‹ Nos origines (volume 2)Chapitre 122 sur 140 · Polybe, l. Il, c. xvii, § 3; édition Didot, p · texte numérisé non relu

Polybe, l. Il, c. xvii, § 3; édition Didot, p

2. Appien, De rehus Gallicis, c. ii; édition Didot, p. 2o, 26. Appien écrivait vers l'an 100 après J.-C.

der de venir s'installer en maîtres dans le pays qui produisait de si bonnes ciioses. Ils entrèrent done en Italie et lirenl le siège de Clusiiim, aujourd'luii Cliiusi, provinee de Sienne en Toscane, d'où ils gagnèr-ent Rome. Tel est le récit que nous lisons chez Denys d'Halicarnasse, dont les Antiquités romaines ont été terminées l'an 8 avant J.-C. V Ce récit a été reproduit par Plutarque qui mourut vers l'an 120 de notre ère*. Il s'accorde avec la doctrine de Poiybe, n" siècli^ avant notre ère, avec celle de Diodqre de Sicile vers l'an 40 avant notre ère, avec celle d'Appien 160 après notre ère, pour faire de l'invasion celtique en Italie et du siège de Rome deux événements qu'un très court intervalle sépare.

Tite-Live l'crivait le livre V de son Histoire romaine entre les années 27 et 20avant notre ère, peu après la rédaction de \a. Bibliothèque de Diodore de Sicile, et anti'Tieurement à la publication des Anliquités romaines de Denys d'Halicarnasse. Il a connu la vieille chronologie adoptée par les auteurs de ces deux grands ouvrages ; elle a plusieurs fois pénétré dans son récit Mais il déclare donner la préférence à une chronologie nouvelle. Cette chronologie met vers l'an 600 avant J.-C. la conquête de l'Italie du nord par les Gaulois sur les Étrusques; il supprime ainsi le synchronisme établi par Poiybe entre la domination étrusque dans le bassin du Pô et la domination étrusque en Campanie, 471-424^ Toutefois, par une contradiction singulière, Tite-Live parle en deux endroits comme s'il tenait pour l'iincienne doctrine', seule admise par les autres écrivains de Tanliquilé, seule soulenable aujourd'hui.

Malgré ce grave di'laut le n'cit de Tite-Live est très intéressant.

Il nous rapporte probablement d'après Timagène, dont la source devait être ici quelque chant épicjue gaulois, un fait historique important dont

1. Denys d'Halicarnasse, 1. XIV, c. x, xi; édition Dniut, p.G99, 700; cf. Tito- Live, 1. V, c. xxxiii, ^ 3.

2. Plutarque, Camille, c. xv; édition Didot, p. 100. II n'y a pas, chrouologiquemcut parlant, coutradietion entre ce récit et celui de Pline, qui met de cùté les malheurs conjugaux d'Arruus : « Produnt, Aipibus coercitas et tum iuexsuperabili uiuuiniento. Galbas hauc primaui habuisse causam superfundeudi se Italiae, quodHelico, ex Hclvetiis civis earum, fabrilem ob arteni Roniae counioratus, ficum siccani et uvatn oleiquo ac viui praeniissa romeans socinn tulisset. » Pline, 1. XII, § 5.

3. « Legati al) Clusinis veniunt, anxiliuin adversus (îallos pt tentes. Eani gentem traditur fania, dulcedine fniguni niaxinieipie viui novaUnn voluptate captani, Alpes transisse agrusque Ktruscis ante cultes possedisse; et invexisse in Galliani vinum inliciendae gentis causa Arruutem Clusinuui ira corruptae uxoris ab Lucumone oui tutor is fuerat ipse, praepotente juveiie et a quo expeti puenae, nisi exterua vis quae.-^ita esset, uequireut. Ilunc transeiinlihus Alpes duceiu auctoremque Clnsiuui oppnf,Nian(li fuisse ■> (Tite-Live, I. V, c.xxsiii). « Clusini, uovo bello cxlerriti, cutu niultitiidinein tum formas lioniinum invisitatas cernèrent et genus arnioruui » [Ibid., c. xxxv, § (J). x Invisitato at(.(ue inaudito lioste terrannnqiie ultiniis oris belbiui cieute » {lliid., c. xxxvu, § 2).

'». Tite-Live, I. V, c. xxxv, § (j; c. xxxvii, § 2.

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aucun autre écrivain ne parle. A l'époque de l'invasion des Celtes en Italie, le régime monarchique avait prévalu chez eux, Ambigatus ou mieux Ambicatus était roi du CcUkum, c'est-à-dire — non pas de la petite Celtique de César, qui est au F' siècle avant notre ère, une partie de la Gaule barbare entre la Seine, la Marne et la Garonne, — mais de la Celtique des géographes grecs au iv« siècle avant J.-C, c'est-à-dire de la Celtique d'Éphore, qui, à l'ouest, comprend la plus grande partie de l'Espagne jusqu'à Cadix, et qui, à l'est, touche au pays des Scythes.

