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L ORIGINE DE LA CIVILISATION ARYKWK 3H

des arguments d'ordre anlluopologniiie ; elle les développa longuement, en 1873, devant la Société d'antfwopolni/ie de Paris.

C'est en se fondant sur des considérations du même ordre qu'un professeur d'féna, Théodore Poesche, tenta, en 1878, un nouvel essai de synthèse proto-ari/enne. Partant de celte hypothèse indémontrable que les Aryens ont formé une race d'hommes blonds et de grande taille — rien ne nous autorise à parler d'une race aryenncl — il affirma que leur berceau devait être cherché au sud-ouesl de la Russie, dans la région des vastes marais de Rokituo. Un savant russe, Mainow, avait en effet raconté, au Congrès de géographie tenu à Paris en 1875, que l'albinisme, c'est-à-dire l'absence de pigment dans la peau et les cheveux, était particulièrement fréquent dans cette région. Le séjour des Aryen,- primitifs dans le même pays expliquerait aussi, suivant Poesche, leur habitude de construire des habitations sur pilotis, alors même que la nature du terrain où ils se trouvèrent transportés ne l'exigea plus. Entîn Poesche insistait, après d'autres, sur les caractères archaïques de la langue lithuanienne, plus voisine à certains égards de la langue mère que le sanscrit védique lui-même.

En 1883 parut le livre de M. Penka, Origines ariacae, (jui fut suivi en 1886 d'im nouveau volume du même auteur. Die Ilerkunft der Aryer (l'origine des Aryens). Mettant en œuvre,mais avec peu de critique, les documents de la linguistique et ceux de l'anthropologie, M. Penka soutenait une thèse paradoxale, qui a cependant rencontré beaucoup d'adhérents. Pour lui, la race aryenne s'était constituée pendant l'époque glaciaire, dans l'Europe occidentale; elle y reçut ses caractères anthropologiques par l'influence d'un climat sec et rigoureux. A la fin de cette époque, chassés vers le nord par l'émigration du renne , leur gibier favori, les Aryens se fixèrent sur les côtes du Danemark, où les kjoekkenmoeddinger témoignent de leur civilisation rudimentaire. Cette civilisation s'épanouit dans les pays Scandinaves, puis rayonna de là sur l'Europe centrale et sur l'Asie. Les Aryens sont blonds, dolichocéphales et de grande taille ; ce type se rencontre surtout dans les pays Scandinaves, et c'est de là qu'il est originaire. Les invasions du ve siècle ne seraient qu'une répétition de la conquête préhistorique attribuée aux Aryens septentrionaux par M. Penka '. Tout ce roman repose sur l'hypothèse gratuite d'un type physique propre aux propagateurs des langues aryennes; les arguments linguistiques de M. Penka fourmillent d'ailleurs de paralogismes qui ont été plus d'une fois signalés.

Un des critiques les plus compétents de M. Penka, M. W. Tomaschek, a insisté sur la nécessité de placer le berceau des Aryens dans l'Europe orientale, vu les relations, encore mal étudiées d'ailleurs, qui existent entre les langues aryennes et finnoises. Cette idée fut développée par M. Taylor, pour qui les Aryens sont, à proprement parler, un rameau détaché du grand tronc finnois. Il en résulterait que la civilisation,

1. Voir, pour une critique détaillée des idées de M. Penka, Revue critique, 1887,1, p. 483, et le mémoire cité du R.-P. van den Glipyu.

aryenne primitive a eu pour berceau le sud et l'est de la Russie actuelle, hypothèse qui paraît aujourdliui rallier le plus grand nombre de suffrages, bieu que les titres du Caucase, de la Baciriane et de la Scandinavie aient encore été revendiqués avec force dans ces derniers temps.

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C"est par le fait de la conquête romaine que l'Kspagne, l'Italie, la France et la Roumanie parlent aujourd'hui des langues sœurs, altérations diverses de celle qui fut autrefois parlée seulement dans le l.atium. Avant d'être vommmêe, une partie de l'Europe et de l'Asie a été anjaniséc; l'histoire est muette sur cette conquête, mais la linguistique en a fourni la preuve irrécusable Or, comme il n'y pas de race romaine, de type romain, il n'y a pas de race aryenne, ou du moins nous ne sommes pas autorisés à en admettre l'existence, [-es seules données certaines que nous puissions mettre en œuvre sont les langues, dont la comparaison permet de conclure — dans une mesure, il est vrai, restreinte — à l'état moral et matériel de ceux qui les ont parlées.

