‹ Nos origines (volume 2)Chapitre 59 sur 140 · Strabon, VII, i · texte numérisé non relu

Strabon, VII, i

3. Zeuss, Die Deutachen undihre NachOarslaemme, Munich, 18o7, p. 218.

(à rapprocher de Tarv-enna et de Metio-sedum), Curia (à rapprocher de Tricorii, Curiosolites), Magia (à rapprocher du suffixe magus, de Magontiacum), Matreja (cf. Medio-matricum, Noreja, Celeja), les noms cités par Ptolémée Bpayôôo'jpov, 'Exxôooypov, 'EêôSoupov, Apo-JorôiAaYo;, Ta^.-ct;T'.ov (cf. Tasgetîus dans César), puis Cambodunum, Brigantium, Brixentes, 0-jh(a\z;, OiÉvvioi — tous ces noms ne peuvent cire que celtiques. Le nom de peuple Vindelici dérive de la racine VINB que l'on retrouve dans Viîidobona, Vindomagus, Vi7idonissa... Les noms vindéliciens A)*<o6r?.7a, Bojoduium, Parrodunum, Consuanetes (à rapprocher de Condrusi, Suanetes, Convictolitane!<), Licus, Licates (cf. '\\).&.-liv.o'.), ne laissent subsister aucun doute sur leur descendance. A cela s'ajoute un témoignage ancien qui a sa valeur. Zosime, qui qualifie Carnuntum de ville celtique (H, 10 : èv Kapvo-jxoj uôXci KeXtix?,), appelle les troupes du Norique et de Rliétie, qui comprenait alors la Vindélicic, lëgions celliques, Ks/xf/à xâyiiaTa (L 52). Que ces peuples étendus au loin n'aient été que celtisés à une époque postérieure par les Celtes, cela n'est pas du tout croyable, d'autant moins qu'en leur qualité de populations libres et adonnées au brigandage elles vivaient dans un état d'hostilité avec leurs voisins et que les Romains, lorsqu'ils les soumirent, trouvèrent déjà chez elles des noms celtiques*. »

Deux archéologues autorisés, MM. Giovanni Aniennone Oberziner et Paolo Orsi, se sont récemment occupés des Rhètes. Or, l'un et l'autre, après un examen approfondi, concluent contre la thèse qui voit dans les Rhètes des Etrusques. L'un et l'autre y reconnaissent un groupe à part, se rattachant à la grande migration dite aryenne, à laquelle les populations néolithiques durent, entre autres avantages, la connaissance dos métaux et dont les Celtes faisaient partie.

Les Rhètes, à leurs yeux, appartiennent au premier àr/e du fer italien. Ils sont les frères en civilisation do nos tribus insubriennes, ainsi que de l'ensemble des tribus qualifiées d'anticoitaliques par Conestabile, M. Orsi donne aux nouveau-venus, successeurs, selon lui, des néolithiques Ihéro-Ligiires, le nom général cVihn/jro-italici, repoussant celui de Proto-etrusci({\ïn. proposé M. Helbig. « Tous ceux, dit-il, qui sont familiers avec les récentes découvertes archéologiques, sont obligés de reconnaître que l'industrie, l'art, la culture générale [civiltà) du

1. Zeuss considère comme celtiques toutes les popiiiutious des Alpes mi'ridionales, à l'exception des Eufçaiiéens qui seraient l'-trusques, et des Lépoutiens qui seraient pent-t^tre Ligures [op. /aud., p. 2.'M).

premier âge du fer présentent, à l'exception des palafittes, une remarquable unité, avec les seules variétés locales que le temps apporte en toute chose à ce qui dure. A l'ensemble de ces populations on peut appliquer le nom à'Umbro-italico. » Cette thèse est, en somme, identique à celle que soutient M. Oberziner. Disons plus : c'est au fond, si l'on n'attache pas une importance exagérée aux mots, la thèse de M. Ilelbig.