Après que les Celtes eurent conquis sur les Illyriens une grande partie de la région du Danube central, iv« siècle avant notre ère; après leur établissement dans le bassin du Rhône et dans les régions voisines restées jusque-là ligures, commencement du m* siècle, quand enfin les Carthaginois eurent soumis l'Espagne à leurdomination, 236-220 avantJ.-C, on pat donner de la Celtique la définition qu'on trouve encore chez Denys d'Halicarnasse à la fin du i*' siècle avant J.-C. « La Celtique est située dans la partie occidentale de l'Europe entre le pôle boréal et le couchant d'équinoxe*. Elle est en forme de rectangle; elle touche au levant les Alpes qui sont les montagnes les plus hautes de l'Europe; au midi et là où souffle le vent du sud, elle atteint les Pyrénées; au couchant elle a pour limite la mer qui est au delà des colonnes d'Hercule ; les races scjthique et thrace la bornent au nord et là où coule le Danube qui prend sa source dans les Alpes, qui est le plus grand des fleuves de la région et qui, après avoir traversé tout le continent septentrional, se jette dans le Pont-Euxin. La Celtique est assez grande pour qu'on puisse dire qu'elle comprend presque le quart de l'Europe. C'est un pays arrosé de nombreuses rivières, il est fertile, les récoltes y sont abondantes et ses pâturages nourrissent de nombreux troupeaux. Il est divisé en deux parties égales par le Rhin, qui après le Danube paraît être le plus grand des fleuves d'Europe.» Telle est la Celtique où, suivant Denys d'Halicarnasse, Arruns aurait été conduire du vin, de l'huile et des figues au commencement du iV siècle avant J.-C.-.

La Celtique ou le Celticuin où régnait Ambicatus vers l'an 400 avant J.-C. était plus étendue au sud-ouest puisqu'elle comprenait une grande partie de l'Espagne, elle avançait moins loin à l'est puisque les Celtes n'avaient pas encore conquis la Pannonie, mais elle renfermait toute l'Allemagne moderne sauf la région nord-est; elle ne comprenait ni le bassin du Rhône ni les côtes françaises de la Méditerranée, ni la Suisse, contrées

1. Non plus le couchent d'été comme chez Éphore, sa limite à l'ouest est modifiée depuis la perte de l'Espagne.

2. Ucuys d'Halicarnasse, 1. XIV, c. i; édition Didot, p. 700-101. à comparer le passage suivant de Plutarque, Marins, c. xi, § 6, édition Didol, p. 490, 1. 38- 24 : '< Certains auteurs prétendent que la Celtique est assez grande pour s'étendre de la mer extérieure (océan Atlantique) et des régions septentrionales dans la direction du levant jusqu'à la Méotide (mer d'Azov), eu sorte que la Celtique touche la partie de la Scythie qui borde le Pont-Euxin (mer Noire) et que là les Celtes sont mêlés aux Scythes. »

alors toutes habitéos par les Ligures ; elle n'avait donc pas la forme de rectangle que prit plus tard la Celti(iue dans les AntUiuith romaines de Denys d'Halicarnasse'. Mais c'était un très grand pays qui n'avait aucun rapport avec la petite Celtique de César; Tite-Live croyant à ridenlité des deux circonscriptions géographiques commet un gros auaclironisme *.

On peut donc pour celte époque parler de l'empire celtique. Les Celles contiaentaux paraissent avoir possédé à cette époque une sorte d'unité politique qui semble avoir déjà existé dès le v* siècle et avoir continué jusque vers la fin du iv* siècle avant notre ère. Cette unité politique explique l'unité de leur langue, la stabilité de leur politique extérieure, leurs succès dans les guerres.

Antérieurement au iii« siècle avant J.-C, le système politique unitaire que nous voyons prévaloir en Celtique et en Belgique au n» siècle et aui«' et que l'habileté romaine sut détruire, paraît avoir prévalu dans l'ensemble des Celtes continentaux et avoir donné naissance à un grand KLat. Mais cet État n'était semblable ni à l'État romain, ni à l'empire de INapoléon, ni en général à la France moderne. Si on veut trouver une conception gouvernementale analogue, il faut se transporter en Allemagne. L'empire celtique était un groupement de petits États, de petits peuples parlant la même langue et au milieu desquels un peuple un peu plus puissant que les autres avait l'hégémonie. C'est ce que dit formellement le passage de Tite-Live relatif à Ambicatus. « Chez les Celtes, le pouvoir souverain appartenait 3iux Bituriges . Les Bituriges désignaient le roi du Cellicum. Ce roi était Ambigatus*, » lisez Ambi-catus.

Dans cette formule empruntée à la tradition celtique, il y a un détail qui peut sembler singulier, c'est le nom du peuple. Il paraît bizarre que Bo irges ou Bordeaux ftU la capitale de l'empire celtique, il est plus naturel de placer celte capitale à l'est de ces villes : Appien racontant l'invasion celtique en Italie fait venir des deux rives du Rhin ces nouveaux maîtres du nord de la péninsule*. Les Insubres qui fondèrent Milan étaient des Aedui; le nom sous lequel ils s'établirent en Italie était le nom d'un 2)agus des Aedui " ; or, les Aedui n'habitaient point alors dans le bassin du

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