In-8° de 227 pages, Vienne, Hœlder
cune de nos langues européennes, composail un Lexique de la langue quichoa F
En outre des travaux de linguistique, les prétres de la Congrégation de la mission ont publié des livres sur les mœurs, la géographie, lhistoire naturelle des pays qu’ils évangélisaient, nous avons cité ceux de Huc, Gabet et Armand David. M. Coulbeau, expulsé d’Abyssinie par les Italiens, comme Français, et empêché, pour rentrer dans sa mission, de traverser l’Erythrée. consacrait plusieurs mois de voyage à explorer l’Abyssinie, depuis Addis Abeba Jjusqu’à Adoua. Il notait jour par jour le nom el le site des localités qu’il traversait. La carte qu’il a ainsi dressée l'emporte de beaucoup sur tous les autres travaux de cette nature faits jusqu'alors sur cette partie de l'Ethiopie (1898).
Ces quelques notes sur les travaux des missionnaires Lazaristes suffisent pour montrer que si, en véritables semeurs de la bonne parole, ils « cherchent avant toui le royaume de Dieu », ils s'intéressent aussi au côté scientifique et y apportent « par surcroît » un intelligent et généreux COnNCOUTS.
Mais quelle n’est pas, me direz-vous, la con-
1 Fribourg, Herder, 1896.
grégation de missionnaires qui n’en fait autant? Tout dernièrement (le 7 avril), un moine de ordre des Dominicains remplaçait à la tribune de la Société de Géographie de Paris les conférenciers ordinaires, officiers ou explorateurs. À la demande du secrétaire général de ladite Société, le R. P. Galland, de passage dans la capitale, consentait à parler, devant un auditoire de six cents personnes, de la Mésopotamie, de l’Arménie et du Kurdistan où il à habité, comme missionnaire, pendant plus de dix ans. Il a bien voulu nous donner, sur la mission des Dominicains Français établie dans ces pays, des détails destinés aux lecteurs du présent article.
La mission dont il fait partie dirige et subventionne 80 écoles comptant une population de près de 5 000 enfants, jeunes gens ou Jeunes filles. Un millier de ces enfants apprennent le français. Des élèves sortis des écoles françaises des Dominicains ont occupé et occupent de hautes positions dans l’Empire ottoman.
4° Dans le clergé : six patriarches, archevéques et évêques, sortis de ces écoles ont conservé la langue française comme leur langue de relations. Tous les prêtres de Mossoul actuellement vivants, ainsi que la plupart de leurs
confrères de Bagdad, Kerkouk, Diéziré, Seert, Mardin, anciens élèves des écoles et du séminaire de la mission, parlent et écrivent le français ; ce sont, d’ailleurs, et grâce aux Pères, des amis dévoués de la France.
2° Dans les fonctions publiques : postes. télégraphes, douanes, régie ; toutes ces administrations à Mossoul sont remplies d’inspecteurs, d'employés, d’écrivains qui sortent de ces écoles et qui, par suite, maintiennent dans ces administrations les traditions d’honnêteté qu’ils ont prises chez les Dominicains. Ils rendent à leurs concitoyens les plus grands services et sont aussi les meilleurs auxiliaires de nos consuls, dans toutes les affaires où ceux-ci sont en contact avec eux pour le maintien de l’influence française dans le pays. Les consuls doivent, en particulier, à ces employés, anciens élèves des missionnaires, la régularité du service postal, la fidélité et l’empressement à recevoir et à transmettre leurs dépêches et communications, ser. vices bien appréciables dans un pays comme la Turquie et dans des temps difficiles comme ceux que nous traversons. Plusieurs de ces em-
ployés se sont même compromis pour s'être
fait connaître comme trop partisans de la
France.
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3 Dans le Commerce et les carrières industrielles civiles, Mossoul compte aujourd’hui quatre Où Cinq pharmaciens diplômés, qui ont étudié la pharmacie dans les livres français, d’après les méthodes françaises, et qui font venir de France les produits chimiques et les médicaments qu'ils débitent dans la ville. Ce sont des élèves des Pères : quelques-uns même ont appris les principes de leur art au dispensaire de la mission, où ils se plaisent à revenir parfois aider nos Sœurs françaises dans la préparation des remèdes pour les malades. La mis- Sion a eu deux de ses anciens élèves reçus docteurs en médecine dans ces derniers temps, l’un qui à fait ses études à Paris est aujourd’hui médecin sanitaire sur le littoral de la Méditerranée. La langue française est devenue, grâce aux Dominicains, la langue officielle de Mossoul pour toutes les relations commerciales avec l'Europe, füût-ce avec l’Angleterre ou l’Allemagne. Les voyageurs, savants, archéologues, ingénieurs, qui traversent maintenant si fréquemment la Mésopotamie et le Kurdistan, ne trouvent d’interprètes que parmi les anciens élèves de la mission, avec lesquels ils doivent parler le français, qu'ils soient Russes, Anglais Où Allemands. Cette circonstance relève sin-
œulièrement aux yeux des indigènes le mérite de notre langue et l'honneur de notre pays.
