‹ Nos morts contemporainsChapitre 13 sur 22 · IV · texte numérisé non relu

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ces avec une véhémence qualîOée de vivacité nerveuse par euphémisme mondain, mais qui, dans le langage des gens sans monde, a toujours porté le nom plus vrai de violence. Qui ne se le rappelle, par exemple, à la première exposition universelle, sortant avec précipitation et comme suffoqué de la salle d'Eugène Delacroix, en criant : « Gela sent le soufre, cela sent le soufre, » pantomime et parole que sa rivalité avec le grand coloriste rendait pour le moins d'un goût douteux. Quelquefois cette violence était tellement exagérée qu'elle en prenait une tournure plaisante. J'entends encore Hector Berlioz raconter comment M. Ingres, grand admirateur de Mozart, ayant été amené dans le cours d'une conversation à se prononcer sur le compte de Rossini, s'était levé tout à coup en vociférant avec fureur : (c Ne me parlez pas de cet homme; s'il était ici, je lui donnerais un coup de couteau. » Il entre un jour en notre présence dans un salon où était appendu un portrait de Ricard, s'en approche, et, s'étonnant de trouver l'œuvre moins mauvaise qu'il ne s'y attendait : « Mais c'est donc un peintre que M. Ricard? » s'écrie-t-il pour exprimer sa dédaigneuse estime. Plus discret en apparence à l'égard du pauvre Gleyre, le dédain de M. Ingres n'en fut pas moins fatal à l'artiste. Lorsqu'il vit les peintures exécutées par l'auteur futur de tant d'œuvres magistrales, il ne prononça pas une parole, mais^ au témoignage de Célestin Nanteuil, il se voila les yeux de ses deux mains par une pantomime qui lui était habituelle lorsqu'il vou-

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lait abréger Vexpression de sa sévérité et porter une condamnation absolue sans paraître insister. C'en fut assez; le lendemain ^ les peintures de Gleyre étaient effacées par ordre du duc.

Les amis de M. Ingres, nous dit M. Clément, ont toujours nié que le maître ait eu part à cette œuvre de destruction, et prétendent qu'il se borna à demander que les parties secondaires de la décoration du château fussent confiées à ses seuls élèves. Cette justification, à notre avis, laisse quelque chose à désirer, car qui ne voit que cette demande aboutissait exactement au même résultat que l'exigence la plus rigoureuse? En vérité, plus on réfléchit à la conduite tenue par M. Ingres en cette occasion, plus elle paraît injustifiable. Ce qu'il y a de presque piquant dans cette lamentable affaire, c'est que, en frappant ce coup cruely M. Ingres frappait directement sur ses propres troupes et pour ainsi dire sur lui-même. Il ne se douta pas que ce coup atteignait le seul artiste contemporain qui offrit avec lui de manifestes analogies, un artiste solitaire comme il Tavait été lui-même pendant tant d'années et pour les mêmes raisons, soucieux à son égal de la dignité de l'art et impatient à son égal aussi du charlatanisme des coteries, épris des mêmes modèles et assignant à la peinture pour même but suprême la reproduction respectueuse de la beauté. Ces ressemblances, M. Ingres était excusable sans doute de ne pas les deviner, Gleyre étant alors profondément inconnu; mais la victime les sentait certainement, et le sentiment

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iUe en avait n'en- rendait sa blessure que plus loureuse. Être frappé par ceux que l'on hait et l'on méprise n'est rien, l'âme n'en rebondit soua trage que plus vigoureuse ; mais être frappé par s. que l'on aime ou que l'on respecte, voilà qui tout courage et nous laisse sans reBsources pour ësistance ou la vengeance. C'est la mélancolique érience qu'eut à faire le pauvre Gleyre, et il la fit ; une entière noblesse, car, interdisant à son léne ressentiment d'attenter à son respect, il resta ;OurB muet sur cette injustice et ne se permit ais un mot amer contre l'homme éminent qui la ivait infligée.

oilà bien des causes de solitude; cependant un ain biais de nature en ajoutait une dernière, la ; puissante de toutes, car elle la rendait irrémé-' lie. Gleyre était affligé d'une misogynie ou d'une opkobie, comme on voudra nommer ce travers mtrique, qui lui fit redouter le mariage à l'égal a plus désastreuse calamité. Il y a, croyons-nous, de misogynes par nature, et c'est d'ordinaire par dent ou réaction dangereuse qu'on est atteint de s curieuse maladie. La misogynie est aloi-s le fruit le expérience amëre qui ne peut se faire qu'assez ivement. On y arrive par révolte contre l'ingrati- ! féminine, par désespoir d'avoir été trahi, par iris d'un amour mal placé; Shakespeare dans ibelitte et Arioste dans l'Oriando nous ont préé des exemples motivés avec une ironique élonce de celte aberration du cœur, excessive peut-

