Déparlement de la Vienne
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lir les sacrificos humains, sans blesser le sentiment religieux et les vieilles traditions de la race celtique, qui, vaincue par la supériorité du génie romain, ne fit aucune difficulté d'associer à sa vénération non seulement les grandes divinités du panthéon italien, mais les images des impératrices et des empereurs.
Le u" siècle après notre ère est l'époque du grand épanouissement du panthéon gaulois. Les divinités gauloises sortent alors du nuage des conceptions poétiques. Elles prennent un corps à l'imitation des divinités romaines. Certaines de ces représentations sont de nature à exciter au plus haut point notre curiosité. Un grand dieu tricéphale se décomposant en triades formées tantôt d'un dieu et de deux déesses ou d'une déesse et deux dieux, avec les attributs les plus bizarres : des cornes de cervidé ou de ruminant, un monstre marin à tête de bélier, l'attitude bouddhique des jambes repliées, le torques, paraît dominer le monde des divinités inférieures, auxquelles sont consacrées les montagnes, les rivières, les sources thermales, certaines vallées et jusqu'à des groupes d'arbres, vieux débris peut-être de bois sacrés. A côté de ces puissances localisées se place une divinité snns nom représentée par le swastika sanscrit, la croix gammée, dont les chrétiens ont fait un de leurs premiers symboles.
Du i*"" au m" siècle la Gaule est, ainsi, en pleine prospérité. Elle est tranquille; les Gaulois sont heureux et riches. Le commerce fait leur fortune. L'ancienne aristocratie militaire a été remplacée par une sorte de Tiers-Etat, se recrutant parmi les hommes de métiers, les affranchis, les patrons de corporations auxquels Rome avait su fort sagement ménager un accès aux honneurs municipaux et à certains petits sacerdoces. Nous nous étendrons sur le caractère politique et religieux àe?, Sevirs-Augustaux.
Comment cette prospérité s'évanouit-elle, peu à peu, pour faire place, au commencement du iV siècle, à une complète anarchie? Le monde était en transformation. Les bagaudes à l'intérieur, les barbares aux frontières, le christianisme, sous la forme alors de deux frères ennemis (les orthodoxes et les ariens), sapaient le vieil édifice social. Les villes mal défendues sont saccagées. Les temples païens s'écroulent et ne sont remplacés que lentement par les chapelles chrétiennes.
Pendant ce temps les Francs, les Burgondes, les Visigoths
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s'installent dans le nord, dans l'est^ dans le midi, semant partout la terreur. Leurs cimetières, qui existent, permettent de contrôler le récit des chroniqueurs. La Commission de Géographie historique en a di'essé la carte. Nous vous la présenterons.
L'étude des cimetières mérovingiens nous mettra à même de mieux apprécier l'origine et le caractère de la civilisation de ces tribus germaniques. Les bijoux, les ornements recueillis dans les tombeaux révèlent un art absolument distinct de l'art gaulois et de l'art romain. Le point de départ de cet art est incontestablement l'Orient. L'armement du guerrier ou du prince ne se distingue pas moins de l'armement du légionnaire ou du clieC gaulois du temps de Vercingétorix. Le tombeau de Childéric avait mis sur la voie. Nous pouvons rétablir aujourd'hui, au complet, l'équipement d'un des officiers de Clovis : épée^ scramasax, angon, francisque, bouclier, boucle de ceinture, agrafes pour l'attache du manteau, rien n'y manque. Nous passerons en revue cette série d'armes et de bijoux.
Me trompé-je, messieurs, mais il me semble que ce simple et aride exposé des questions qui s'imposent à nous, malgré sa brièveté, suffit à faire sentir de quel secours l'archéologie peut être et doit être pour l'historien. Les premiers temps de notre histoire, pour qui tient un compte suffisant des découvertes récentes, se présentent à nous sous un aspect nouveau. Permettez-moi d'insister sur ce point. Non seulement l'exploration méthodique des cavernes, des monuments mégalithiques, des cités lacustres, des 'limetières gaulois, romains et francs ou mérovingiens, nous fait connaître mille détails de la vie publique et privée de nos ancêtres inconnus jusqu'ici, nous révèle la présence de populations dont, il y a quelques années, nous ne soupçonnions même pas l'existence, mais nous sommes infiniment mieux renseignés sur la marche générale et les origines de la civilisation en Gaule.
