‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 76 sur 168 · Voir Archéologie celtique et gauloise, 2* éd., p · texte numérisé non relu

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voisinag-e des hommes de race supérieure effraie plus qu'il n'attire les barbares. Ces réflexions sont applicables à la Gaule primitive. Nous aurons souvent, dans le cours de nos leçons, l'occasion de le constater.

Revenons aux hommes des dolmens. De quel point du globe pouvaient-ils venir? Quelle a été leur aire de développement en Europe? Où cette architecture funéraire si spéciale a t-elle pris naissance ? Combien de temps a-t-elle duré ? A quelle époque a-t-elle pris fin? Ces questions s'imposent. Je n'apprendrai rien à la plupart de mes lecteurs en leur rappelant que l'étendue g-éographique des monuments mégalithiques s'étend presque sans interruption, sans lacune, des rivages de la Norvèg-e et de la Suède, tout le long- des côtes de l'Kurope occidentale jusqu'aux plag-es de l'Afrique septentrionale, le Maroc, l'Algérie, la Tunisie. Ces faits ont été mis depuis longtemps en évidence '. Jetons les yeux sur la carte de l'Europe à l'époque néolithique. Suivant du regard les teintes rouges qui représentent les régions à dolmens, la liste en est longue. Nous passons de la Scanie en Danemark, du Danemark en Mecklembourg et en Hanovre. Se présentent ensuite les côtes de France, la Normandie et la Bretagne, les îles de Jersey et de Guernesey : en Angleterre le pays de Kent, le Wiltshire, les Cornouailles, le pays de Galles, l'île de Man, les côtes orientales et occidentales de l'Irlande. Puis, redescendant au sud, les côtes de la Vendée, du Poitou et de la Gascogne, et, aux extrémités de la terre habitable, comme auraient dit les anciens, les côtes du Portugal.

Traçons maintenant une ligne idéale qui, partant de Marseille, longe le Rhône et la Saône pour gagner Chàlons en Champagne, puis de là s'infléchir à l'est vers Berlin, cette ligne marque, à pou de chose près, la limite orientale et méridionale des régions à dolmens, indiquant les bornes très

1 . Cf. notre Mn'iiioire ?nr los iiioiiumoiils dits celtiques, dans Archéologie celtique et gaulni.te, p. 100 (2» éd.) ; baron de Donstetten. Exsai fiiir le.t dofmen^, Genève, 1865. et .1. Fergiisson, op. laud., carte, //; fine.

l'âge de la pierre polie 151

nettement déterminées de l'activité dos populations européennes à sépultures mégalithiques \ En dehors de celte vaste zone, nous n'en retrouvons plus qu'au pied du Caucase, (six sur l'Alakoum, quatre près de Gaspra) d'un côté% dans le Linkoran (Transcaucasie) de l'autre, où M. Jacques de Morgan a tout récemment découvert une remarquable série de dolmens dont l'étude offre le plus vif intérêt ^

Cette distribution géog-raphique dos monuments funéraires mégalithiques en Europe n'est ni le résultat du hasard, ni la conséquence, comme on l'a soutenu, de la nature dos terrains qui aurait fourni aux constructeurs des matériaux tout préparés pour leur œuvre. Une pensée religieuse maîtresse, poursuivie sur plusieurs points très différents de celte g-rande zone avec des caractèresspéciaux très significatifs, rend le fait d'une origine commune à peine contestable. La mise en regard de quelques monuments similaires appartenant à des contrées très diverses, très éloig-nées les unes des autres, en est une démonstration fig-urée sans réplique. Nous voulons parler des tumulus à cromlech. Notre figure 103, p. 106, en a donné un spécimen.

Une autre particularité non moins remarquable est celle qui

1 . Voir notre carte V dans V Avchcologie celtique et gauloise, 2" édition, p. 166.