En quoi consiste, en effet, la thèse de M. Ilelbig-' ? Audessous de la civilisation étnisco-helléniqne, c'esl-à-dire audessous de la belle civilisation étrusque, existe, en Italie, une couche antérieure uniforme, ou ne présentant, du moins, que des variétés qui n'en rompent pas l'unité ; cette unité caractérise aussi bien les populations que leur état de culture. Toutes mériteraient l'appellation d' Jtaiici ou à'A?iùco-ùalici, des Alpes au bord du ïibre, sans excepter celles des vallées rhétiques, de la future Étrurie et même de la Sabine. Les Vénètes et les Ligures — quelques-uns ajoutent les Euganécns — devraient seuls en être exclus. C'est à ce fond commun qu'appartiennent les Uinbri et les Proto-Etrusques. Les Etrusques de l'histoire ne sont autre chose, suivant M. Helbig, que des Italici ovicntalisés.

Telle est la doctrine séduisante qui domine actuellement en Italie. Un explorateur de mérite, au zèle duquel sont dues les fouilles de Vétulonia, déclare que ces vérités sont aujourd'hui si bien établies qu'on ne peut rien ajouter à leur démonstration; il suffit de constater qu'elle est faite.

« Désormais, écrit M. Falchi-, il est avéré que toutes les nécropoles primitives (pré-étrusques), tant de l'Italie centrale que de la Circumpadane, sont liées entre elles par les rapports les plus étroits de rites, de mobilier funéraire, de coutumes; cette communauté s'affirniant par Tusag-e uniforme de l'incinération, par la forme à peu près identique des ossuaires, recouverts d'une mince écuelle renversée, placés dans la terre vierge ou dans une cavité préparée ad hoc. Dans l'urne ou à côté d'elle sont déposés les objets ayant appartenu au mort et qui, dans toutes les

1. Voir surtout sou graud article dans les Annali deW InsLitulo, 1884, p. 108-188.

2. Isiii. l''alchi, Vétulonia e la sua necropoli anlichlssima, Floreucc, 1892, p. 240.

nécropoles, sont, à peu de chose près, les mêmes. Ces remarques s'appliquent aussi bien aux sépultures primitives de Golasecca, d'Esté, de Villanova, de la Certosa, de Corncto-Tarquinia, qu'à celles de Vetulonia. »

Le terme A'Italici est bien vag-ue. Il équivaut à cette périphrase non moins vag-ue: « populations aryennes ayant les premières occupé le nord de l'Italie. » Mais ces mômes populations, l'archéologie les montre également aux sources du Danube, dans les vallées de l'Inn, do la Save, de la Dravo et jusqu'aux pieds des Pyrénées. Or, si les populations du nord de ritalie peuvent être qualifiées à^italiques ou de proto-étrusques en majorité (Helbig), personne ne songera assurément à appliquer la môme désignation aux tribus de même origine, ou du moins de même civilisation, établies au nord et à l'ouest des Alpes, qu'il est, au contraire, fort naturel de qualifier de celtiques. Le nom d^ll/f/ripns conviendrait aussi aux populations situées plus à l'est ; d'ailleurs, une tradition ancienne nous représente Celtus, Illyrius et Galas comme trois frères*.

Pour nous, notre conviction est qu'il faut rattacher la majorité des tribus alpestres, y compris les Rhèles, comme aussi les Insubres, aux Umbri, ces frères aînés des Celtes — Umbri, veteres Galli ^

Fréret, dont le coup d'oeil était si pénétrant, nous a précédés dans la voie de ces conjectures ' :

« Des Illyricns d'une parts des Ibères' de l'autre, commençaient à se fortifier en différentes contrées de l'Italie, lorsqu'ils furent troublés dans leurs possessions par de nouveaux hôtes qui vinrent en grand nombre s'en emparer les armes à la main. Ce sont les nations celtiques qui pénétrèrent en Italie par les gorges du Tyrol et du Trenlin. Le nom d'0m6ri,

1. « Polyphème, dit-on, eut de Galatée trois flis, Celtus, Illyrius et Galas, lesquels, partis de Sicile, devinreut les chefs des peuples qui s'appelèreut ensuite Celtes, lliyrieus et Galates. » (Appieu, De reb. il/jjvicis, II; éd. Didot, p. 271.)

2. Gallorum velerum propaginein Umbros esse M. Anloniufi referl. (Solin, ad. Momiusen, p. 37, 9.) Ce renseignement a été copié jiar Servius, ad Acn., XII, 7u3. Cf. plus loin, p. 72, note 4.

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