G. de Mortillet, Le Prfiliixtnrir/iie, p
L HOMMF TFRTIAIRE
plarpos pour former ('îtau. De fait, flans la pratique, elles ne saisissent, pas les roips durs. Une des mâchoires est garnie de plusieurs ranjïées de (lenis minces et idlonuées, l'autre de dents larges et coupantes. Ces mâchoires fonctionnent comme des peignes à carder, dont l'un, immobile, retient la laine, tandis que l'autre, en mouvement, la sépare et la divise. Quand le squaloïde saisit sa proie, il enfonce sa série de dents minces et pointues dans les chairs pour la retenir, pendant qu'avec sa série de dents tranchantes, il coupe et taille cette chair en lambeaux. Il n'y a que ces dents tranclianlcs qui atteignent et entaillent les os, accidentellement et irrégulièrement, mais à peu près toujours du même côté, parfois avec des reprises et doubles incisions en croix, pour détacher la chair. C'est exactement ce que nous observons dans les ossements découverts et signalés par M. Capellini.
« Si les coupures étaient dues à l'homme, au lieu d'être distribuées au hasard, elles seraient intentionnellement groupées, surtout aux points d'attache des chairs à l'os. Il n'en est point ainsi.
« Enfin l'argument le plus fort, la preuve la plus positive, parce que c'est une preuve directe, c'est que l'outil a laissé, si je puis m'exprimer ainsi, son cachet, sa signature dans les incisions. Les dents de squaloïdes, du moins de certaines espèces, sont finement dentelées tout le long de leur tranchant. Quand elles coupent en long, ces fines dentelures produisent des séries longitudinales. Quand elles tranchent verticalement, les stries sont en travers et le fond de l'incision se trouve pointillé. Eh bien ! en examinant à la loupe, et même parfois à l'œil nu, les incisions des côtes de cétacés de l'astien toscan, on reconnaît stries et dentelures.
« Il n'y a donc plus de doute : toutes les incisions d'os de cétacés fossiles signalés jusqu'à présent sont de simples produits de dents tranchantes de grands squaloïdes. »
M. Adrien Arcelin^ malgré la haute estime qu'il pi'ofesse pour les opinions de M. de Qualrefagcs, est aussi explicite.
« Pour que nous acceptions les conclusions de MM. Capellini et de Quatrefages qualifiées, par eux d'évidentes, il faudrait établir d'abord : 1° que les incisions en question peuvent être réellement produites par un instrument eu pierre ; 2» qu'elles ne peuvent pas être dues à une autre cause; 3" qu'il existe des incisions semblables sur les os travaillés par l'homme quaternaire avec des outils en silex; 4" que le gisement de Monte Aperto est réellement un dépôt côtier, accessible à l'homme aux temps tertiaires.
« Or, non seulement on ne trouve pas d'instruments de silex mêlés aux os incisés de Monte Aperto, mais je ne connais pas d'outils de pierre capables de produire des incisions aussi profondes et aussi nettes et je n'ai
1. Congrès scientifique des catholiques tenu à Paris en 1888. Communication de M. A. Arcelin, t. II, p. 642 et suiv.
jamais observé rien de semblable sur les ossements quaternaires taillés et incisés par l'homme. Ajoutons que le hnlenotus do Monte Aperto n'appartient pas à un dépôt de rivage, mais à un fond qui devait être toujours couvert d'une dizaine de mètres d'eau, comme l'a établi M. Stefani ' d'après les coquilles associées au balénotus. »
Que reste-t-il des affirmations de M. de Qiiatrefages?
Nous n'avons donc pas encore mis la main sur l'homme tertiaire.
Reste la question des silex travaillés.
Silex travaillés. — Des dix faits relevant de cette catégorie, cinq ne font plus parler d'eux depuis longtemps; deux rightham et Mous, sont encore trop récents pour avoir pu subir l'épreuve do la discussion, et d'ailleurs, ne paraissent pas concluants. Saint-Prest est définitivement abandonné, bien que figurant encore sur les listes de M. de Quatrefages. Trois, Otta, Puy- Courny et Thenay, méritent d'être discutés.
Gisement d'Otta.
Nous commençons par les silex d'Otta qui sont les plus contestés. M. de Quatrefages, lui-même, ne les admet qu'avec doute.
« Le gisement consiste* en une vaste formation de près ou de conglomérats, avec argile et calcaires, qui atteint sur c{uelques points 400 mètres de puissance. Cette formation est d'origine lacustre. Elle renferme une flore et une faune fossiles étudiées par MM. 0. Heer et A. Gaudry qui lui assignent pour position géologique l'étage tortonien du miocène supérieur.
« Les silex abondent naturellement dans le tortonien d'Otta. Après vingt ans de i-echerches, M. Ribeiro était parvenu à y recueillir une série de quatre vingt-quatre éclats, exposés en 1878 à Paris et sur lesquels vingtdeux pièces seulement présentent le plan de frappe et le conoïde do percussion. Ces silex ne portent pas de retouches. Ils affectent principalement la forme de pointes triangulaires et de disques.
a La plupart de ces pièces ont été ramassées à la surface du sol. Des membres du Congrès ont donc mis en doute leur contemporanéi té avec le terrain sous-jacent. Cependant, au cours d'une excursion faite à Otta M. Bellucci a détaché lui-même du conglomérat miocène, où il était engagé, un éclat portant un conoïde de percussion. Mais M. Cotleau a émis
1. Stefaui, Hull. di palelnol. 27«//ana, aoùt-sept. 1876, p. 152.
2. Cf. Arcelin, L'Homme tertiaire dans le Congrès scientif. internat des catliul. tenu à Paris en 1888, t. H, p. 055, et Congrès de Lisbonne, p. 138.