Pour découvrir les éléments de la civilisation aryenne à l'époque que nous appellerons î<n/7rtyV<?^, nous devons surtout interroger les vocabulaires des langues aryennes connues par les textes. Mais ces vocabulaires ont subi des pertes nombreuses. Ainsi le nom indo-européen désignant le père manque chez les Slaves, celui qui désigne le fils chez les Latins, celui qui désigne la sœur chez les Grecs. Et cependant, c'étaient Ifi sans doute des mots usuels; mais nous-mêmes, ne voyons-nous pas disparaître de notre langue le mot hru, qui est remplacé dans le vocabulaire par le terme composé de bellc-fiUe'}

C'est donc une grave erreur de conclure de l'abscnco d'un mot que l'objet désigné par ce mot, ou la relation qu'il exprime, fût inconnu des Aryens primitifs. Cette erreur est particulièrement fâcheuse lorsqu'il s'agit de reconstituer la faune et la flore aryennes. Supposons que les Aryens primitifs aient habité un pays à palmiers ; duns les contrées où ils se sont transportés plus tard, cet arbre manquait; ils ne pouvaient donc retenir le nom {|u"ils lui avaient donné à l'origine. Les conclusions fondées sur l'absence de ternies correspondants ne deviennent légitimes que lorsqu'il s'agit non plus d'un objet particulier, mais de toule une catégorie d'objets qui se rencontrent partout. Kn voici un exemple très intéressant:

Il n'y a pas de noms concordants dans les langues aryennes pour désigner les différentes espèces de poissons; même pour l'espèce des poissons tout entière, il n'y a de concordance qu'entre certains groupes géographiquement voisins, le sanscrit et l'iranien, le latin et le celtique. On a

1. Nous ne parions ici que Je la civilisation malérielle des Aryens ; pour ce que l'on croit savoir de leur état social, voir d'Arbois de Jubainville, Les •premiers habitants de l'Europe, 2e édition, t. I, p. 201 et suiv. (d'après Fick).

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souvent invoqué, il est vrai, lo nom de l'anguille, qui se rencontre dans toutes les langues aryennes de l'Europe, mais ce nom signifie petit serpent [V^im angids, sanscrit dhi) ; en vieil-irlandais, l'anguille s'appelle esc-ung, c'est-à-dire « serpent des marais » '. On a là une preuve palpable de la métaphore qui a produit, bien après la séparation des tribus aryennes, qui avaient un nom commun pour le serpent, les désignations concordantes de l'anguille dans les différents idiomes de la famille.

L'histoire et les textes confirment, sur ce point, le témoignage de la linguislique. Les Ichlhyophnges on mangeurs de poissons étaient, aux yeux des anciens Grecs, des sauvages; les héros d'Homère ne mangent jamais de poissons dans ï Iliade et quand ils en mangent, dans V Odyssée, c'est pressés par la nécessité et faute de mieux.

Disons en passant que cet argument seul suffit à détruire la thèse de M. Penka, qui présente les Aryens primitifs comme les Ichthyophages des eûtes du Danemark.

Les Aryens indivis ont-ils connu les métaux, et quels métaux ont-ils pu connailre? Cette question a reçu des solutions 1res diverses. 11 est certain, d'une part, que le forgeron lient une grande place dans les légendes des peuples aryens, mais les noms qui le désignent dans ces diverses langues ne sont pas apparentés (latin faber, celtique goba, germanirpie smid). Toutefois, il est remarquable que les mêmes désignations paraissent dans les dillerents dialectes de chaque langue et, en second lieu, qu'elles ont formé de bonne heure des noms propres (comme le latin FaLridus, le celtique Gobannitio). On peut en conclure que si le forgeron n'a pas été connu à l'époque de l'indivision, son industrie du moins remonte à une haute antiquité. Peut-être a-t-elle été exercée d'abord par des nomades, qui entouraient leurs opérations d'un certain mystère : de là les traditions répandues qui attribueut le travail des métaux à des êtres surnaturels» nains, géants ou magiciens.

