‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 108 sur 168 · Cf. Rossignol, op. laud.^ p · texte numérisé non relu

Cf. Rossignol, op. laud.^ p

des pays Scandinaves, sont l'écho de ces antiques superstitions. Les tribus guerrières devaient avoir, de ces mystérieux et indispensables auxiliaires, une sainte terreur. On sentit, un jour, le besoin de rompre le charme ; nous en trouvons la trace, mais assez tardive, à Athènes et à Rome. A Athènes, au v^ siècle, des citoyens avaient org-anisé des fabriques d'armes. Démosthène appartenait à une de ces familles '. Numa, plus d'un siècle auparavant, avait fondé à Rome les premiers collèges à'jErarii, des collèg-es oii l'on ne travaillait que le bronze. Le bronze resta à Rome et dans presque toute l'Europe un métal sacré. M. Michel de Rossi a mis cette vérité en pleine lumière 2.

Macrobe" a dit : Omnino adrein divinam pleraqiie œnea adhiberi soUta. M. de Rossi rappelle à l'appui de ces textes plusieurs faits dont les plus saillants ont été bien souvent cités depuis : 1° l'obligation chez les Étrusques de tracer le périmètre des villes avec un soc d'airain; 2» l'oblig'ation pour les prêtres sabins et le flamine dialis de se couper la barbe et les cheveux avec un rasoir d'airain; 3o la défense de réparer le pont Sublicius autrement qu'avec des clous d'airain, défense abrog-ée seulement en 696 de Rome. Une inscription en fait foi '. Enfin l'interdiction absolue, sous peine de profanation, d'introduire des instruments de fer dans les enceintes et bois sacrés.

M. BréaP publiait en 1876, dans la Reviœ cuxhéologitjue, une inscription gravée sur une plaque de bronze, où se lit,

1. Rossiguol,op. laud.,p. 133; Plutarque, Vie de Démosthène; Pline, 1. XXXIV, c. 1.

2. Michel de Rossi, dans Rapporta sugli studi e sulle scoperte paleoet?iolor/iche 7iel bucino délie Campagna romana. {Annali delV Insiituto di corrispondenza archeologica, t. XXXIX, 1867.)

3. Macrobe, Saturn., V, 9, 11. « Le bronze jouait un grand rôle dans les cérémonies religieuses. »

4. Momiuseu. Corpus, t. I, p. 176. Cette inscription, trouvée à Vellelri, est actuellement au Musée de Naples.Cf. Mariui, G/« atti ed i monumenli de' Fratelli Arvuli, t. J, p. 219.

j. Ilevue archéologique, uouv. série, t. XXXil, octobre 187o, p. 242.

INTRODUCTION DFS MÉTAUX EN GAULE 229

entre autres prcscriplions, cette formule significative en vieux langage et orthographe :

FEROM PIIIOM ESTV

Ferrujyi pium esta.

« Dans le rituel des Frères Arvales, cette vieille corporation religieuse, antérieure probablement à la fondation de Rome, se trouve la mention d'une nombreuse série de sacrifices expiatoires à l'occasion du fer, du fer qui a été apporté dans le temple ou remporté hors du temple, par exemple quand on avait besoin de graver des inscriptions avec un instrument d'acier. La formule est alors :

OB FERRV5I INLATVM IN J3DEM SCRIPTVRJE CAVSA

ou bien encore :

OB FERRVM J2DE EDVCTVM

D'autres sacrifices expiatoires ont lieu quand uninstrumen de fer a été introduit dans le bois sacré pour y couper dos ar bres frappés de la foudre. Il y a même alors une double expiation*. »

OPERIS INCHOANDI CAVSA, ET HVIVS OPERIS PERFECTI CAVSA

Ces superstitions nous révèlent certainement une des causes de la persistance , chez certains groupes indo-européens, à conserver l'usage exclusif de ce beau et brillaut métal, bien longtemps après que le fer, et môme les armes de fer, eussent été adoptées par dos tribus guerrières d'un esprit moins conservateur, moins religieux et plus pratique ^

L'archéologie nous montre cet usage se maintenant chez lesScandinaves jusqu'à une époque voisine de l'ère chrétienne. Auv" siècle avant notre ère, une agglomération importante de tribus établies au nord de la mer Caspienne, les Massagètes,

Page 1