Les Pères ont vu revenir plusieurs fois à Mossoul, comme gouverneurs du vilayet, comme pachas, militaires, ou occupant de hautes positions civiles, d’anciens élèves de leurs écoles
qui, bien que musulmans, y avaient appris la langue et l’amour de la France. Aussi les missionnaires doivent-ils à la gratitude que ces fonctionnaires leur ont gardée l’aplanissement de mille difficultés, la protection des intérêts chrétiens dans bien des circonstances et la déférence qu'ils témoignent aux désirs du consul de France. C’est là une disposition plus précieuse aujourd’hui que la force de contrainte et la sagacité diplomatique de nos représentants.
Disons maintenant quelques mots des services rendus à la philologie, à la bibliographie, aux sciences et aux arts par cette mission.
L'un de ses anciens membres a publié en lislie une grammaire et un vocabulaire kurdes, qui sont encore ce qu'il y a de plus clair et de plus solide sur cette langue. L’imprimerie de Mossoul a publié ou réédité de nombreux ouvrages classiques français : grammaires, exercices, anthologie, histoire, qui servent dans les écoles. Elle prépare, en ce moment, un dic-
tionnaire arabe -français. Le R. P. Scheil, missionnaire à Mossoul, collabore avec son frère, le célèbre professeur d’assyriologie à la Sorbonne, dans les travaux de découverte de monuments asSÿyriens autour de cette ville. Il lui envoie beaucoup de pièces qui ont de l’importance pour l’histoire assyrienne, Originaux ou estampages. Sa compétence dans l’assyriologie l’a fait nommer Correspondant.,du musée de Constantin 10ple. Le P: Besson, un des fondateurs de la mission Dos a un nom dans l’art comme peintre de talent. Ses travaux à Rome sont connus. A Ho il a composé plusieurs tableaux de grande valeur. en particulier deux Vierges, qui se trouvent dans l’église de la mission, 6ù les artistes reconnaissent la fraicheur de pinceau du disciple de Frà Ange- Hico.
Ainsi qu'il sied à de vrais missionnaires, les services rendus par les Pères Dominicains à la cause de l’humanité ne le cèdent en rien à CEUX rendus par eux aux sciences. Mer Lion, préfet de la mission, a été décoré de la Légion d’honneur pour sa belle conduite et celle de ses religieux, pendant lexcholér a de 1867. Le P. Lévy se distingua surtout dans cette circonstance par les soins qu’il donna aux cholériques musul-
mans, Ce qui assure à la France et à la mission les sympathies les plus chaudes et les plus persévérantes parmi les habitants des quartiers de Mossoul, restés jusque-là les plus fanatiques. La Révérende Mère Saint-Gélase et la sœur Domitille, décédées récemment, ont été pleurées à leur mort par les musulmans de Mossoul, aussi bien que le P. Lévy, à cause de leur dévouement aux malades pendant de. nombreuses années. Les trois dispensaires de 1.
mission, à Mossoul, à Mar-Yacoub et à Seert assistent annuellement plus de 40 000 malades de toutes religions et de toutes conditions.
À la suite de la grande famine de 1879-1880, le gouvernement français fit don à la mission d’une horloge publique pour reconnaître et rappeler à la population les milliers de faméliques assistés et arrachés à la mort pendant cet hiver terrible. La mission y épuisa toutes ses ressources. L’hospice des sœurs fut transformé, pendant quatre ou cinq mois, en assistance publique, où se distribuaient chaque jour plus de 500 portions de pain et de soupe. Un des Pères allait lui-même battre les villages pour trouver à acheter du blé. Pour pouvoir l’introduire en ville et l’amener jusqu’à l’hospice, il lui fallait une influence et une habileté
extraordinaires. Le don de cette horloge amena à bâtir le clocher très élevé qui surmonte la éoupole de l’église, et, à ce point de vue encore, a mission imposa le respect au fanaüsme musulman mécontent de voir ce signe de la religion chrétienne s’élever dans les airs en face des minarets des mosquées.