2. Cf. Dubois de Moutpéreux. Voyage autour du Caucase, t. I, p. 43, et Atlas, \\c série (.<ît^;7e ai'chéol., pi. XXX). Dubois de Montpéreu-x représente ces monuments sous le nom de « Pierres levées ». « On se fera une idée de ma surprise, écrit-il, en trouvant près de Gaspra les pierres levées de la Bretagne dans toute leur pureté ><(t. VI, p. 73); et ailleurs (t. V, p. 47). « Sur la face de devant de ces pierres levées, il y a un trou rond par lequel on peut passer la tête. Ces n.onuments dans le pays passent pour être les maisons que les géants ont bâties pour les nains. »

3. Cf. Revue archéologique, juillet et aoiit 1890. L'exploration du Liukoran, par M. .lacques de Morgan, chargé de mission par le Ministère de l'Instruction publique, et la découverte des nombreux dolmens à diverses altitudes dans cette région montagneuse de la Transcaucasie, sont de nature à faire sérieusement réfléchir les promoteurs de systèmes. — En Transcaucasie, les dolmens appartiennent tous à l'âge, ou, comme dit M. de Morgan, à l'état des métaux, bronze et fer. Le mobilier funéraire en pierre polie y est inconnu. Nous no ferons à cet égard aucune conjecture. La parole est à M. Jacques de Morgan qui n'a encore envoyé que des aperçus incomplets des résultats de sa mission.

a mérité à certains monuments le nom de dolmens troués. La chambre de ces sépultures dolméniques est, en effet, fermée par une pierre trouée intentionnellement, d'un caractère sid ^ewem très prononcé. Cette particularité a été relevée en Gaule dans six ou sept monuments \ dont le dolmen de Trye-le- Château (Oise) peut être considéré comme le type. (Fig-. 126.)

Fig. 126. — Trye-le-Château (Oise). Pierre trouée.

Des monuments analogues se retrouvent en Angleterre (comté de Wiltshire), à Avening et à Rodmarton -, dans le

1. Cf. Archcoloqie. ceHique et gauloise, 2e éd., p. 17.^. Vallée couverte de Conflans Sainle-llonorine et lex dolmens troues.

Des dolmens troués ont été signalés en France, outre le dolmen de Tryele-Cliàteau (Oise) dit des Trois pierres ; à Boury dolmen dit de lu Belle Haye; à Presle, près l'Isle-Adam (Seine-et-Marne), dolmen dit de la Justice; à Couflans-Sainte-Honorine (Seine-et-Oisel, dolmen transporté dans les fossés du château de Saint-Germain ; à Vic-sur-Aisue et à Viiliers-Saint-Sépulcre (Aisne). Ajoutons que M. le D^ Fouquel, dans ses Monuments celtiques du Morbihan, cite plusieurs exemples de dolmens troués, aujourd'hui détruits. L'uu d'eux portait en breton le nom de Maison trouée. Les pierres trouées de Fouvent-lc-Haut (Ilaute-Saône) et de Saint-.Maurice (Taru-et-Garonue) sont très vraisemblablement des débris de dolmens de celte espèce. Notons en plus un dolmen de la forêt de Boixe (Charente), fouillé par.M.M. Chauvetet Lièvre.

2. Cf. Arckxolof/ia Britannica, t. XLII, p. 216, 217, et A. iîerliaini. Archéologie celtique etfjauloise, 2" édit., p. IGo.

L AOE DE LA PIERRE POLIE

Caucase'; en Syrie, non loin du Jourdain, dolmen d'Alasafat»; enfin dans Tlnde, sur le plateau des monts Nilgherris

Fig. 127. — Pierre sculptée du tuniulug-ilolmen de Gavr'Iuis.

Fig. 128. — Spécimen de sculptures de New-Grange et de Lough-Crew, d'après Fergussou ^.

(Sorapour), dont les populations élèvent encore des menhirs \

1. Cf. Dubois de Montpéreux, o/j. laud., t. I, p. 42, Atla^j, IV série, pi. XXX, fig. 4 et 0

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