L'or se trouve à l'état natif; sa couleur et son éclat devaient de très bonne heure captiver l'attention des hommes. Dès 1 époque la plus reculée de l'histoire de l'Egypte, nous voyons les tributaires des Pharaons leur apporter de l'or. Cependant le mot grec qui désigne l'or, XP^<^°?, est, comme l'a montré M. Renan, d'origine sémitique; quant au mot italique (ausum, latin aurum), on en ignore l'étymologie, mais il a passé du latin à toutes les langues celtiques (irlandais or), où il est évidemment le résultat d'un emprunt fait à une époque où le s latin intervoralique s'était déjà transformé enr'. Il n'existe donc pas de terme commun pour l'or dans les langues aryennes et les ressemblances que l'on constate de groupe en groupe sont dues à des emprunts.

L'argent a été connu plus tard que l'or et était, à l'origine, beaucoup plus rare. Les Aryens ne l'ont possédé qu'à une époque relative-

1 . Eu Dauphiné, comme me l'appreud M . de Villenoisy, l'orvet, lézard comestible, s'appelle « anguille des haies ». 1, Cette époque est voisine de celle de la prise de Rome pur les Gaulois.

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ment tardive; dans les Védas, il est encore qualifié d'or hlanc. Ce métal est probablement venu d'Arménie en Grèce, comme aussi en Perse et en Inde ; Homère nomme la ville pontique d'Alybé àpyjpo-j YevéOVr,, -patrie de l'argent, et l'on a supposé, non sans vraisemblance, que le nom d'Alybé (pour Salybé) se retrouve dans le mot Silber, qui désif^ne l'argent dans les langues germaniques. Celte hypothèse est importante, car elle fait entrevoir l'existence d'une ancienne route commerciale entre la Germanie et la mer Noire ; d'autres indices, et notamment ce que nous savons du commerce de l'ambre, conduisent à la même conclusion.

Le cuivre paraît, sur les monuments égyptiens, parmi les tributs des peuples asiatiques. On sait maintenant qu'en l'-gypte l'usage du cuivre pur a précédé celui du bronze et du fer. Dans les langues sémitiques et finnoises, les différents noms du cuivre se ramènent à une forme unique ; les langues turco-tartares possèdent aussi un nom commun pour le cuivre. Dans ces conditions, il paraît a priori vraisemblable que les Indo-Européens ont également connu le cuivre avant leur séparation. C'est ce que vient confirmer l'équation lexicologique :

Latin aes\ gothique aiz\ sanscrit dya$ ; zend ayanh.

Il est vrai que la signification de ces mots a changé et quayds, dans le sanscrit classique, désigne aussi souvent le fer que le cuivre ou le bronze. Mais, dans les Védas, le fer est qualifié de çydmdm dyan, c'est-àdire de cuivre bleu foncé, preuve certaine que le sens primitif d'ayds est bien celui que l'on retrouve dans le latin aes. Les changements de signification dans les noms qui désignent les métaux sont très fréquents : il suffit de rappeler l'italien rame, qui signifie cuivre, dérivé du latin aeramen, qui désigne le bronze.

Depuis Pictet, on a généralement attribué aux Aryens la connaissance du bronze et l'on a vu là un des motifs de la rapide extension de leurs conquêtes. Mais la linguistique nous montre seulement qu'ils ont connu le cuivre, et la diversité des noms de l'élain semble prouver qu'ils ne possédaient pas encore le bronze. D'ailleurs, dans plusieurs pays, notamment en Hongrie, l'archéologie relève les traces d'une période où le cuivre était employé seul pour la fabrication des armes et des outils et nous venons de voir que, d'après des recherches récentes, il en a été de même en Egypte. Le mélange du cuivre et de l'étain a probablement été découvert en Mésopotamie, d'où il s'est répandu dans le reste du monde antique. Quant à la priorité du cuivre sur le for, elle peut être considérée comme hors de doute. Le fer est encore très rare dans la civilisation mycénienne et, dans les poèmes homériques, il est bien plus souvent employé à la fabrication des outils grossiers qu'à celle des armes. Le mot ■/cù.y.ôz, signifiant cuivre ou bronze, a donné en grec beaucoup de dérivés, en particulier des noms propi-es, tandis que la désignation du fer, aior,ç,o:, introduite plus tard dans la langue, est restée à peu près stérile à cet égard- Le fer n'est mentionné en Inde que vers la lin de la période védique.