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l'opinion que des silex de la surface avaient pu pénolrer, par les fentes, dans les couches inférieures.
« Quoi qu'il en soit, même en supposant démontrée la contemporanéilé des silex et des couches tertiaires, la seule présence des conoïdes de percussion est insuffisante, comme nous l'avons vu «, pour établir que ces silex ont été taillés intentionnellement. »
Cette appréciation est conforme à celle de la plupart des savants qui assistaient au Congrès. <( Il me semble, écrivait à son retour M. Cazalis de Fondouce, un des secrétaires du Congrès, que la question de l'homme tertiaire a plutôt perdu que gagné du terrain au Congrès de Lisbonne; si l'homme existait à l'époque tertiaire, il faut en trouver des preuves plus sérieuses qu'un bulbe de percussion ^ »
Gisement du Puy-Courmj.
{( En 1869, M. Tardy avait présenté à la Société d"aulhropolof,'ie de Paris une lame de silex avec plan de frappe et conoïde de percussion qu'il avait extraite lui-même d"uu conglomérat miocène des environs d'Aurillac Depuis cette époque M. Rames a continué des recherches dans la même formation, au Puy-Courny, et il y a recueilli une série de silex offrant aussi des traces de percussion, plans et conoïdes de percussion, retouches, etc.. Les silex présumés taillés gisent au milieu d'autres fragments informes de toutes dimensions. Quelques blocs atteignent quarante centimètres de diamètre. Tous ont subi sur leurs bords des chocs vigoureux et qui en ont enlevé de grands éclats ^ »
Le caractère du milieu d'oii sortent ces silex est très nettement déterminé. — Les silex, eux-mêmes, ont très bon aspect et peuvent faire illusion, affectant les formes connues de grattoirs et de perçoirs quaternaires. Les faits sont parfaitement constatés; reste à les expliquer. Ajoutons que, suivant une
1. Cf. A. ArceliQ, La taille du silex dans le inéiuoire précité. Congrès jatern. des cathol. 1888, t. 11, p. 6i9, où nous lisons : « La présence d'un conoïde de percussion à lextréinité d'une lame de silex indique bleu que cette lame a été détachée d'un bloc par l'elTet d'un choc; mais cela ne permet pas de préjuger de la cause de ce choc. Deux blocs de silex tombant l'un sur l'autre, il peut se produire un conoïde de percussion, tout aussi bien que par retîct d'un coup de marteau appliqué par une main humaine. »
2. Cazalis de Fondouce, La question de Vhomme tertiaire en Portugal, dans la Revue des sciences naturelles (tirage à part au Musée de Saint-Germain, n» 5923).
3. A. Arceliu, /. c, p. 056; et Bull. Soc. anlh. de Paris, 1860, p. 703.
observation de M. Rames, qui n'est pas contestée, les silex recueillis au Puy-Courny sont exclusivement des silex cornés ou pijromaques. Or l'étage d'où ils paraissent avoir été exlrails renferme les variétés de silex les plus diverses. Un véritable triage se serait opéré. Ne doit-on pas y voir l'intervention de l'homme? M. Rames fut d'abord tenté de le croire. Mais la gravité du fait fut singulièrement atténuée par les observations ultérieures de M. Boule ^ M. Boule a- constaté, après nouvel examen, que le merveilleux triage, signalé par M. Rames, était un simple effet de la marche graduelle des érosions. L'aquitanien, auquel appartiennent les silex, se compose de plusieurs couches. En haut^ sont localisés les silex cornés, pyromaques; plus bas, les autres variétés. Or les couches supérieures ont été seules dénudées par le fleuve tortonien ; les bancs inférieurs n'ont pas été atteints. Nous sommes en présence d'un phénomène naturel. 11 est certain, en eiïet, que des silex tortoniens de Puy-Courny sont le produit de la dénudation de l'aquilanien, qu'ils ont beaucoup voyagé, balayés par des agents énergiques. Il y a là de quoi expliquer les chocs dont ils portent les traces et les éclats résultant de ces chocs. — Le petit nombre de pièces paraissant porter des traces de travail humain sont des lusus naturse.
Les silex du Puy-Courny n'apportent donc à la thèse de l'homme tertiaire aucun argument démonstratif.
Sn.EX DE TiiENAY. — Nous eu dirons autant des silex de Thenay, bien que ce gisement soit présenté par M. de Mortillel et son école comme la [)ierre angulaire de leur système, à titre d'argument incontestable.
Annoncée par l'abbé Bourgeois au Congrès di; Paris', la découverte de Thenay fut l'objet d'une discussion approfondie au Congrès de Bruxelles ^ Une commission fut même officiellement nommée pour examiner la petite collection de silex
\. Houle, Rev. d'uJillirup., 1880, p. 217; Cf. Associai, franc, 1887, p. 292.