‹ Nos origines (volume 3)Chapitre 92 sur 168 · Piètrement, op. laud., p · texte numérisé non relu

Piètrement, op. laud., p

2. Les études de M. G. de Mortillet, qui appartient à une école avec laquelle nous sommes raremeut d'accord, l'on conduit à adopter les mêmes conclusious. Cf. Matériaux, t. XIV, 1879, p. 227, où nous lisons : « Les envahisseurs de l'ouest de l'Europe qui, à l'époque de la pierre polie, nous ont auieué les auiinau.\ domestiques, nous ont aussi apporté trois céréales, le blé ou froment, l'orge et le seigle. C'est uue agriculture complète venue de toute pièce comme la faune domestique, et qui parcouséquent n'a pas pris naissance dans nos régions. Avec le blé, l'orge et le seigle, les envahisseurs nous ont apporté le lin. Cette civilisation ne vient pas du nord-est, car eu Chine ils avaient le chanvre bien plus avantageux que le lin. Or le chanvre est complètement inconuu daus l'Europe occidentale pendant toute l'époque de la pierre polie. »

En résumé, la Gaule a été peuplée lenlcmenl, dans des conditions diverses. Aux populations de l'époque des grandes alluvions ont succédé les nomades du renne, populations fort mêlées, dont les unes, aux yeux des anthropologistes, seraient des mongoloïdes, les autres des Atlantes. Un flot nouveau se répand sur l'Occident, introduisant dans nos contrées, avec la pierre polie, les cités lacustres, les monuments funéraires mégalithiques, les animaux domestiques et les céréales. L'invasion paraît avoir suivi deux courants différents, très distincts, remontant toutefois originairement à la môme source. Les uns, partis du nord-est, auraient suivi par terre et par mer les côtes septentrionales de l'Europe; les autres, après avoir séjourné successivement dans les environs du Caucase et de la mer Noire, puis, très vraisemblablement, dans les grandes plaines de la Pologne, dans le massif des Carpathes et des Balkans, auraient remonté le cours du Danube. Les uns et les autres paraissent avoir été constructeurs de dolmens'. Les indigènes ont été élevés par eux à un degré supérieur de civilisation. De l'état de chasseurs nomades ils ont passé à celui de pasteurs et d'agriculteurs. La plupart des animaux sauvages domesticables ont été domestiqués par leurs soins. Celte j^enoc?e de peuplement de la Gaule s'est prolongée jusqu'aux jours où la Gaule, longtemps isolée du monde civilisé, s'est trouvée tout à coup, par suite d'événements encore mal connus, en

1. Au Congrès de Stockholm, une opinion a été émise suivant laquelle les dolmens seraient le développement des cavernes sépulcrales, dû aux populations indigènes de lage du renne. On y soutenait la non-existence d'uu peuple des dolmens.

Ou nous permettra de répéter ce que nous criâmes, alors, devoir répondre à cette communication. « M. Bertrand, répondant à la communication précédente, dit que si l'on jette les yeux sur une carte^ ou suit la marche des dolmens de rOrieut à l'Occident. Mais en constatant ce fait, il n'a pas voulu dire que le peuple des dolmensait parcouru ces contrées eu semaut partout des monuments. Ou peut seulement affirmer que ce ne sont pas les hommes des cavernes qui ont inventé les dolmens. C'est une race nouvelle qui en a apporté l'usage, en même temps que celui de la pierre polie et des animaux domestiques... Dans quelle proportion sont intervenus ces nouveaux éléments ethniques? Nous ne sommes pas en mesure de le dire, et il se peut qu'ils fussent dans le priu-

rapport avec les peuples qui, on Orient et sur les côtes de la Méditerranée, l'avaient devancée dans la voie de la grande civilisation. Le bronze, en effet, apparaît sous les dolmens et bientôt, avec éclat, dans les cités lacustres. Ces bronzes, nous pouvons les dater approximativement. Ils appartiennent à une époque indubitablement historique^ bien postérieure aux âges héroïques de l'Egypte et de l'Assyrie, à une époque 011 les vieux empires étaient presque en décadence. C'est Tépoque où les Phéniciens, puis bientôt les Hellènes, vont chercher rétain aux îles Cassitérides, où s'élève à Jérusalem le temple de Salomon, oii Athènes est fondée et Rome va l'être.

Les populations historiques dont les Phéniciens et les Hellènes ont connu le nom, les Ibères et les Ligures ou Ligyens, ont déjà pris possession de nos côtes méridionales. Les Celtes commencent à se montrer. Mais la Gaule reste un pays fermé, et continue à faire partie des terrse incognitœ d'Hérodote *.

cipe peu nombreux, s'imposaut plutôt par leur supériorité morale que par le nombre, et que beaucoup de dolmens aient été élevés à leur imitation par les anciennes populations. »

Je n'ai rien à changer, rien a ajouter à cette opinion que j'exprimais en 1874, que je soutenais déjà en 1862. Peuple ou hommes de dolmens est une expression abrégée remplaçant une périphrase trop longue : « Hommes nouveaux importateurs en Occident de l'usage des dolmens. » Je dirais aujourd'hui des dolmens, des céréales et des animaux domestiques. En ce qui concerne les animaux domestiques, nous pouvons en effet nous montrer plus explicites. Les faits parlent assez haut. Si le rôle des indigènes antérieurs aux races nouvelles a été incontestablement très grand dans la révolution qui a fait passer les populations de la Gaule de l'état chasseur à l'état pastoral et agricole, leur éducation n'eu a i)as moins été faite par les immigrants des contrées orientales.

