RENE ARE
le fait dans une proportion infime, à savoir 4 000 francs à Notre-Dame de France, 8 000 aux écoles de garçons et environ 5 000 à celles de filles. C’est peu, comme l’on voit, surtout si l’on se rappelle ce mot de Fuad-Pacha, touchant ces robes de moines qui, disait-il, font germer la France autour d'elles. « Ce n’est pas trop, comme le dit si bien M. Albert Vandal, de faire appel à tous les dévouements, quelle que soit leur source d’inspiration, pour réparer et raffermir l’édifice alors que nos intérêts son! gravement et partout menacés en Orient. »
Ne quittons pas Jérusalem sans visiter aussi l'institution de Saint-Pierre de Sion, fondée par le R. P. Marie-Alphonse de Ratisbonne, et où son directeur, le P. H. de Chaumontel, nous a fait voir l’école gratuite pour les jeunes garcons indigènes pour les lettres et les sciences, doublée d’une école professionnelle. En mai 1900, elle abritait 15 maîtres, dont 12 religieux de Notre-Dame de Sion ; 3 chéfs d’atelier indigènes, environ 60 orphelins et 20 étudiants. On y enseigne le français et on y forme des ouvriers menuisiers, des sculpteurs sur bois. tailleurs d’habits, cordonniers. tailleurs de pierres, jardiniers, forgerons et vignerons. Les anciens élèves de littérature sont placés dans
les douanes, chemins de fer, télégraphes ou dans le commerce. Une allocation annuelle du gouvernement français et les palmes d’officier d’Académie données, en 1891, au P. de Chaumontel montrent que l’on sait apprécier en haut lieu les services rendus à la France par cette institution,
À Smyrne comme à Constantinople, comme dans presque tous les pays de missions, nous retrouvons les Lazaristes à la tête d’importants collèges. Dans l’antique Byzance, ils ont même remplacé les Pères Jésuites dans l’ancien collège de Saint-Benoît, et ils viennent d'acquérir d'eux récemment celui de Sainte-Pulchérie qu'ils avaient fondé, il n’y a que quelques années, dans le quartier de Péra. Nous avons visité ces centres d’où rayonne sur le Levant tout entier l’influence française, et nous ne pouvons que joindre nos modestes éloges à ceux de personnages dont le témoignage a une haute valeur, tels que MM. Gabriel Charmes et de Douville-Maillefeu, qui ont rendu hommage au rôle français des congrégations catholiques en Orient. Notre langue est professée dans toutes les écoles des Lazaristes, et ils choïsissent avec soin les endroits où ils peuvent en fonder de nouvelles. C’est ainsi que, prévoyant
les concessions de chemins de fer qui viennent! d’être accordées à des e ompagnies allemandes.
ils ont installé des écoles de français dans k plupart des centres que doit traverser, par exemple, la ligne de Smyrne à Alep et Bagdad. De sorte que, quand les ingénieurs allemands Y arrivent, ils trouvent dans ces écoles des indigènes parlant une autre langue que le turc. C’est ainsi que tous leurs employés et chefs de station parlent le français. Nous avons trouvé les élèves des Lazaristes employés dans tous les ports de la côte de Syrie, d’Anatolie. et Jusqu'à Batoum en Russie : ceux-ci dans l’adminiStration des phares de l'Empire ottoman :
ceux-là dans les douanes, les chemins de fer où dans la régie des tabacs ; d’autres comme agents ou subrécargues dans les diverses compagnies de navigation française desservant ces parages ; telles les Messageries Maritimes. où ilS forment un excellent personnel, car ils ont l'avantage sur les employés français de parler, en plus de notre langue, la plupart de celles du Levant : italien, grec, turc, arabe, arménien. voire même le russe, la plus difficile d’entre elles. Ils se montrent en cela dignes de leurs professeurs, dont plusieurs sont d’excellents linguistes, car, en outre de leurs travaux scien-
tifiques plus spécialement religieux, théologiques, liturgiques, etc., ils payent une contribution généreuse aux études de linguistique dans les pays qu'ils habitent. Sur les langues orientales, sur les mœurs et la religion de l'Orient, de la Perse, notamment les travaux de M. Eugène Boré sont universellement connus et appréciés. Chargé d’une mission scientifique en Orient, il a fourni des Mémoires précieux et écrit une Histoire de l'Arménie qui à pris place dans l’une de nos collections géographiques les plus estimées. Il était membre correspondant de l’Académie des sciences, et avait été décoré de la Légion d'honneur.
M. Paul Bedjan, Lazariste, a publié depuis vingt ans une véritable encyclopédie d'ouvrages syriaques. ou Chaldéens. Originaire de Perse, où les Lazaristes français l’avaient formé à la science et à l’étude, il a eu en vue d’aider ses compatriotes et, en outre des livres religieux, il a édité à leur usage, en chaldéen scientifique et en langue vulgaire, des ouvrages historiques et juridiques dont les manuscrits lui ont été communiqués par les bibliothèques nationales de Paris, de Berlin et de Saint-Pétersbourg.
On peut se rendre compte, par la nomenclature de ses ouvrages, dont quelques-uns ont été im-
primés avec les caractères dé limprimerie nationale à Paris, qu'il n’est presque aucune branche de la science à laquelle il n’ait contribué, en apportant quelque document précieux et inédit. M. René Flament, également Lazariste, professeur au grand séminaire de Montpellier, s’est montré par ses études sur la Bible un des hébraïsants les plus compétents *.
Se souvenant du proverbe fort usité dans le Levant : « On vaut autant d'hommes qu’on sait de langues », les Lazaristes ‘en Orient ont appliqué leurs forces à l’étude du turc et du grec moderne.
Les Éléments de langue {turque ou Tables anulytiques de la langue turque, etc., de Viguier, sont l’un des premiers ouvragés sortis de l’imprimerie que, vers 4790, le comte de Choiseul- Gouffier avait établie dans le palais de l’ambassadeur de France à Constantinople. Les successeurs de Viguier jusqu'à M. Nicolas Murat. l’un des missionnaires les plus érudits dans la langue des Osmanlis, n’ont cessé de contribuer à l’étude raisonnée du turc, procurant en même temps, par un échange avanta-
1. Voy. Rubens Duval, Littérature syriaque, Paris, 2. René Flament, Les Psaumes, etc., Montpellier,
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seux, la diffusion de la langue française dans les milieux turcs. Le Lazariste Elluin, mort récemment, à publié en grec moderne un grand nombre d'ouvrages.
Pendant ce temps, dans les autres missions confiées aux soins des fils de saint Vincent de Paul, des travaux analogues s’accomplissaient. Nous avons dit ce qu'ils avaient fait en Chine, En Abyssinie, M. Coulbeau, reçu naguère par le négus Ménélik à Addis Abeba, publiait, sur les presses de la mission alors établie à Kéren, de nombreux ouvrages en amarigua et en ghez.
M. Schreiber étudiait un autre idiome de l’Abyssinie, celui parlé dans le Tigré, et publiait un Manuel de la langue tigrai !, qui a été particulièrement apprécié dans un pays voisin, PuIisqu'il a été édité avec luxe par l'imprimerie de la Cour impériale de Vienne, avec le généreux concours du ministère de l’Instruction publique d'Autriche. Les missionnaires lazaristes, qui évangélisaient les peuplades indigènes des iles Philippines, publiaient des ouvrages dans la langue des Tagals, et un autre, M. Grimm, s’intéressant aux 500 000 Indiens de la République de l’Équateur, qui ne COmprenner t au-