Satire VI, v
5. Saliiu iJerthelot daus Mém. de la Soc. el/inof/., t. I, p. 12'J; t. II. p. 77. Ls Df llaiiiy a coujecluré que ces sauvages du xv" siècle ctaieut ^les desceudauts des hoiiunes du reune. Cf. Revue d'anthropologie, t. II, p. 51 (1873); crunia ethtuca, p. 94, 97 etD' Verueau daus Archives des Missions scieiitifitiues et littéraires, 3" série^ t. XIII.
L iiommp: quaternaire H7
l'homme des cavernes du Périg-ord? Quelles preuves a-t-on, si décisives, qu'avec les troglodytes de la Madelaine, de Cro- Magnon, des Eyzies, ajoutons même avec l'homme du JNéanderthal, nous touchions aux premières couches de populations que le soleil a vues éclore?La Gaule, à bien des égards, est un pays nouveau, presque aussi nouveau que la Nouvelle-Zélande, découverte d'hier, au point de vue de l'histoire de rhumanilé. Et nous prétendrions établir, sur des observations faites en Gaule, la base de spéculations scientifiques touchant l'orig-ine des sociétés humaines? On dit : Nous trouvons les mêmes mœurs chez les sauvag'es actuels. Singulier raisonnement! Mais si les races soi-disant primitives avaient eu en elles les germes innés de la grande civilisation, pourquoi sont-elles restées slalionnaires? Pourquoi ces g^ermes ne se sont-ils pas développés, et cela, dans des pays particulièrement favorisés de la nature ? Pourquoi ces tribus sauvages sont-elles, en Amérique, dans l'Inde, en Australie', aujourd'hui encore, ce qu'elles étaient au temps d'PIomèrc, en Sicile; en Sardaigne, au temps de Strabon ; aux Canaries, au temps de Cadamosto, sur tous ces points au-dessous de nos trog-lodytes de la Gaule.
Aristote 'ne raisonnait pas ainsi. Il n'allait pas chercher au bas de l'échelle le type des êtres dont il voulait décrire les caractères essentiels et primordiaux. Il établissait en principe que « la vraie nature d'un être se révèle dans son achèvement ». Ce qui dislingue l'homme, d'après Aristote, c'est « sa sociabilité », ce sont « les idées morales du bien et du mal, du juste et de l'injuste », c'est « le sentiment du beau ». Voilà l'homme véritable, dans son essence. L'homme sauvag-e n'est pas plus l'homme primitif, l'homme primordial, que la guêpe qui bourdonne autour de la ruche n'est l'abeille primitive, l'abeille industrieuse, en puissance; qiielabièvre de nos rivières, ce castor qui ne bàlit pas ou ne bàlit plus, n'est le castor primiiif.
Les sociétés humaines telles que le temps les a faites sont
1. Cf. Cari Lumholtz, Au pays des Cannibales, traduction V. et W. Molard, p. 98-384. Paris, 1890.
2. Aristote, Polit., I. ch. i, § 9, trad. Harthélemy Saiat-Hiiaire, p. H.
un mélange bizarre de couches de populations d'origine et de valeur première très diverse. Presque partout, dans le monde la barbarie côtoie la civilisation. Nos idées, nos coutumes, ce que l'on appelle nos préjug-és, sont la conséquence de cette association de forces et d'aptitudes inégales. Il est curieux de constater ces anomalies; chercher dans les bas-fonds de l'humanité actuelle le point de départ de la grande civilisation, est une erreur dangereuse condamnée par Thistoire du monde ci-
Fig. 97. — Abri de Lafaye, commune de Bnmiqucl».
vilisé. Le cours que nous inaugurons^ contribuera, nous l'espérons, à mettre cette vérité en lumière.
Nous ignorons les mystères de la création. Sachons supporter noire ignorance. Certaines conceptions transcendantes nous apparaissent, suivant rexpression do Liltré, « avec le double
1. station oîi a ùté déconvort le mammouth sculplé en ivoire. Cf. p. 91, fig. 02.