A la différence des Grecs, les Celtes, les Germains et les Slaves ont composé do nombreux noms de lieu avec les mots qui désignent le fer.

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Il faut en conrlure quo rinlrndurlion de la mi'taIlur;,'io du for dans le nord de rKurope est antérieure à l'époque où se formèrent, dansées pays, des centres fixes de population ; mais cette époque ne paraît pas être 1res reculée.

Le plomb et l'élain ont été souvent confondus par les anciens, et les mots qui désignent ces minéraux sont encore inexpruiués. I.o grec x5(a-i7iTcpo;, étain, paraît être d'origine assyrienne ou accadienne ; quant au nom du plomb, (jLÔXuggo:, tout ce qu'on ose en dire, c'est qu'il est probablement apparenté au latin p/umbum.

En somme, le seul métal dont on puisse penser, sinon affirmer, que les Aryens indivis ont eu connaissîmce, est le cuivre ; encore n'est-il pas prouvé que le poignard primitif (sanscrit «.s/, lalin ensis) ait été une arme métallique. Les noms des armes présentent peu de concordances dans les langues de la famille aryenne; entre le sanscrit et l'iranien, où elles sont les plus nombreuses, les analogies portent exclusivement sur les noms des armes offensives. La comparaison du grec et du sanscrit conduit à la même conclusion : uîXsy.-j;, paracii (hache) : xlarpo;, castra (halle de fronde); àO-op, athuri (pointe de lance) ; ptoç, lô;, jyu, ishu (arc, flèche, corde de l'arc). La connaissance de l'épée en bronze ou en fer, qui manque à llissarlik et dans les terramares du Pô, parait n'être venue aux Grecs que par suite de leurs relations avec des peuples plus avancés: ainsi le gre'; $ï?o; peut s'expliquer par l'égyptien sefi , arabe seifun.

Les plus anciens boucliers étaient faits en peau (comparez scutum et cutis), en bois ou en osier. Chez les peuples de l'Europe centrale, l'usage de cette arme défensive ne paraît pas remonter très haut.

La langue nous prouve que plusieurs armes dont les noms désignent des objets métalliques oiit été originairement en pierre. Ainsi l'allemand hammer (marteau) est identique au slave temeui (pierre); l'allemand sax (couteau) est le même mot que le lalin mxiim (pierre). Ces indices nous portent à reculer jusqu'à l'époque néolithique la civilisation des Aryens avant leur séparation. Le guerrier d'Homère, comme celui des Védas, se montre à nous monté sur son char de guerre et armé de pied en cap; si l'on concluait de là que le Grec et l'Fndou de l'époque indivise ont combattu avec cet attirail, on tomberait dans une grave erreur dont la comparaison des vocabulaires nous affranchit.

Appliquée à l'étude delà faune aryenne, la même méthode aboutit aux résultats suivants. Les Aryens ont connu, parmi les animaux carnassiers, le chien, le loup, l'ours, la vipère; ces noms se retrouvent dans tout le groupe des langues aryennes. Parmi les rongeurs, ils ont connu la souris, le lièvre et le castor; parmi les solipèdes, le cheval; parmi les ruminants, le bœuf, le mouton, la chèvre; enfin, le nom du porc est commun à tout le groupe indo-européen. iNous avons déjà signalé l'absence de désigations communes pour le lion, le tigre et le chameau; le nom du cerf, animal des régions boisées, ne se rencontre que dans le groupe européen. Les noms des oiseaux sont difficiles à comparer, parce que l'onomatopée

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joue un grand rôle dans leur formation. Le seul, peut-être, dont on puisse attribuer avec certitude la connaissance aux Indo-Européeus est l'oie. II n'y avait donc pas de basse-cour aryenne.