Au lieu d'une race unique, les Galls ou Celtes, plus ou moins mélangée de Ligures et d'Ibères, nous apportant d'Orient quinze ou seize cents ans avant notre ère, une organisation sociale toute faite de source aryenne ou iranienne, nous nous trouvons en présence de deux ou trois couches, au moins, de populations primitives antérieures aux immigrations des Aryas en Occident. Au
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nombre de ces premiers occupants du sol se trouve la race puissante qui a élevé les dolmens et dont les descendants forment encore très probablement la majorité des populations rurales du centre et de l'ouest de la France. Beaucoup de superstitions, de vieux usages, plus d'une légende populaire appartiennent à cette première aurore de la civilisation indigène. Ces conceptions souvent bizarres, en désaccord avec notre état social actuel, sont restées empreintes dans certains esprits, suivant l'heureuse expression de sir John Lubbock, comme les fossiles sont empreints dans le roc. Il n'est pas indifférent d'en connaître l'origine.
On croit généralement et l'on enseigne encore que les germes de la grande civilisation nous ont été apportés par la colonie phocéenne de Marseille. L'archéologie démontre que la Gaule n'a rien dû ou presque rien aux colonies grecques de la Méditerranée en dehors de la monnaie et de l'alphabet. Le progrès nous est venu par la voie du Danube à la suite d'immigrants et de conquérants de race celtique, Celtes et Gaulois. Le foyer de lumière a été pour nous non la Grèce ou l'Italie, mais les rives de la mer Noire et dans le lointain la Perse et l'Assyrie.
La doctrine classique fait partir de Gaule, de notre Gaule, les grandes expéditions militaires qui ont conduit les Gaulois à Rome, à Delphes, en Phrygie. Bien plus, les Gaulois du Danube et du Pô seraient des émigrants du centre de la Gaule. Les faits archéologiques déposent contre cette théorie. Ils nous montrent les Gaulois établis d'abord à l'est du Rhin, puis à cheval sur les deux rives quand ils ont commencé à descendre en Italie. Le point de départ des expéditions de Grèce et d'Asie Mineure parait avoir été les Noriques, la Bavière et le Wurtemberg; peut-être même la Hongrie, la Bohême et laThuringe. L'ouest de la Gaule y est resté complètement étranger. Les tribus voisines du Rhin et de la Saône y ont seules pris une part secondaire. Le séjour primitif des Belges était la Hesse, le Meklembourg et le Hanovre.
Les révélations de l'archéologie, relativement aux époques romaine et mérovingienne, rentrent plus facilement dans les données historiques généralement acceptées. Les faits nouveaux acquis à la science ont cependant leur importance. Si le cadre des recherches pour ces deux dernières périodes ne s'est pas notablement élargi, comme pour les périodes précédentes, la lumière s'est
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faite plus nette et plus vive surplus d'une question d'un haut intérêt; des questions controversées paraissent définitivement résolues. Le réseau des voies romaines a été presque partout reconnu sur le terrain.
Le déchilFrement des inscriptions romaines, si nombreuses en Gaule et si bien interprétées par M. Léon Renier et ses disciples, a heureusement complété ce que les historiens latins et grecs nous ont appris de l'organisation de la Gaule sous Auguste et les premiers empereurs. Le rôle joué sous l'empire par le grand conseil des Irols-Gaules réuni autour de l'autel de Lyon, grâce à ces travaux, est aujourd'hui mieux compris. Mais le progrès le plus sensible est celui qui touche aux choses religieuses, à l'extinction du druidisme, au développement du panthéon gaulois, à sa fusion avec les cultes étrangers. On ne se doutait pas du rôle importautqu'avaient joué en Gaule,au premier et au second siècle de notre ère, les corporations de métiers. L'archéogie nous l'a révélé. On discutait sur l'époque de l'établissement définitif du christianisme en Gaule. L'archéologie est bien près d'en avoir déterminé la date.
Que de débats relatifs à l'origine de Témaillerie. Les fouilles de M. Bulliot au mont Beuvray, les analyses chimiques de M. Henry de Fontenay ont mis hors de doute les droits de nos pères. Que saurions-nous de la céramique gauloise et gallo-romaine sans les travaux des archéologues?
L'abbé Cochet a fait revivre pour nous le guerrier franc que les textes étaient impuissants à nous représenter sous son véritable aspect.
Une seule objection peut nous être faite. Sur quelles données positives s'appuient ces résultats? Ces données sont-elles en nombre suffisant? sont-elles indiscutables? Nous avons le devoir de rassurer nos auditeurs à cet égard. Lesdocuments archéologi(iucs se sont accumulés depuis vingt ans dans une telle proportion que nous n'avons, en vérité, que l'embarras des richesses. Non seulement les matériaux sont nombreux, mais les essais de mise en œuvre abondent. Chaque période a sa bibliographie. Nous avons pu, au iMusée de Saint-Germain, former de ce chef une bibliothèque spéciale comptant déjà plus de six mille numéros.
