Strabou, 1, ii, 10 et
trace dans les traditions locales tant en Asie qu'en Italie et sur le Danube. Poète d'une époque savante, Apollonius devait surtout s'attacher aux traditions recueillies et mises en œuvre dans les siècles précédents : aussi son poème a-t-il pour nous la valeur d'un document sur des idées géographiques très anciennes, qui n'étaient plus celles des Grecs à l'époque de la domination des Ptolémées en Egypte. C'est de la géographie rétrospective.
Si Apollonius avait voulu faire parade de connaissances récentes, introduire dans son œuvre les noms de peuples nouvellement découverts, il aurait commis, aux yeux des juges lettrés de son temps, un choquant anachronisme. Mais il s'en est bien gardé. Les peuples dont le nom figure dans les Argonautiques appartiennent tous, sauf peut-être les Celtes, aux plus anciens souvenirs des Grecs, comme en fait foi la liste suivante, qui est suffisamment significative : les Pélasges, les Dactyles, les Bébryces, les Mariandyniens, les Chalybes, les Tibarènes, les Mossynèques, les Macrons, les Thynéens, les Mysiens, les Paphlagoniens, les Assyriens (Leucosyriens), les Sauromates, les Sintiens, les Sigynnes, les Sindes, les Nestiens, les Phéaciens, les lUyriens, les Ilylléens, les Ligyens, les Tyrrhéniens et les Curetés.
Écoutons maintenant Apollonius, Les héros minyens, chassés par les exhalaisons infectes des marais voisins de l'Éridan (le Pô), entrent dans le lit du Rhône, dont les eaux se mêlent en grondant à celles du fleuve qu'ils quittent* :
« Le Rhône prend sa source aux extrémités de la terre, près des portes du couchant et du séjour de la nuit. Une de ses branches se jette dans l'Océan, l'autre dans la mer Ionienne [en se confondant avec l'Éridan]; la troisième, enfin, se rend par sept bouches au fond du golfe de la mer de Sardaigne. Les Argonautes, remonlant le fleuve, se trouvèrent au milieu des lacs orageux qui s'étendent au loin daiïs le pays des Celtes. Ils risquaient d'être entraînés dans l'Océan, d'oij ils ne seraient jamais revenus, si Héra, descendant tout à coup du ciel, n'eût, du haut des monts Hercy-