‹ Nos missionnaires patriotes et savantsChapitre 5 sur 25 · EE · texte numérisé non relu

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Nous ne nous doutions guère alors que le Royaume Ermite, comme on l’a souvent appelé, serait officiellement représenté à l’Exposition universelle de Paris en 1900 et que nous receviions une invitation de M. le comte Mimerel, commissaire général de Corée, pour assister à l’inauguration du pavillon de Corée, le 25 juin 1900, en compagnie de notre vieil ami de Pékin, M. Collin de Plancy, ministre plénipotentaire du gouvernement français à Séoul.

Or tout ce que nous connaissons jusqu'ici de Ce pays Curieux, nous le devons aux vaillants Pères des Missions étrangères. C’est grâce à eux, on peut le dire, que cette contrée si réfractaire à la civilisation étrangère à vu briser enfin les murs de son isolement et forcer les portes de sa capitale. ( C est pour venger le sang de nos martyrs et obtenir la mise en liberté de ceux qui gémissaient a les prisons que le gouvernement français envoya l’amiral Roze à Kang-hoa, et que M. Dillon, consul de France à Tien-tsin, alla, un peu plus tard, signer avec le roi de Tchao-hsiang, nom officiel du pays, le premier traité franco-coréen.

Or les seules “connaissances complètes que l’on possède sur l’histoire du royaume du Calme matin se trouvent dans les lettres des

missionnaires français de Corée. Elles ont été réunies en deux gros volumes, par l’abbé Dalet, sous le titre de Histoire de l’Église de Corée, qui date d’une trentaine d’années!. Tout ce qui concerne la langue et l’écriture (dérivée du sanscrit) si curieuse de ce pays est consigné dans le seul dictionnaire franco-coréen que l’on connaisse et qui est dû, lui aussi, à nos missionnaires. Si, de Corée, nous pénétrons au Japon, nous y trouvons encore les Pères de la rue du Bac, qui y ont recueilli la succession des confrères de saint François Xavier, dès qu'il

leur fut possible de s’y introduire. Quand l’Empire du Soleil levant ouvrit enfin ses ports aux navires étrangers, vers 1867, les commandants de nos navires de guerre ne purent entrer en relations avec les fonctionnaires et le peuple japonais que par l’intermédiaire des missionnaires dont l’un, l’abbé Evrard, fut pendant longtemps l'interprète officiel de la légation française auprès du Mikado?. C’est qu'à cette époque, en dehors d’eux, personne peut-être

1 C'est aussi M. Dalet qui fit faire à Paris les premières fontes de caractères de plusieurs dialectes de l'Inde entre autres du Kanara.

9 I1 vient d’être, le 14 juillet dernier, décoré pour la seconde fois de la croix de la Légion d'honneur, comme interprète honoraire de la légation de France au Japon.

en France ne connaissait cette charmante mais difficile langue des daïmios et des mousmés.

Comme en Chine, comme en Corée, c’est à eux que l’on doit les premiers livres de linguistique japonaise et les premières descriptions du pays.

Mais rentrons en Chine par Chang-haï, ce grand port commercial doublé d’une ville étrangère qui ferait honneur à plus d’un pays d'Europe et que les Anglais, dans leur amourpropre britannique, ont appelée le Model Settlement, la concession modèle. À quelque 8 kilomètres à l’ouest se trouve le plus bel établissement des missions catholiques françaises dans tout l’Empire chinois. Il s’agit de Zi-kaweï, en langue locale : village de la famille Z1. C’est dans cet endroit, près du tombeau de Zi ou Siu Ko-lao, le premier mandarin converti par les Pères Jésuites au xvIrn° siècle, et qui fut ministre (Ko-lao) à la cour de Pékin, que les dignes successeurs des fameux savants envoyés par Louis XIV à l’empereur Kang-hsi, pour calculer le calendrier et dresser la carte de l’empire, ont établi leur principale résidence. On a pu en voir cette année un fort On avait en effet oublié à la chancellerie qu'il Ia possédait depuis bientôt quinze ans.

beau plan en relief, exécuté par Les orphelins de Tou-sa-weiï !, dans la section des missions catholiques à l'Exposition universelle de Paris. Là se trouve la maison de résidence principale des PP. Jésuites missionnaires dans les deux provinces du Kiang-sou et du Ngan-hoei sur le cours inférieur du Yang-tzé. Une autre résidence importante se trouve à Ho-kien-fou dans le Tché-li-sud-est. C’est à Zi-ka-weï que les Pères. disséminés dans le pays, viennent se retremper dans des retraites annuelles ou se soigner au besoin. Là est la résidence du vicaire apostolique. Un vaste séminaire y loge les jeunes Chinois, qui, après une sévère sélection et de nombreuses années d’épreuves, seront ordonnés prêtres. Une construction non moins étendue renferme l’école de Chinois où des Pères indigènes et Français professent les rudiments de la langue mandarine et ceux du dialecte local. On y prépare même aux examens du baccalauréat et de la licence, et l’un de ces professeurs de langue chinoise est le très savani P. À. Zottoli, auquel on doit la traduction en élégant latin de tous les classiques enseignés

1. Nom d’un second village de chrétiens tout proche de Zi-ka-weï et où se trouvent les classes et ateliers des orphelins de la Sainte-Enfance.

