminaire et les questions d'administration générale.
D'ailleurs, ils n'avaient pointa l'aire, de toutes pièces, une constitution nouvelle, mais seulement à rédiger, en la forme ordinaire d'un règlement, les institutions et les usages déjà existants, en y introduisant quelques modifications réclamées par l'expérience. C'est ce qu'ils firent, et leur travail n'a subi jusqu'à ce jour aucun changement essentiel.
Avant tout, ils s'inspirèrent des deux principes généraux qui sont le fondement de l'organisation de la Société.
Le premier principe était de conserver à la Société son caractère d'association séculière. La Société, en eflet, avait été instituée pour fonder en Extrême-Orient des églises sur le modèle de toutes les églises établies ; ses membres ne devaient donc pas avoir d'autres supérieurs que les évéques, pas d'autre discipline que la discipline ecclésiastique ordinaire, pas d'autre esprit que l'esprit apostolique pris en sa forme la plus généreuse et la plus indépendante de tout esprit de corps particulier, pas d'autres vœux que ceux de leur sacerdoce. «Là, comme le dit Bossuet, au sujet de l'Oratoire, une sainte liberté fait un saint engagement. »
Au jour de leur départ,cependant, prosternés aux pieds
des saints autels, en présence de leurs pères danslesacer-
doce et de leurs frères dans rapostolat, les missionnaires font la solennelle promesse de persévérer jusqu'à la mort dans leur sainte vocation; d'ailleurs n'y a-t-il pas pour arrêter en eux toute pensée de retour, moins forts que cette promesse, mais par certains côtés plus dottt^ les intimes et ineffables bonheurs de la vie d'apôtre? Et si des circonstances plus puissantes que toute volonté humaine les ramènent dans leur patrie, ils gardent au cœur, avec l'amère souffrance d'un noble et saint espoir trompé, l'ardent désir d'aller travailler encore ou mourir sur la terre qui reçut les prémices de leur sacerdoce et de leur apostolat.
Le second principe était l'unité dans le gouverne* ment. La Société des Missions-Étrangères est formée dtt Séminaire de Paris et d'autant de corps qu'il y a de Mis* sions. Tous ces corps sont placés dans des milieux différents, ils ont à lutter contre des difficultés spéciales : ce qui convient à l'un peut souvent nuire à l'autre ; il fallait donc laisser à leur vie toute sa liberté, à leur action tout son essor, à l'autorité des supérieurs particuliers toute sa vigueur; mais, en même temps, il fallait unir tous ces corps, et les faire participer aux bienfaits de la centralisation par l'établissement d'une sorte de pouvoir exécutif, mandataire des supérieurs, lien commun de tous les membres de la Société, gardien de ses lois et de ses intérêts. Mgr Fallu et Mgr de Lamothe- Lambert avaient essayé de répondre à cette nécessité en créant à Siam un conseil composé de quatre missionnaires représentant les quatre missions de Chine, du Tong-King, de la Cochinchîne et de Siam. Les rédac-
tenrs du, règlement pensèrent, que tout en gardant ce conseil, il valait mieux le placer au Séminaire de Paris. Les raisons alléguées avaient une haute valeur, elles furent écoutées. Le Séminaire, en effet, est en rapports faciles avec Rome, centre de la doctrine; il est établi en France, centre des ressources; il a la stabilité, qiii manque aux Vicaires Apostoliques révocables selon la volonté des Souverains Pontifes; c'est par le Séminaire que l'on entre dans la Société, par le Séiûinaiice que les Missions entretiennent entre elles toutes les relations nécessitées par les questions d'intérêt général; il est donc le point où viennent aboutir toutes les lignes de la circonférence. Au-dessus des Vicaires Apostoliques et au-dessus du Séminaire, comme la clef de voûte de cet édifice religieux, est placée la Sacrée Congrégation de la Propagande, et par elle le Souverain Pontife. Ainsi tout est parti de Rome, tout y retourne, et c'est sur les lèvres du Pontife universel que la Société puise sa force, sa lumière et sa vie.
Après avoir posé ces deux principes fondamentaux, les rédacteurs du règlement commencèrent leur travail. Ils exposèrent d'abord le but de la Société et la marche à suivre pour l'atteindre : « 1° former à la cléricature « les sujets qui en seront trouvés capables ; 2* pren- « dre soin des nouveaux chrétiens ; 3"* travailler à la « conversion des infidèles, en sorte que le premier
40 LA SOCIETë Des MISSIONS-ETRANGERES.
« emploi soit toujours préféré au second et le second « au troisième. » Passant au gouvernement de la Société, le règlement statue ainsi : Les évêques Vicaires Apostoliques, les supérieurs des Missions et le consdil des directeurs du Séminaire sont les supérieurs de la Société. Le changement de quelques points du règlement appartient aux supérieurs et aux missionnaires. La fondation d'établissements communs est réservée aux supérieurs. Les directeurs du Séminaire sont chargés de la formation des aspirants à l'apostolat, des intérêts généraux de la Société, de l'envoi des missionnaires, de la répartition des dons et des secours offerts aux missions. D'après une modification introduite dans le règlement, ils sont choisis parmi les missionnaires et chaque groupe de missions est représenté par l'un d'entre eux. Les évêques Vicaires Apostoliques sont nommés par le Souverain Pontife, sur la présentation des missionnaires et des directeurs du Séminaire; dans leurs missions,ils ne relèvent que de la Propagande; ils sont directeurs-nés du Séminaire.
Aucun sujet, âgé de plus de trente-cinq ans, ne peut être admis au Séminaire; aucun ne peut être reçu membre de la Société avant d'avoir passé deux ans en mission. Ce point du règlement a été modifié : il faut maintenant trois ans.
Un chapitre traite des rapports des supérieurs de mission avec leurs prêtres; un autre, de la vie spirituelle des missionnaires; ce dernier chapitre est l'exposé des vertus et des devoirs des ouvriers apostoliques : l'oraison, les lectures pieuses, les examens de conscience, la
confession bi-mensuelle, tout ce qui, en un mot, sert à ftçonner ou à conserver l'homme intérieur ; ensuite rient rénumération des causes pour lesquelles on peut être exclu de la Société.
Tels sont les principaux points de ce règleraent,oti la simplicité s'allie à la grandeur, la douceur à une juste sévérité, le respect de l'autorité au respect de la liberté individuelle, les conseils de la perfection religieuse aux préceptes de la vie apostolique et aux pratiques du clergé séculier. Il n'a point pour auteur l'intelligence et la volonté d'un seul homme, mais l'intelligence et la volonté de plusieurs qu'anime le plus vrai et le plus sincère esprit apostolique ; il n'impose rien par vœu, mais tout par amour. Trois mots pourraient résumer son origine, ses moyens et son but : Per fidem ad charitatem et per charitatem ad unitatem: La foi l'a fait naître, la charité le fait vivre et l'unité le couronne.