1. Nous croyons devoir reproduire ici, un développement qui faisait partie du texte dans la première édition, mais qui, étant à certains égards un horsd'œuvre, nous parait mieux placé eu note. 11 s'agit de VUnive)salitc des superstitions relatives à la pierre polie. En une science où les documents sont si rares, il ne saurait être permis de négliger aucune source d'information: je demanderai donc la permission d'ouvrir uucpareulhèse touchant les supcrtilions populaires relatives à la pierre polie. 11 ne s'agit pas de rechercher les origines du polissage de la pierre. Notre but est autre, nous voulons famiUariser les esprits avec deux vérités importantes et fécondes. La première est la persistance de certains préjugés, à travers les siècles, même dans les pays les plus civilisés, persistance qui permet de traverser par la pensée toutes les couches de populations accumulées pour en voir le fond. Ces vestiges

LES CITÉS LACUSTKES NÉOLITHIQUES lOl

Nous avons parlé jusqu'ici de la Gaule avanl les métaux et

des tcmp? primitifs sont si nombreux qu'un ethnographe que nous aurons souvent l'occasion de citer, M. Edouard Tylor', a pu consacrer tout un long chapitre de son curieux ouvrage sur la civilisation primitive à ce qu'il appelle la survivance dans la civilisation, c'est-à-dire aux superstitions et aux préjugés dont les racines se plongent dans le passé le plus lointain.

« La seconde vérité, sur laquelle nous attirons l'attention, est l'étendue géographique de ces superstitions anciennes. Nous y voyons une preuve nouvelle et intéressante de la migration et du mélange des races. Les préjugés attachés de nos jours encore, dans les pays les plus divers, à certains instruments de pierre polie, mettent ces deux vérités en pleine évidence. Nous prendrons pour principal guide M. Emile Cartailhac, auteur d'un essai sur Vâge de la pierre dans les souvenirs et superstitions populaires. Il est une superstition presque universelle dans le monde, voulant que les haches en pierre polie soient des pierres de tonnerre, des pierres de foudre, descendues de la nue sur la terre avec l'éclair. M. Emile Cartailhac a constaté celte superstition en France, en Angleterre, en Allemagne, en Hollande, eu Suède, en Islande, en Hongrie, en Bohême, en Sibérie. Nous sommes toujours ici dans les limites de la zone de nos relations naturelles. Mais aussi au Brésil, au Japon, eu Chine, à Java et à Madagascar.

M. Cartailhac fait observer, il est vrai, que l'odeur particulière qu'exhalent les haches de petro-silex quand ou les brise peut avoir été l'origine de cette superstition. Elle aurait pu, par suite, naître sur plusieurs points du globe, d'une manière indépendante. Mais il est des détails qui doivent appartenir à un même cycle de légendes. Telle est la croyance que la pierre de foudre est un préservatif contre le tonnerre. 11 suffit déposséder une pierre de foudre, croit-on dans plusieurs de nos provinces, pour en être préservé. Même croyance existe en Suède. Dans ces deux pays, il n'est pas rare que des paysans, pour protéger leurs maisons, placent une hache en pierre ou un couteau en silex dans le mur ou sous le seuil de l'habitation. Les matelots de la Manche voient venir les orages sans les redouter, si le coin de la foudre est caché dans la cabine du capitaine *. « Un jour, à Gueruesey, M. Lukis avait augmenté sa collection d'uuc soi-disant pierre de tonnerre qui passait pour avoir des vertus merveilleuses. Mais daus la nuit un terrible orage se déchaîne. Le lendemain le paysan et sa femme vinrent en grande hâte redemander leur talisman, disant qu'ils n'avaient pas fermé l'œil de la nuit, de crainte d'une catastrophe. »

« Nos offres les plus séduisantes, ajoute M. Cartailhac, n'ont pu nous faire céder une des plus mignonnes hachettes que l'on puisse voir. Elle appartient à un cultivateur de Mas-les-Comtes, près Saiut-Affrique (Aveyron), qui la conserve daus un petit sachet en peau, à côté d'autres amulettes, de galets de variolithe (petro di picote), une goutte de mercure et une pyrite de fer. Cela rappelle la tombe du sorcier Scandinave où l'on trouva un morceau de peau de vipère et une llèclie eu silex soigneusement enveloppés dans un sac de cuir '.

1. Ëilwaril Tjlor, La civilisation primitive, Trad. Bruno! IsTG, t. 1, p. 81.

i. Luki-, d'après M. E. Cartailbac.

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