Le FRS

aux lettrés. Ce Cursus litteraturæ Sinicæ 1, qui ne compte pas moins de 5 grands volumes in-8° d’environ 700 pages chacun, avec le texte chinois en regard du latin et des notes fort abondantes, est le plus beau monument élevé par un étranger à la langue chinoise. Il laisse loin derrière lui toutes les traductions des livres des grands philosophes chinois éditées par des sinologues aussi distingués que Legge chez les Anglais, Stanislas Julien en France. Il sera complété sous peu par une édition en une dizaine de volumes du fameux dictionnaire de Kang-hs1i, avec traduction latine et française, à laquelle le P. Zottoli travaille depuis plus de vingt ans, et qui aurait déjà vu le jour si une partie du manuscrit n’avait péri dans l’incendie allumé par les Chinois à la mission de Ou-hou, il y à quelques années. Nous savons de bonne source que grâce à l’aide de nombreux copisites chinois, et de quelques-uns de ses confrères, entre autres du P. H. Havret et du P. de Bussy, ce formidable travail sera beaucoup plus Complet et plus exact que le dictionnaire de l’empereur Kang-hsi qui fait loi parmi les lettres, malgré la quantité d’erreurs dont il fourmille

1. Cursus litteraturæ Sinicæ neo-missionariis accomodatus, par le P. Ange Zottoli, $. J.

et que nos savants missionnaires ont mis des années à corriger, en consultant et comparant soigneusement les sources mêmes de toutes les citations.

Un certain nombre de Pères résidant à Zi-kawei, Ou dans les missions, ont mis à profit les moments de répit que leur laissait le professorat ou l’évangélisation des Chinois, en publhiant de nombreux ouvrages de linguistique, d'histoire, de science ou de géographie. Ce sont : divers dictionnaires chinois-français, ou inversement ; chinois-latin et latin-Chinois, par les PP. Couvreur et Debesse ; des guides de Ia conversation ou du style épistolaire, des choix de documents traduits en français, des méthodes pratiques pour apprendre les classiques, etc., édités sur les presses de Zi-ka-wei ou de Ho-kien-fou par les PP. L. Wieger, H. Boucher, ou $S. Couvreur. Dans une série de brochures extrêmement appréciées des sinologues et des savants, nous trouvons, sous le titre général de Variétés sinologiques, une collection de monographies des plus intéressantes sur des sujets concernant la Chine, et dont le n° 47 vient de paraître. Ce sont des descriptions illustrées de l’île Tsong-ming, de la province de Ngan-hoei, du P. H. Havret ; du Canal

impérial, par le P. D. Gandar ; des notions techniques sur la propriété en Chine, par le P. chinois P. Hoang ; des études philologiques Sur les plus anciennes inscriptions lapidaires de la Chine, telles que celles de la stèle chrétienne de Si-ngan-fou !, ou les stèles juives de K’aï-fong-fou ?.

À côté de la résidence et du collège de Zi-ka- Wei, se trouve un Muséum d'histoire naturelle dans lequel le P. Heudes a entassé les riches collections qu’il a réunies pendant ses voyages en Chine, au Japon et aux îles Philippines. Ces collections ont été soigneusement décrites par lui et illustrées par le crayon délicat de son savant confrère, le P. Ch. Rathouis, ancien médecin et naturaliste distingué lui aussi, dans une série de brochures in-4°, fort bien imprimées et lithographiées sur les presses de la mission. Signalons en passant une description de nombreuses coquilles fluviatiles de la Chine,

LeP:H.: Havret.

2. P. J. Fobar. Sont en préparation : l'Observatoire de Zi-ka-wei, par le P. St. Chevalier; De La composilion chinoise, par le P. J. B.: P'é: les Droits des missionnaires en Chine, par le P. J. Tobar: l'Histoire du royaume de Tsin, par le P. A. Tschepe : le Manuel du sinologüe en 4 parties, par les PP. H. Havret et G. Chambeau.

des monographies sur les grandes tortues découvertes dans le Yang-tzé-kiang, par le P. Heudes : d’autres sur les Cervidés et les Suidés de la Chine, du Japon et des Philippines, du même Père. Ces travaux ont été hautement appréciés par les savants de notre Muséum de Paris, dans la bibhothèque duquel ils sont catalogués avec le respect dû à leur valeur.