Le terme qui désigne le bétail (latin pecu) est commun aux langues aryennes; la racine estpaç, qui signifie prendre, attacher. Les animaux du troupeau sont donc les animaux captifs, par opposition à ceux qui sont libres ou sauvages. II y a là un indice que la domestication des animaux n'était pas inconnue des Aryens. D'ailleurs, les différents noms des bêtes à cornes concordent dans plusieurs langues asiatiques et européennes : zend staora, grec xaOpoç, celtique tarvos; sanscrit gâ, grec poO;, latin bas; sanscrit vaçd\ latin vacca. La domestication du mouton et de la chèvre est probable, mais celle du cochon est douteuse, le Véda et l'Avesta ne mentionnant pas encore l'élève de ces animaux. Pour le cheval, on ne saurait être affirraalif, car la concordance des noms (irv't,"iiiirjç, equus, etc., ne prouve pas que ce solipède fût domestiqué. Il est certain que l'équitation appartient à une époque relativement récente et rien ne démontre que l'usage des chevaux comme bêtes de trait remonte à la période de l'indivision. Les Indo-Européens ont probablement connu le cheval dans une condition intermédiaire entre l'état sauvage et la domestication ; il y avait peut-être des troupeaux de chevaux qui servaient à la nourriture des hommes, comme cela se voit encore aujouid'hui dans le monde turco-lartare.

Passons à l'étude de la fiore. Un fait curieux, mais dont on a surfait l'importance, est la concordance des noms du bouleau : sanscrit 6/uî'r;'a, allemand birke, etc. Dans le domaine européen, les noms du chêne et du gland concordent : le latin qiicrcua et le germanique /"orAa, le grec pàXavo; et le latin gUins. Le mot dont dérive le grec SpO; a probablement eu à l'origine le sens d'arbre (anglais tree); on le trouve avec celui de pin en Scandinavie et avec celui de mélèze en latin [larix de darix, comme /«cruma de dacruma).

L'arbre dominant dans les forêts de l'ouest et du centre de l'Europe est le hêtre, en latin fagus avec le sens de hêtre, en grec çiy'jî avec le sens de chêne ; les langues du nord ont conservé pour ce mot le môme sens que le latin et le changement de signification qu'il a éprouvé en grec s'explique par l'absence de hêtre au sud de l'Epire et de la Macédoine.

En somme, les noms d'arbres communs aux langues de l'Europe et de l'Asie sont eilrômement peu nombreux, tandis que les concordances sont assez fréquentes dans le groupe européen. On est porté à en conclure que les Aryens indivis ont habité une région peu boisée et que le groupe européen seul s'est trouvé en contact avec de grandes forêts.

Les Aryens indivis ont-ils connu l'agiiculture? Ici encore, les concordances sont très rares entre les langues de l'Europe et colles de l'Asie, tandis qu'elles se multiplient dans le groupe européen. 11 semble donc que l'agriculture des Aryens indivis a dû être tout à fait rudimeutaire et que leur existence était surtout celle do pasteurs, disposant de grands

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espaces et de prairies nalurolles. Los propres de rayricultiire se sont accomplis coup sur coup à l'époque du groupement européen.

Le mot sanscrit ydva correspond au grec ï:*, mais on ne sait pas au juste quelle céniale il désigne. C'est cepenriant le seul nom de céréal<» dont l'identité dans les différentes langues de la famille puisse être considérée comm certaine.

Puisque nous avons lieu de croire que l'agriculture ne commença parmi les Indo-Européens qu'après la séparation des Européens et des Asiatiques ; puisque nous savons aussi que les concordances des noms des arbres ne sont nombreuses que dans le groupe européen, on en vient à penser que ces deux faits sont connexes et que la naissance de l'agriculture coïncida avec l'arrivée des Européens dans un pays fertile et couvert de forêts, au sortir de steppes immenses et peu boisés.

La linguistique montre que les Aryens d'Europe ont connu l'orge, le froment, le millet, le lin, le pois, le haricot et l'oignon ; il est l'emarquable que nous retrouvons les mêmes produits de la terre dans la plus ancienne civilisation de l'Egypte et des peuples sémitiques. Cette concordance est encore inexpliquée.

Avec l'agriculture, l'homme commence à observer les saisons, à diviser et à mesurer le temps. Dès l'époque de la vie nomade, il doit distinguer les saisons où le bétail trouve sa nourriture au dehors et celle où il doit être parqué et nourri à. l'aide de réserves. Chez les Indo-Européens, le nom de l'hiver est commun à un grand nombre de langues ; celui de la neige se trouve en zend, en latin, en grec et en allemand. 11 y a aussi plusieurs désignations communes pour la belle saison, mais rien ne prouve que l'on eût distingué le printemps et l'automne; cette distinction appartient essentiellement aux époques agricoles (saison des semailles et saison de la moisson).