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être, mais souvent justifiable. Ce n'était par aucune des causes que nous venons d'indiquer que Gleyre était arrivé à la misogynie. S'il y avait eu des chagrins d'amour dans sa vie, il n'en avait rien transpiré, et il est permis de croire que c'étaient plutôt des chagrins d'avant que des chagrins d'après réalisation ; or l'on dit que les premiers sont infiniment plus purs, plus poétiques et moins atroces que les seconds. Gleyre avait d'ailleurs été pauvre toute sa vie, et qui ne sait qu'un des seuls bénéfices de la pauvreté et de la mauvaise fortune est d'exempter de telles souffrances! Ce qui prouve que cette gynophobie était bien chez lui une inclination de nature, c'est que nous l'y voyons exister de tout temps. Tout enfant, il s'écriait en assistant au mariage d'un de ses parents : « Est-ce qu'on est forcé de se marier quand on est grand? > Lorsque son frère Samuel se maria en 1826, il en eut un profond chagrin. « Tu me semblés toujours bien taquin pour ennuyer le pauvre Samuel avec sa femme. N'est-il pas déjà assez malheureux d'être marié? » écrivait-il quelques années plus tard à un autre de ses frères. Si profonde était son antipathie à cet endroit du mariage que les ennuis les plus extrêmes de l'isolement étaient incapables de le réconcilier avec cette belle institution. Un jour que M. Clément le priait d'abdiquer la liberté un peu glaciale de son célibat contre la sujétion plus tiède du mariage, Gleyre coupa court à la conversation par ce mot singulier peut-être, mais capable cependant dé faire réfléchir quelques personnes : « Me

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voyei-voas trouvant ehez moi une étrangère en veor trant le soir? » On ferait un charmant petit livre des mots piquants et facétieux de Gleyre sUr le mariage, à rinstar des table talks des illustres Anglais ou des dits et sentences mémorables des sages de l'antiquité. Uq de ses amis lui annonçait son mariage : « Hélas! dit*il) je me suis toujours douté que vous finiriez ainsi. C'était voire pente. » P'un autre il disait : « Fortune» talent, santé, il avait tout, mais il était marié. > On le voit dans ses lettres enregistrer comme des catastrophes les mariages successifs de tous ses amia, et mener tour à tour leur deuil avec une expression de regret dont la sincérité ne peut être mise en douta, c Tu as peut-être entendu parler du malheur arrivé à FlaeheroUy écrit-il de Tun de ces amis. Cela nous a fait bien de la peine. C'était un si bon garçon! L'infortuné a succombé après une lutte de trois ans. Il n'y a plus à en douter* Je Tai vu, de mes propres yeux vu, A vingt-cinq ans, marié!.., je n'y veux plus penser. » Quelquefois cette catastrophe du mariage lui apparaît comme le légitime châtiment des péchés de la victime, c'est le seul cas où il y applaudisse, e; J^ai vu ce matin Kaisermann, de la Sarraz, dont vous avez peut-être entendu parler. C'est un vieux chien d'avare dont il n'y a rien à espérer de bon. Il va, je crois, . renvoyer ses neveux et se marier. Il est bien juste qu'il soit puni de tous ses péchés à la fin. » Si forte est la préoccupation de cette antipathie qu'elle le poursuit même lorsqu'il pense et rêve. Parmi les notes qu'il écrivait pour son propre compte et qui

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n^étaient pas destinées à passer sous d'autres yeux que les siens, nous rencontrons celle que voici : « Dieu veut éprouver Job. Tout est possible à Diefu. Il lui enlève toutes ses richesses, brûle ses maisons, fait mourir ses fils et ses filles, le couvre d'ulcères, mais il lui laisse sa femme. Serait-ce une épigramme de l'écrivain sacré?» On pourrait dire sans trop d'exagération qu'il n'a réellement toute sa verve et tout son esprit que lorsqu'il exprime sa gynophobie. Alors tout coule cqmme de source, c'est pour lui un véritable mobile d'inspiration et d'originalité,

La vie a vraiment d'étranges compensations. Elle avait, nous venons de le voir, tout refusé à Qleyre, fortune, amour, succès, et cependant ce fut à la persistance même de ces refus qu'il dut sa célébrité. Il y eut un jour où le cœur trop plein déborda, où l'âme sentit le besoin de se plaindre du long déni de justice de la destinée. Un certain soir, au bord du Nil, il avait eu naguère une vision étrange dont le souvenir lui était toujours resté présent; une barque chargée d^anges d'une beauté merveilleuse lui était apparue glissant sur le fleuve aux accords d'une musique céleste. Il traduisit cette vision par le pinceau, et il en résulta ce délicieux tableau du Soir^ dont le grand succès au salon de 1843 fit entrer son nom dans la mémoire du public.

