Cougrés de Bruxelles, 1872, p
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présentés par l'abbé Bourgeois. La consullalioii fut loin d'être favorable aux idées de l'inventeur'. La nicijorité repoussait absolument l'intervention de l'homme. La minorité l'acceptait pour quelques pièces qui n'étaient pas les mêmes pour tous^
L'abbé Bourgeois avait donné au Musée de Saint-Germain une petite collection de silex de Thenay. Il fallait les exposer. A quel titre devais-je les présenter au public? 11 y avait de quoi être embarrassé, je me décidai à voir les choses par moi-même. Accompagné du général du g-énie Crculy, géologue distingué, je partis pour Pont-Levoy.
L'abbé Bourgeois fut, comme il l'était toujours, parfait pour nous. Nous passâmes deux jours sous son toit; nous
1. Ce jury était composé de quiuze membres : MM. Capellmi, Emile Cartailliac, Desor, Engelbiardt, Fraas, Angustus Franks, Neyrinck , d'Omalius d'Halloy, de Quatrefages, Steeustrupp, Valdemar Schmidt, van Beueden, marquis de Vibraye, Virchow et Worsaae. Après examen scrupuleux des objets, la Commission ne crut pas devoir se prononcer. Les membres de la Commission se contentèrent de formuler personnellement leur opinion de la manière suivante : 1. M. Steeustrupp ne peut admettre que les séries exposées fournissent des traces évidentes de la main de l'bomme. 2. M. Virchow partage cette opinion. 3. M. Neyrinck est du même avis. 4. M. Fraas n'a pu remarquer aucune trace de la main de l'bomme sur les silex présentés. .3. M. van Beneden déclare ne pouvoir se prononcer. 6. M. Desor n'admet pas le travail bumain. 7. M. de Quatrefages réserve son opinion. 6. Le marquis de Vibraye fait également des réserves.
Sept autres commissaires sont un peu plus favorables, mais dans quelle mesure? 1. M. Franks, du British Muséum, accepte l'origine bumaiue A'un spécimen, le grattoir. Un spécimen, un seul! 2. M. d'Omalius reconnaît l'œuvre de l'homme dans quelques silex seulement. 3. M. Emile Cartailhac accepte les poinçons et les racloirs. 4. M. Worsaae en admet plusieurs. .'). M. Enguelbardt admet quelques-unes des séries, 6. M. Waldemar Schmidt eu admet un certain nombre. 7. M. Capellini admet la taille pour quelques couteaux.
2. Ajoutons que depuis longtemps MM. Daubrée, Hébert et Damour, les émiuents géologues de l'Académie des sciences, déclarent être sans nulle valeur les arguments fondés sur le caractère des silex tertiaires, où ils ne reconnaissent aucunement la trace d'un travail humain. « Les silex de Thenay, disait M. Damour daus une note lue à l'Académie des sciences et publiée dans la Revue arck. (décembre 1882) n'ont point subi l'action du feu; le craquelage eu est dû à des modifications de la silice saus aucune intervention de 1' homme. Quant aux ébi'échages ou entailles, il me semble qu'elles peuvent s'expliquer naturellement en supposant une simple pression exercée sur les bords tranchants du silex par les galets ou par les roches dont ils étaient environnés. »
LA GAULK AVANT LKS GAULOIS
examinâmes la cuUeclion danstous ses détails, en provoquant les observations du propriétaire. Malgré notre bonne volonté, après avoir visité le terrain, il nous fut impossible d'entrer dans les idées de cet excellent homme, qui obtint de nous
Fig. 1. Fig. 8.
Silex de Theuay ayant l'apparence de racloirs et de perçolrs.
seulement la promesse d'un complément d'enquête. Il fut convenu qu'avec son concours nous ferions exécuter une grande fouille à Thenay. L'exécution de ce projet fut confiée à l'habile et sagace inspecteur des restaurations et moulages du Musée des Antiquités nationales, M. Abel Maître.
M. Abel Maître s'acquitta de sa tùclie avec son zèle et sa précision ordinaires. Les conclusions de son rapport' sont complètement défavorables à toute intervention de l'homme dans l'éclatement ou la taille des silex. M. Maître avait remué près de six mille silex^ « Sur cette masse énorme de silex qui ont tous passé par mes mains, m'écrivait-ii, j'ai cherché en vain la trace d'un bulbe de percussion. Je n'en ai trouvé aucune. Je ne crois pas aux retailles intentionnelles. Je reconnais, au contraire^ que la majorité des silex paraît avoir subi
1. Publié dans la Revue arc/i., t. XLVI, 1883), p. 137, avec planches.
2. Exactement : 5,789. On peut voir ces silex au Musée de Saint-Germain.
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raclion du feu'. Mais esl-ce une preuve certaine de l'intervention de la main de l'homme? »
M. Maître rapportait à Saiul-Germain, outre des coupes exactes de ses fouilles, de nouibreux échantillons de toutes les variétés de silex (ju'il y avait remarquées, depuis des rog'nons encore intacts jusqu'aux plus p(;tits fragments ayant l'apparence de silex taillés.
Fig. y. — Silex craquelé de Thenay.