L'astre qui servait à mesurer le temps était la lune, qui s'appela primitivement la mesureuse (sanscrit mâmi, je mesure ; à rapprocher du grec !J.v, nom du mois et d'une divinité lunaire\

La nourriture des Aryens comprenait la viande (sanscrit kravya, grec xpÉa;, latin caro). On savait déjà la cuire, mais on la mangeait encore plus souvent crue. Rien ne prouve que le gibier ail contribué à l'alimentation des Aryens, qui chassaient surtout les animaux dangereux pour leur bétail. Nous avons déjà dit qu'il n'y avait pas de volailles domestiques. Les fruits sauvages et le gland du chêne ont servi très anciennement à la nourriture ; les Arcadiens, dont la civilisation avait conservé un caractère archaïque, étaient quaUfiés de paXavooâyot, mangeurs de glands. Les grains de blé étaient tantôt cuits, tantôt broyés à l'aide d'une meule et convertis en une farine qui subissait la cuisson. Le pain proprement dit était inconnu.

La connaissance du sel a manqué, suivant les témoignages des anciens, à plusieurs peuples, comme les Épirotes et les Numides ; le Rig-véda n'en fait pas mention, et les désignatious du sel ne concordent que dans les langues de l'Europe. Cependant on peut toujours admettre que l'iranien

et le sanscrit aient perdu un mot correspondant au latin sal, grec âli, puisque le lithuanien ne le possède pas non plus. Il est excessif de vouloir conclure de là que le groupe européen seul se soit trouvé en contact avec la mer.

Le nom du lait concorde d'une part en sanscrit et en zend, de l'autre en grec et en latin, eu gothique et en celtique ; un seul terme commun, sanscrit dddhi, vieux prussien dadan, se retrouve à la fois en Asie et en Europe. 11 est facile de supposer que le lait, dans la langue primitive, était désigné par un grand nombre de noms, dont les uns ouïes autres se seront maintenus à titre exclusif dans les différents groupes de langues. On voit par là le danger auquel est exposée l'étude de la paléontologie linguistique : les faits concernant le lait sont tels qu'on serait tenté d'en conclure, contre toute vraisemblance, que les Aryens indivis ignoraient le lait !

Piolet a rapproché le latin winum du sanscrit vends, signifiant agréable ; d'autre part, on a signalé l'analogie du même mot avec le sémitique juin, wain, qui désigne le vin. De toute façon, la culture de la vigne à l'époque unitaire reste très douteuse; les Aryens n'ont probablement pas connu d'autre boisson fermentée que l'hydromel.

Les premiers vêtements des Aryens furent des peaux de bêtes; mais ils fabiiquaient aussi des étolfes feutrées et tissées. La connaissance du métier de tisserand, delà quenouille etdupesondu fuseau, est attestée par la linguistique. La laine et le lin ont été certainement familiers aux Aryens primitifs.

Les textes anciens nous montrent les populations nomades de l'Europe septentrionale habitant des chariots en guise de maisons. La linguistique prouve que cet usage remonte très haut. L'allemand ivayen (chariot) est identique au sanscrit vahana ; la roue et le joug ont également des désignations communes. Une seule partie importante du chariot, le rayon de la roue, ne se retrouve pas dans les difféi^enles langues ; c'est que, dans les chariots primitifs, les roues étaient pleines. Le plauslrum romain dont parle un commentateur de Virgile est encore monté sur des roues pleines {tympana) et les mêmes roues se voient, sur la colonne Antonine, aux chariots germaniques des Marcomans.

L'usage de circuler dans des chariots, qui convient à un pays de steppes, distingue les peuples aryens de leurs voisins finnois et turco-tartares, chez les(|uels a toujours prédominé l'équilation.

Quand les Aryens devinrent sédentaires, il est certain qu'ils habitèrent d'abord dans des demeures souterraines. Le nom de la maison dans l'Avcsta parait se rapporter à une racine qui signifie creuser ; les maisons primitives sont donc des créâtes, terme encore usité en France. Les auteurs anciens nous ont représenté les Arméniens, les Scythes et les Germains comme chercbant des abris sous terre contre les intempéries des saisons et Icsattaciues des ti'ibus hostiles. Les Aryens ont aussi construit des huttes en bois, couvertes de paille, comme celles que les écrivains anciens attribuent aux peuples du nord. Le sanscrit damd (maison) est identique au grec ôoao:, latin duinus ; le zend dcarciu (porte), se retruuse

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