Si jamais peinture a mérité le nom A^autobio-» graphique , c'est bien celle-là. Cette vision à la fois brillante et mélancolique, c'est l'image même

de sa vie, transfigurée et condensée de la manière la plus poétique et la plus élégante. Sous cette transfiguration, tout ce qui avait été misère ou vulgarité dans son existence s'est éteint ou a dis- J paru, et il n'en est resté que ce qui tenait à l'être moral et méritait d'en resplendir, les longues tristesses et les espoirs blessés. Toutes les promesses trompeuses de sa jeunesse, il en a chargé cette barque qui fuit sous le regard de ce poète assis sur la rive du fleuve dans une attitude de si morne accablement, douloureuse incarnation de ses déceptions et de ses lassitudes. Il ne faut pas non plus une bien grande attention pour découvrir dans cette toile la présence de ces sentiments de misogynie dont nous accusions tout à l'heure chez l'artiste la singulière vivacité. La composition de cette scène, que nous n'osons appeler ravissante malgré toute sa grâce, a été combinée de manière à rendre avec la plus extrême simplicité de moyens Texpression du désespoir le plus profond et le plus inguérissable. Le poète et les personnages de la barque ne paraissent pas s'apercevoir. D'un côté tout est indifférence, de l'autre tout est torpeur. Ces belles jeunes femmes ne sont occupées que d'elles-mêmes; que leur en coûterait-il d'interrompre un instant leurs concerts pour appeler le malheureux qui ne serait pas indigne de leur compagnie? Et le poète, de son côté, pourquoi reste-t-il plongé dans sa rêverie et ne fait^il aucun mouvement pour appeler l'attention sur lui? Rien ne lui serait plus aiséy car la barque est pour ainsi dire à sa por-

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tée, et il pourrait y sauter de la rive. Il est bien las, il est vrai, car le bâton de pèlerin sur lequel pose sa lyre dit assez qu'il a longtemps marché sous la chaleur du jour; mais est-ce à la seule lassitude qu'il faut attribuer cette inertie? Non, cet accablement parle avec plus d'éloquence. « A quoi bon appeler, dit ce morne personnage, mon âme ne serait plus assortie à tant d'heureuse turbulence, ma triste expérience serait en désaccord avec tant de gaie candeur. C'est aux fraîches heures de la matinée ou aux chaudes heures de Taprès-ciidi qu'il fallait rencontrer cette barque; maintenant il est trop tard. Voyez, les ombres descendent épaisses comme pressées de s'emparer de la terre, il ne reste au ciel qu'une longue nappe de rouge lumière, emblème de la jeunesse qui s'éteint; la lune, astre propice aux souvenirs mélancoliques, montre son croissant et m'invite à me rappeler le temps qui s'est enfui; seules, quelques abeilles d'or, symboles des paroles harmonieuses, bourdonnent dans la splendeur du couchant, comme pour m' avertir que l'inspiration même, don suprême de mon génie, touche à ses derniers accents. Que cette barque continue donc son heureux voyage, tandis que moi j'attendrai ici la nuit, où ma noire rêverie glissera comme dans son élément naturel. Que ces jeunes femmes effeuillent insoucieuses les fleurs de leur vie à l'ipstar du bel enfant assis sur le bord de la barque; elles auront eu au moins, quand viendra l'heure des regrets, le bonheur de les avoir effeuillées, et elles ignoreront qu'il y a

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quelque chose de plus cruel que de perdre ses illusions : c'est de ne jamais rencontrer la réalité qui nous permet de prendre la mesure de notre rêve. » Tel est, traduit en langage vulgaire, le sens de cette œuvre radieusement lugubre, où la plus délicate harmonie a rapproché et fondu les caractères les plus opposés, œuvre à la fois impersonnelle par la conception et personnelle par l'accent, généralisation morale sans rien d'abstrait et confidence individuelle sans aucune souillure de réalisme, une des seules toiles que nous connaissions qui possède le rare privilège de faire éprouver à un égal degré le genre de plaisir que donne la peinture et le genre de plaisir que donne la poésie. Et ce charmant tableau n'est pas seulement un résumé de la vie mo^le de l'artiste, il est encore un résumé de sa vie intellectuelle, et, si j'ose ainsi parler, un élixir de toutes les lectures enthousiastes de sa jeunesse. Gleyre se raidit pendant toute sa carrière pour échapper aux influences de son époque, mais il fut un jour au moins où il succomba en toute naïveté, et ce fut le jour de ce tardif et heureux début. Le Soir, en eflTet, porte au plus haut degré le cachet du romantisme. En peignant cette toile, Gleyre fit en toute exactitude une œuvre très analogue au Lac de Lamartine, à la Tristesse (TOlt/mpio de Victor Hugo, à la Nuit de décembre d'Alfred de Musset, et qui n'est inférieure à ces admirables inspirations poétiques ni pour le lyrisme de la facture, ni pour la puissance de transmission du sentiment.