Non loin du Muséum d'histoire naturelle, s'élève, isolé au milieu d’un vaste jardin, et par suite à l’abri de toutes les influences perturbatrices, l’observatoire météorologique, où nous avons vu se succéder depuis vingt-huit ans des savants aussi distingués que les PP. Lelec, M. Dechevrens, Gaillard, Chevalier et Froc. Là, on trouve tous les instruments nécessaires pour l’étude du ciel, de l’atmosphère, des mouvements sismiques du sol et l'établissement des cartes. Un pavillon spécialement construit tout en bois et briques, et sans une parcelle de fer, a été affecté à une collection de boussoles chargées d’enregistrer, d’une facon continue, sur des papiers photographiques, entraînés par des mouvements d’horloserie, toutes les variations dans la direction et l'intensité du magnétisme terrestre: Le météorographe du P. Secchi, considérablement

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perfectionné et complété par le P. M. Deche-

vrens, inscrit ailleurs, sur ses tableaux mou-

vants, tous les phénomènes de l’atmosphère.

Au fur et à mesure de l’établissement des

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lignes télégraphiquessous-marines ou aériennes.

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vernement chinois, l’observatoire de Zi-ka-weï. le plus parfait de tout l’Extrême-Orient, a été mis successivement en relation directe avec tous

s points de l’Asie extrême orientale où se font des observations météorologiques. Il est aujourd’hui en communication quotidienne avec un

grand nombre de stations s’éten:

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ant se Singapour, Saïgon et Manille jusqu’à Vladivostock, en passant par les ports de la côte de Chine et ceux du Japon. Grâce à la libéralité des compagnies de câbles et à celle des gouvernements, ce service est fait gratuitement et le directeur de l’observatoire centralisant tous ces renseignements peut, en se servant à son tour des lignes télégraphiques, prévenir di tous les ports du réseau de l’approche d’un typhon, de l’imminence d’une inondation ou de tout autre cataclysme menaçant la sécurité des navigateurs, ou celle des riverains du Yang-tzé.

Les résultats de tous ces travaux sont publiés

réguhèrement en

un bulletin in-4°, qui est

échangé avec tous les principaux obsérvatoires du monde. Cet énorme travail n’empêche pas le Père directeur de se livrer à

spéciales. C’est

des recherches es

, 1 UE ï 1 RRRRT MURS ainsi que le P. M. Dechevrens \ pu, à L'aide d’une haute tour en bois

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‘appareils de son invention, découvrir les lois le certains mouvements de l’atmosphère dan le sens vertical. Il a publié également de très intéressants mémoires sur les typhons principaux qui ont éprouvé les côtes de Chine Japon, sur la lumière zodiacale, et Il a exposé un remarquable instrument. dit Campylographe, inventé par lui pour le tracé de courbes spéciales !, et qui a été présenté à l'Académie des Sciences par M. Lipmann, le célèbre

inventeur de la photographie directe

des couleurs.

Le Conseil municipal de la concession fran- : Chang-haï a obtenu de l’observatoire le service quotidien de l'heure. A cet effet, un: hgne télégraphique et téléphonique Struite entre Z1-ka-wei le quai de France. A

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a été Con- »f ; auillon levé cIr et un pavillon élevé sur midi précis, une boule 1. Le P. Marc Dechevrens est-actuellement chargé de l'observatoire météorologique établi par les PP. Jésuites dans leur collège de l’île de Jersey dans la Manche.

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fixée au haut d’un mât, qui se dresse au-dessus du pavillon, tombe d’une certaine hauteur et permet ainsi aux capitaines des navires en rade de régler leurs chronomètres. C’est aussi sur ce mat qu'on arbore des séries de pavillons du code international, pour informer la marine de l’état probable de l'atmosphère pour la journée et de la direction des cyclones, quand ils se meuvent sur la côte. La nuit, les pavillons sont remplacés par des fanaux colorés.

Mais les Pères Jésuites de la mission du Kiang-nan! n’ont pas trouvé qu'ils avaient encore assez fait pour la science et l'humanité. Ils se sont décidés l’an dernier à doubler l’observatoire météorologique d’un établissement astronomique, dont le savant P. de Beaurepaire a été chargé de choisir l’emplacement et de surveiller la construction et l'installation sur la colline de Z0-cé, à une huitaine de lieues de Chang-haï. Il a fait au préalable pour le Conseil municipal des concessions étrangères un bon levé de la route entre les deux points. On a commandé en France à M. Gautier, le constructeur de la fameuse grande lunette de lEx-

position, un télescope à deux objectifs, permet-

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