De l'examen de ces silex et des expériences faites dans les ateliers du musée résultent les faits suivants: Les rognons de Thenay, sous l'influence de l'action du feu ou d'un changement brusque de température, éclatent en fragments naturels affectant toutes les formes que présentent les silex choisis de la collection Bourgeois. Les arêtes seulement sont plus vives et sans éraillures, comme cela doit être quand les silex n'ont encore reçu aucun choc. Mais la plupart de ces arêtes naturelles sont assez minces, assez peu résistantes, pour que la pression d'un corps dur, le choc d'un autre silex, par exemple, puisse les ébrécher et déterminer des entailles ou 'petits éclats dits retouches^ quand elles sont intentionnelles, de tout point semblables à celles que l'abbé Bourgeois montrait avec tant de complaisance. Il n'y a là aucune trace de travail humain.
Ces entailles, ces petits éclats n'affectent point les silex d'une manière régulière ; ils se présentent sans ordre à droite
1. Nousavous vu que M. D;uuoui" doiuiait de ces craquelaiies ime autre explicatiou. Cf. suprà. p. 17.
et à gauche des tranchants; il n'y a qu'un choc sur la face du tranchant qui puisse produire des éclats disposés de cette façon. Ce n'est pas ainsi qu'on pratique des retouches utiles. Les silex recueillis dans les fouilles sont ébréchés ou émoussés comme doivent l'être des cailloux qui ont été bousculés ou roulés. Les silex ont été, en effet, incontestablement roulés.
Les fouilles de M. Maître n'ont pas plus mis au jour do percuteurs et de bulbe de percussion que les nombreuses fouilles de l'abbé Bourgeois. Or M. Maître, malgré son inexpérience, agissant sur les rognons de Thenay à l'aide de percuteurs improvisés, a obtenu très facilement des éclats avec bulbe, laissant un noyau en forme de nucleus très reconnaissable. Les pierres ayant servi de percuteurs conservent des traces blanches parfaitement visibles. Los couches de Thenay ne contiennent aucun de ces percuteurs. Les silex de Thenay n'ont donc été ni taillés, ni retaillés.
Comprendrait-on un être intelligent qui aurait su produire le feu à volonté et n'aurait pas su briser les rognons par percussion. Je dis produire le feu. Il faut ajouter, réunir à cette 'ntention un nombre considérable de matériaux pour entretenir le foyer d'incendie. Car si ces silex ont subi l'action du feu ils n'ont pas été brûlés isolément ou par petits groupes, mais en grande masse; puis saisis par le flot, qui les a roulés au bord du lac, en si grande quantité qu'ils y forment une couche de 70 centimètres de puissance sur une très grande étendue. Il y aurait eu là une vraie exploitation industrielle. Enfin, les silex de Thenay, ayant apparence de travail humain, sont de si petite dimension, qu'il est impossible d'y voir un outil, encore moins une série d'outils dont un être intelligent ait pu faire usage.
Les sile.\ de Thenay ne prouvent donc rien, pas plus (jue les os d'animaux terrestres ou marins, impressionnés, entaillés ou brisés.
Les géologues et les paléontologistes afiirmcnl, il est vrai, que les conditions climalériques de l'époque tertiaire com-
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portent Texistence d'un être ayant l'organisation, ou, au moins, une organisation voisine de celle de l'homme. Je le veux bien. Que l'homme tertiaire soit possible, je n'y contredis pas, mais jusqu'ici, il est encore tout théorique.
Nous n'en reparlerons donc plus, encore moins de l'anthropopithèque. Dans les questions d'atavisme et de métissage, nous n'aurons point à tenir compte de cet élément.
Note additionnellk.
Une commimication sur les silex éocènes, faite en 1888 an Congrès scientifique international des catholiques tenu à Paris ', achève de réduire à néant l'opinion qui veut voir des traces nécessaires de travail humain dans les silex de Thenay. « Les retouches régulières des silex de Thenay font penser naturellement, je ne le nie pas, écrit M. A. Arcelin, à l'intervention d'un être intelligent sinon de l'homme lui-même; mais ces effets ne peuvent-ils pas être attribués à des causes naturelles? J'ai recueilli quelques observations qui me semblent répondre à cette question et militer en faveur de l'action naturelle. Il s'agit d'observations faites sur les terrains éocènes* du Maçonnais. On peut y recueillir à tous ses niveaux des silex éclatés avec ou sans cône de percussion. On y trouve de ces éclats irréguliers, à cassure esquilleuse sans conchoïdes, que M. de Mortillet considère comme éclatés au feu par un procédé qu'il appelle l'élonnement et qu'il attribue, à Thenay, à un être intelligent. En Maçonnais les éclats s'expliquent tout naturellement par des phénomènes hydrothermaux dont l'influence n'est pas douteuse. Ce mode d'éclatement se produit, en effet, constamment sous l'influence des changements de température résultant de simples actions météorologiques; la gelée donne plus particulièrement une cassure irrégulière esquilleuse comparable à celle du feu, et le soleil une cassure à faces planes ou conchoïdales sans esquilles. Des phénomènes de ce genre se sont certainement produits à l'époque tertiaire comme de nos jours. J'ai recueilli dans les sables éocènes de Tournus une pièce que l'on n'hésiterait pas à considérer comme un nucleus intentionnel si on la trouvait dans les débris d'une station quaternaire. Elle est incrustée de sable éocène qui atteste son authenticité...
« Le craquelage continue^ à se produire sur les silex exposés aux agents atmosphériques. Dans une carrière abandonnée depuis vingt ans, j'ai vu à la surface des anciens déblais un grand nombre de silex profondément craquelés, bien plus craquelés que ceux qui sont en place dans le sol. Dans les parois verticales de cette carrière on observe encore ceci : des