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Ce tableau du Soir est à peu près tout ce que la >i

foule a jamais connu de Gleyre. En effet, quoique sa carrièTe d*arliste ait été longue, elle fut pour le public presque aussitôt fermée qu'ouverte. En 1845, il exposa la Séparation des apôtres^ et, malgré le succès obtenu par cet ouvrage, il renonça dès lors, pour les singuliers scrupules que nous avons dit, à pendre part aux tournois annuels de l'art. Une de ses plus belles œuvres, la Danse des bacchantes^ achetée par don François d'Assise, figura pendant quelques jours au salon de 1849, où elle fut envoyée par l'ambassade d'Espagne, mais ce fut contre le gré et à rinsu de l'auteur, qui la fît enlever dès qu'il eut connaissance de cette sympathique indiscrétion. À partir de ce moment, la vie de Gleyre, sauf quelques rares voyages, ft' offrit plus aucun incident digne d'être noté. Ses vingt-cinq dernières années s'écoulèrent au sein de la plus laborieuse uniformité et pourraient être résumées par ces simples mots imités des concises épitaphes romaines : il garda l'atelier et fit de nobles tableaux. Chaque jour le vit à son chevalet travaillant pour le compte du beau avec le désintéressement de l'ascète qui s'est voué tout entier au service d'un Dieu qui lui reste caché, chaque soir le vit causant politique et art avec quelques groupes d'amis choisis, ou écoutant avec une attention recueillie qui n'excluait pas toujours l'ironie les controverses des hommes d'État du fameux divan Lepelletier sur l'état présent et les destinées plus ou moins proches du monde. Le Penthée^ les Romains sous le

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, ÏOmphale, le Daphnis et Chloé, la Minerve et jrâces, voilà quels furent dès lors les événe- Ls de sa vie. Si n'avoir pas d'histoire constitue le leur, Gleyre put donc être heureux pendant la dde moitié de sa carrière ; mais il est douteux que lèbre aphorisme de Montesquieu s'applique avec nt d'exactitude aux individus qu'aux peuples, ir conséquent je crains fort que le bonheur de ra pendant ces longues années se soit composé ilement d'une tranquille tristesse ; c'est au moins ui visage sous lequel m'ait jamais apparu cette rtaine félicité.

)us insisterons moins sur l'artiste que nous n'avons té sur l'homme, et dans l'artiste c'est encore nme que nous chercherons avant tout. Les desions aussi abondantes qu'exactes que M. Clément nnées des œuvres de son ami nous abrègent en

cette partie de notre tâche, et les jugements i minutieusement motivés qu'équitablement for* b qu'il en a portés nous invitent à nous en tenir ce sujet à nos impressions les plus strictement onnelles. Gleyre n'est point un de ces artistes lesquels les opinions peuvent variera l'infini et

comportent des jugements opposés. On peut ler ou ne pas l'aimer, mais ni la sympathie ni .ipathie ne sont susceptibles à son égard de nomises nuances. En écrivant son livre, M. Clément a é pour tous ceux qui aiment le talent de Gleyre, )pinions et ses jugements ont pour ainsi dire un ctère collectif ; en conséquence, à quoi bon

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répéter ce qui a été excellemment dit une fois, et dit en quelque sorte en notre propre nom?

Les opinions longuement réfléchies de Gleyre sur. la nature, la portée et l'objet propres de son art donnent la clef de son talent. Ces opinions étaient saines, judicieuses, énergiquement exclusives. II n'admettait pas que la reproduction des scènes de la vie familière fût un emploi digne de la peinture, à moins que ces scènes ne permissent Tétude du nu et ne se prêtassent ainsi à Texpression de la forme. C'est dire qu'il excluait les sujets de genre des domaines de l'art véritable, et que, tout démocrate qu'il était, il ne se serait nullement gêné à l'occasion pour dire comme Louis XIV, et pour les mêmes raisons que lui, devant certaines manifestations de l'art réaliste : < Eloignez de moi ces magots. » Le paysage lui semblait un genre de décadence, et Timportance si glorieuse à certains égards qu'il s'est conquise dans l'art contemporain une usurpation ; il ne voyait guère dans la nature que des encadrements et des fonds, et en réalité il ne l'a jamais fait servir qu'à cet usage accessoire, bien que ses paysages aient toujours été traités avec autant de conscience et de soin que les figures qu'ils étaient chargés d'encadrer. La peinture dramatique et d'expression telle que certaines écoles l'ont entendue, c'est-à-dire violente, fougueuse, mouvementée, ne lui agréait ni chez les maîtres passés, ni chez les artistes contemporains, et je crois bien que Rubcns est la seule exception sérieuse qu'il fit à cet égard. Je ne lui ai jamais

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