L'archéologie, sous l'aspect nouveau où elle se présente aujour-
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il'hui, a ses congres internalionaux. La dixième session s'est tenue à Lisbonne (l) l'aiHiée dernière. Chacun de (;es congrus a été l'occasion d'importantes discussions et de belles publications.
Des Revues ont été créées en France et à l'étranger pour répondre à ce besoin nouveau. En dehors de la lievue archéologique qui, dès 1858, est entrée dans le mouvement et a publié la première les recherches de Troyon sur les stations lacustres, et les rapports de Lartet sur ses belles fouilles du Périgord, les Matériaux pour r histoire de l'homme, fondés en 1863 par M. de Mortillet et continués par M. Emile Cartailhac, sont à leur quatorzième volume (2).
A Mayence paraissent, sous l'habile et sage direction du D' L. Liudenschmit, Les antiquités de notre passé païen : Die AUerthûnier unserer heidnischen Vorzeil, in-4, avec d'excellentes planches, dont trente-six livraisons sont déjà entre les mains du public. La Suisse n'est pas restée en arrière. Elle possède, depuis 1855, son Moniteur des antiquités suisses, imprimé à Zurich, ayant par conséquent trente-cinq années d'existence.
Parlerai-je des pays étrangers? car jusqu'ici nous sommes restés en Gaule, sinon en France. Croirait-on que la Suède à elle seule, pour quatre millions d'habitants, possède trois publications archéologiques officielles et onze journaux archéologiques vivant de leurs propres ressources?
L'élan est universel, irrésistible. Un mouvement aussi accentué ne pouvait se produire sans que les musées y prissent part. Le Musée de Copenhague a donné l'exemple. Sous le nom de Musée des antiquités du nord, Thomsen et son successeur Worsaae ont créé un établissement modèle, le premier qui ait été classé chronologiquement et dont nous aurons souvent à parler. Vint ensuite le musée de Mayence, digne émule du Musée de Copenhague. Le D"" Louis Liudenschmit, en introduisant dans son musée l'usage des moulages peints, a rendu le plus grand service à la science. Il serait injuste d'oublier les musées de Stocltholm, de Hanovre, de Kiel, sous l'habile direction de M'^^ Mestorf; de
1. Après Neuchàlel, Paris, Copenhague, Norwich et Londres, Bruxelles, Bologne, Buda-Peslh tt Moscou. — Le onzième Congrès s'est tenu à Paris en 1889 {deuxième édition).
2. Le vingt-deuxième et dernier volume a paru en 1888 {deuxième édition).
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Bruxelles et de Namur, si bien classé par M. Del Marmol; de Trêves, Stuttgard, Carlsruhe, Sigmaringen; de Zurich, Berne, Lausanne, Neuchàtel et Genève, qui sont comme les satellites des grands musées de Copenhague et de Mayence. Et les musées de Dublin, de Vienne, de Buda-Pesth, de Berlin, de Parme, de Reggio d'Emilia, de Modène, Bologne, Florence et Rome. Je ne parle que des musées consacrés à l'archéologie des peuples que les Romains et les Grecs traitaient de barbares. Vous en trouverez dans toute l'Europe, classés aujourd'hui avec un même esprit de méthode et de netteté.
La France ne pouvait rester en arrière. Le 12 mai 1867 était inauguré le Musée de Saint-Germain, notre Musée des antiquités nationales, l'égal, au moins, des plus beaux de ses devanciers. Le musée et la bibliothèque du Musée des antiquités iiationales seront notre arsenal de travail.
Pour les époques primitives, le Musée du Trocadéro, avec sa magnifique collection ethnographique, nous servira d'auxiliaire. Nous y trouverons de précieux sujets de comparaison. Les conseils du D"" Hamy (1) ne nous feront pas défaut. Les matériaux, comme je vous le disais en commençant, ne manqueront donc pas à nos études.
Les musées énumérés plus haut ont eu ou ont encore à leur tête les hommes les plus compétents. Tous les archéologues connaissent les noms des Thomsen, de Worsaœ, D"" Lindenschmit,, D'Kellcr, baron de Sacken, .John Evans (2), Franks, baron de Bonstetten, Hildebrand, Montelius , Soplius Muller, François Pulsky, Ghierici et Pigorini (3). De pareils noms sont une garantie de l'authenticité des objets recueillis, delà légitimité de leur classement dans les séries respectives.
Faire passer sous vos yeux les plus beaux spécimens, les fj/p^'^ de (;es séries diverses, vous les présenter dans leur ordre de succession chronologique, vous en sigiuiler les cai'actères généraux sera donc, pour nous, une tâche relativenicnl facih». La difficulté