Le P. Defrance et ses compagnons à Van ont contribué pour beaucoup à sauver cette malheureuse ville du massacre général et de la destruction complète qui la menacaient lors de l'invasion des Kurdes, en juin 1896. C’est le P. Defrance, délégué français nommé par M. Cambon dans la question arménienne, qui donna à notre ambassadeur tous les rensei- :
gnements qui lui permirent d'intervenir efficacement en faveur des chrétiens. Télégrammes en Clair, rapports précis, presque quotidiens, d’une lucidité merveilleuse, il n’épargna rien, et, dans la circonstance, outre la peine, il y avait un danger très sérieux pour le Père et ses compagnons à protéger ainsi les chrétiens. Il sauva surtout la ville et empêcha l’extension qu'auraient certainement prise les massacres, le pillage et l’incendie, en restant au milieu des chrétiens quand le gouvernement turc déclarait à l’ambassade et faisait notifier aux Pères le
PATRIOTES ET SAVANTS. ii
danger qu'ils eouraient en ne se réfugiant pas dans la citadelle, le seul endroit où il pouvait garantir la sécurité des étrangers. Le représentant du Sultan à Van insista beaucoup pour amener le P. Defrance et les consuls des autres puissances à accepter cette proposition. C’est le Père qui s’y opposa et détermina les consuls à s’y opposer également. Cette résolution fut le salut de la ville. Le Père et les consuls restant parmi les Arméniens, ouvrant leurs maïi- Sons à tous ceux qui voulaient s’y réfugier, les Kurdes massacreurs furent gènés dans leurs opérations et ne purent conduire leur dessein jusqu’au bout. En récompense de sa conduite, et pour utiliser ses talents et son dévouement. M. Cambon fit nommer le P. Defrance agent consulaire de France à Van, charge qu'il exerce depuis trois ans avec une intelligence, une claïirvoyance et un désintéressement auxquels tous nos ambassadeurs, même les moins suspecis de cléricalisme, comme M. Constans, se plaisent à rendre hommage. C’est aussi le mérite de ce religieux, ses continuelles interventions, ses fréquents appels à la charité chrétienne et française, qui attirent depuis trois ans vers ces pauvres victimes des massacres et de la famine les secours qui leur permettent
de vivre au jour le jour et leur apprennent à aimer la France comme leur bienfaitrice, malgré les subsides bien autrement abondants qui leur viennent du côté de l’Angleterre et de l’Amérique. La France donne peu relativement, mais elle donne bien, parce qu’elle a, en Arménie, des mains qui savent distribuer avec autant de discrétion que de désintéressement et de vér1table charité, ce qui vaut mieux, pour les chrétiens d'Arménie et le bon renom de la France, que les grosses sommes souvent moins discrètement et moins charitablement distribuées.
Les Pères Dominicains, bien que n'étant pas à Jérusalem en pays de mission, y ont une r'ésidence, comme la plupart des grands ‘ordres religieux. Plusieurs de ceux qui y habitent se sont spécialement occupés d’études archéologiques et linguistiques. Le P. Lagrange nous à montré les fondations et sépultures de l’église primitive de Saint-Étienne, en dehors des murs nord-est de la ville sainte. Il a bâti là une superbe église qui fait honneur à la France. Il a eu la chance de trouver en terre Sainte des vestiges fort remarquables de la puissance assyrienne, entre autres une inscription en caractères cunéiformes, qu'il a: communiquée à l’Institut; où elle a été fort remarquée. Dans
une des salles de la résidence, nous avons pu voir un musée archéologique, qui comprend déjà un certain nombre de pièces de valeur inscriptions antiques, cunéiformes. hébraïques, arabes, turques, latines, etc., des médailles et des sculptures. Chaque semaine, on fait là des conférences d'histoire biblique ou d’archéologie, qui attirent les principaux Européens habitant Jérusalem ou les environs. Elles ont été plus d’une fois honorées de la présence du consul de France, en particulier de celle du regretté M. Ledoulx.
Le P. Lagrange a fondé, en 1892, la Revue biblique internationale ! fort appréciée des savants. C’est la revue d’exégèse la plus importante qu’on connaisse. Elle est l’organe de l’école pratique d’études bibliques fondée par le même Père au couvent dominicain de Saint- Étienne à Jérusalem.
Puisque nous voici revenus à Jérusalem, parlons un peu des Pères Franciscains, qui y sont, comme l’on sait, chargés officiellément de la garde des saints lieux, et y ont, par suite, le pas sur toutes les autres communautés religieuses. Les disciples de saint François d’As-